La ville de l’or ou le musée sans murs
Gyeongju est haut la main la plus belle ville qu’on ait visité en Corée. Ce qui a le plus saisit notre regard en arrivant, c’est la ressemblance avec le Shire du Seigneur des anneaux, avec d’immenses parcs remplis de collines verdoyantes.

Faut surtout pas jouer au roi de la montagne : grimper sur ces collines peut te coûter 2 millions de Won ou 2 ans de prison. En fait, ce sont des tombes. Gyeongju s’est avéré être en grande partie un magnifique cimetière aux dimensions démesurées. Des fouilles archéologiques ont été menées sur plusieurs des tumuli (ou très grosse butte en québécois), mais il y en a encore énormément dont on ignore le contenu. Oh oui, parce que du contenu, il pouvait y en avoir beaucoup! Au centre d’un tumulus, on retrouve typiquement une chambre contenant un cercueil, mais aussi une panoplie d’objets liés au statut social du défunt (et parfois des dépouilles à l’extérieur du cercueil, parce que rien de mieux pour montrer qu’on est fort et puissant que de se faire enterrer avec d’autres gens bien vivants; des gens apparemment consentants). Pour vous donner une idée, la tombe d’un roi inconnu a été excavée dans les années 70 et on y a découvert 11 526 artéfacts : une couronne et des bijoux en or, des poteries, une épée, du matériel équestre enjolivé d’or, des pièces d’art, encore plus d’or…

Ces richesses archéologiques font de Gyeongju l’endroit parfait pour s’initier à l’histoire antique de la Corée, que j’ai trouvée passionnante. Pour ceux qui n’aime pas l’histoire, et bien, voici de l’histoire quand même. C’est comme manger ses légumes verts!
À l’époque — on parle d’il y a plus de 2000 ans — la Corée et une portion de la Mandchourie étaient divisées en trois principaux royaumes : Baekje, Goguryeo et Silla. Bien que Silla était le plus petit des trois, à coups de pactes, d’alliances et de trahison, le royaume a réussi à progressivement annexer ses voisins jusqu’à Pyongyang au nord (aujourd’hui capitale de la Corée du Nord). Gyeongju était la capitale de Silla, la résidence de la cour et de l’élite. Au zénith de sa gloire, il s’agissait de la 4e plus grande ville du MONDE, avec probablement près d’un million d’habitants!
En 930, le royaume de Silla est tombé, défait par la dynastie Goryeo (issue de l’ancien royaume de Goguryeo). Le “g” en coréen se prononce comme un “k” doux et “eo” comme un “o” dont le son est similaire à aw dans law en anglais. Sachant ça, essayez maintenant de prononcer “Goryeo” adéquatement…
Et oui, c’est de cette dynastie que vient le nom Korea! Sous la dynastie Goryeo, Gyeongju est restée avec une importance politique considérable. Plusieurs musées et sites historiques permettent d’apprécier le degré de raffinement qui avait été atteint au niveau du travail du métal (particulièrement de l’or), de la poterie (avec un type de porcelaine encore inégalée), des armes (ils avaient des arbalètes bien avant les Européens), de l’imprimerie (le Jikji, un texte bouddhiste, a été imprimé 78 ans avant la bible de Gutenberg)… On voit l’influence du Japon et d’autres pays sur la route de la soie, mais surtout de la Chine avec laquelle Silla et Goryeo avaient des liens étroits, y envoyant souvent des élèves. Le bouddhisme est ainsi devenu la religion officielle et les caractères chinois ont commencé à être utilisés pour l’écriture (l’utilisation du hangeul, l’alphabet coréen actuel, ne date que des année ‘90, bien que son invention date de 1443).

J’aurais aimé vous montrer la beauté des collections des musées qu’on a visités, mais c’est très moyennement photogénique des vitrines.
Pour compenser, alors qu’on planifiait aller faire une petite randonnée à l’extérieur de la ville, on est tombé complètement par hasard sur une parade qui se mettait en trombe et qui recréait un défilé royal de la période.





Du côté architecture, on est allé visité Bulguk-sa, un temple constuit en 774 et figurant sur la liste du patrimoine mondiale de l’UNESCO. Les escaliers et toute la base en pierre sont superbement conservés, mais malheureusement le temple lui-même était surtout en bois et a été détruit durant une invasion japonaise en 1593. On était plutôt sceptique par rapport à l’apparence du temple qu’on trouvait beaucoup trop familière pour l’époque (tous les temples qu’on a vus ont le même style, les mêmes toits, les mêmes peintures…), mais je viens de vérifier sur le site de l’UNESCO et ça aurait vraiment été rebâtit en suivant des données historiques et des techniques traditionnelles. C’est fou qu’entre la période Silla et la période Joseon sa soit resté aussi semblable. On parle d’à peu près mille ans de différence (ou de pas de différence). En tout cas, la structure de pierre était vraiment nouvelle pour nous et d’un raffinement notable.


Au 13e siècle, l’armée mongole a pratiquement envahie le monde (sérieusement, c’était gigantesque l’empire mongol, de la Pologne à la Corée!), sonnant le glas sur la Goryeo qui s’est retrouvé dominé par les mongols. Après que la Chine ait vaincu Kublai Khan, l’empire mongol a été suffisament déstabilisé pour que le général coréen Lee Sung-gye, qui s’était fait dire d’aller attaquer la Chine, réussisse plutôt à faire un coup d’état contre ce qu’il restait de Goryeo et, éventuellement, fonde une nouvelle lignée, la dynastie Joseon. Elle a été une des plus longue au monde, de 1392 à 1910, sur cinq siècles!
Et maintenant, un petit aparté pas rapport pour vous parler de notre chambre d’hôtel.
Dans les trucs pour voyager moins cher en Corée, on avait lu qu’on pouvait louer des chambres dans des love hotels. Bien qu’il y ait des forfaits à l’heure, il y a aussi la possibilité de prendre une nuit complète et il y a même des chambres “familiales”.
J’avoue, j’avais des à prioris. Mais Expedia nous a proposé une chambre moins cher que ce qu’on payait d’habitude pour un hôtel bien situé, alors on a sauté sur l’occasion. En plus, l’hôtel Madoka porte le nom d’un animé japonais qu’on a beaucoup aimé (Magical Girl Madoka Magica, pas mal plus sombre que les show de magical girls habituels, je le recommande aux amateurs), bref tout pour plaire.
On a vraiment pas été déçus.

Impeccablement propre, GIGANTESQUE pour le prix, personnel tout à fait charmant. On a quitté en se disant que c’était probablement le meilleur rapport qualité/prix qu’on aurait de tout le voyage. Et il y avait même une photo de fille en lingerie dans le corridor en sortant de l’ascenseur, comme à la maison.
Sur une autre note, on s’adoucit envers les kimchis. C’est peut-être l’habitude, et/ou la découverte qu’il en existe une multitude avec peu de traits communs.

Oh, et après avoir été tant déçus par le soju et le makgeolli, on a découvert le dongdongju. Ah le dongdongju! Ça ressemble au makgeolli, mais ça réussit si bien à ne pas en être. Traditionnellement, quand on fait le mélange de céréales pour le soju, on obtient en réalité trois couches de liquide alcoolique. Pour le soju, on garde seulement la partie du milieu, qui est plus claire, et on la distille. La partie du bas sert à faire le makgeolli. Et la partie du haut, trop trouble pour être distillée à cause du riz qui flotte, fait le dongdongju. Ça, c’est la théorie ancestrale. Maintenant, c’est une sorte de fermentation rapide, très jeune, qui ne permet pas au riz de se décomposer complètement, ce qui explique les particules. Mais quand on y ajoute des herbes et autres aromates, c’est vachement bon.
Le makgeolli qu’on a bu était servi dans une bouteille de plastique, alors qu’à chaque fois qu’on s’est fait servir du dongdongju, on le recevait dans un bol de (simili-) grès pour s’en servir des petits verres à la louche. Beaucoup plus sympathique.

Ça devient difficile de faire des “Cette semaine, Ophelia” parce qu’on publie avec beaucoup trop de retard. Mais il y a bien une chose qu’Ophelia a faite pour la première fois la semaine où on était à Gyeongju. Son premier vrai éclat de rire ❤
À la prochaine.
