Entre nous, c’est quoi l’histoire derrière La Cordée Conseil?

Je m’appelle Myrtille. Il y a quelques années j’ai accompagné ma mère dans son cancer et j’ai retiré de cette période un sentiment d’impuissance très fort. J’étais alors étudiante en classe prépa, malgré tous les efforts de ma mère pour me protéger, j’avais été très marquée par les conséquences de sa maladie sur sa féminité et son identité, conséquences qui bien au-delà de son corps avaient meurtri sa confiance en elle. Un jour on a annoncé sa rémission, puis le temps a repris son cours. J’ai fait une école de commerce, puis j’ai continué sur de la gestion RH et du management dans des entreprises du CAC40.

Très vite, dans le silence qui suivait ma question « Pourquoi fait-on ça ? » j’ai commencé à entendre une petite voix qui s’élevait de plus en plus fort.

Il y avait autre chose que je devais faire. J’ai repensé à ces moments difficiles où malgré l’annonce de la rémission ma mère n’arrivait pas à tirer un trait sur la maladie parce que son corps la lui rappelait tous les jours. Son ancienne garde-robe n’était plus adaptée à la fois à cause des cicatrices, de la perte de mobilité de l’épaule, des besoins supérieurs d’échancrure pour son lymphœdème… Avec mes frère et sœur on a cherché des habits qui la mettraient en valeur mais dans lesquels elle se sentirait bien mais nous n’avions rien trouvé.
Tous ces besoins m’étaient restés dans un coin de la tête comme un cahier des charges. Je me suis lancée avec l’ambition de développer une ligne de vêtements qui soit confortable, abordable et tendance. Je voulais permettre aux femmes de se réapproprier leur corps et soulager la douleur et leur rendre confiance en elles et en leur féminité.

Après m’être lancée sur les chapeaux de roues sur la recherche de fournisseurs de matières responsables, respirantes et douces, commencé les patrons avec une couturière-modéliste, j’ai rejoint Ticket for Change qui m’a enjointe à faire une immersion terrain avec la méthode de Design Thinking: première étape l’empathie. Comme la majorité de ceux qui n’ont pas connu la maladie eux-mêmes, je pensais comprendre les problèmes des personnes atteintes du cancer: l’extrême fatigue, les chimios… mais après des dizaines de conversations ou plutôt de sessions d’écoute avec les patientes, les oncologues, psychologues, j’ai compris que pour ceux qui sont en rémission ce n’est pas la maladie le problème. Le vrai problème, c’est « l’Après », c’est de vivre à nouveau, et donc aussi de se réinsérer professionnellement. Près de 40% des anciens malades souffrent de mal-être : anxiété, dépression alors qu’ils sont en rémission !

Je m’étais trompée. Biaisée par le chemin personnel que j’avais à mener pour faire la paix avec cette période, je n’avais pas pris le temps d’écouter.

Aujourd’hui voilà que mes futurs bénéficiaires me livraient simplement leur problème: retrouver un emploi qui soit bon pour eux et dans un environnement propice.

Et comme un clin d’oeil de la vie, il correspondait à la fois à ce que je savais faire et à des valeurs, plus précisément à mes valeurs : la justice: agir sans charité, par compréhension réelle de la situation et de la valeur des salariés-patients, et l’humanité: pour reconnaître et accepter les événements de la vie et leurs conséquences sur le cursus professionnel. C’était alors évident.

Copyright Laetitia Striffling

Quand on regarde les chiffres, on comprend l’ampleur que ce constat est partagé largement: parmi les deux-tiers de salariés qui retrouvent un emploi après leur cancer, au moins autant avouent que l’emploi retrouvé est bien en deçà de leurs compétences et responsabilités initiales… Quel gâchis en sachant que la majorité occupait des postes séniors avec des compétences, connaissances et des réseaux que seule l’expérience peut amener !

« Engagé.e », « Est capable de gérer la pression », « sait gérer les priorités », « n’a pas peur de prendre des risques pour innover » : Non, ceci n’est pas seulement une liste des qualités recherchées chez les talents dans les entreprises, c’est aussi la liste des qualités que démontrent les personnes qui sont revenues au travail après avoir traversé le cancer. Une occasion en or dans cette ère de la « guerre des talents » où les entreprises se plaignent de ne pas arriver à recruter des personnes engagées et innovantes ? Absolument !

Mais alors pourquoi est-ce que le retour n’est pas facile? Quand on écoute les managers et les RRH on entend : « J’aurais aimé faire quelque chose mais les postes ne sont pas aménageables dans notre secteur », « Je ne veux pas la fatiguer alors nous lui avons donné un poste plus… simple », « On manque de moyens, nous n’avons malheureusement pas le temps de traiter chaque cas individuellement », les plus honnêtes avoueront qu’ils « ont besoin de performance contre la concurrence ».

Credit photo: Matthew Sleeper

Mon rêve aujourd’hui c’est que ces personnes consacrent leur énergie à se reconstruire, à rire et à bâtir le monde de demain, plutôt que de lutter à retrouver une place.

J’ai décidé de fonder La Cordée Conseil pour répondre aux deux freins de l’entreprise pour la réinsertion : le manque de connaissances et la peur de gérer cette situation.

Je propose un accompagnement pour faciliter le maintien dans l’emploi et la gestion de l’après traitements en soulageant les RH dans les démarches administratives et légales et en aidant le/la salarié/e et les managers à trouver la meilleure solution pour toutes les parties qui prenne en compte à la fois les nécessités, besoins et envies.

Mon parti-pris est que les opérationnels ont besoin de solutions concrètes et que pour cela rien ne vaut la valorisation de bonnes pratiques déjà existantes et éprouvées par des entreprises pionnières et engagées. Oui, il est possible pour une entreprise d’accompagner ses collaborateurs dans la maladie et de les aider à dans l’après. Oui, il est possible de le faire sans perdre en compétitivité, bien au contraire en le faisant, on réaffirme l’engagement de tous ! Oui, vous pouvez vous aussi trouver des solutions adaptées à votre secteur, département et salariés.

Concrètement on fait comment ?

On écoute le salarié et on le guide pour qu’il/elle puisse retrouver une posture de confiance et choisir quelle est sa meilleure option selon son état physique et psychique, ses compétences et ses envies.

On commence des sensibilisations et formations aux pairs du/de la salarié/e malade pour permettre à chacun de poser ses questions et ainsi de casser les mythes autour de la maladie parce que quand on connait un sujet, on peut réfléchir avec son esprit et non plus avec ses peurs et croyances.

On fournit une aide au chargé de RH sur les devoirs et les droits de l’entreprise et de l’information sur l’écosystème sanitaire et social.

Avec la Cordée Conseil, je recherche en permanence des success stories sur l’emploi avec une maladie du point de vue des salarié-patients, des managers, des collègues ou des RRH. D’une part parce que ça fait énormément de bien et d’autre part parce que c’est un travail de collecte pour enrichir la boîte à outils pour que chaque équipe trouve les solutions adaptées pour elles.

L’effet bénéfique supplémentaire est : l’ins-pi-ra-tion. Tout d’abord l’inspiration pour créer des solutions en partant d’exemples. Cela permet de partir d’une base sur laquelle travailler ensemble avec la personne malade ou en rémission et l’équipe dans un espace de confiance où chacun expose ses questions, ses contraintes mais aussi ses envies et réflexions.

On codéveloppe les solutions.

Je crois fondamentalement à l’intelligence collective et en la capacité d’un groupe à communiquer à la fois émotions et faits de façon constructive pour faire naître ensemble des solutions sur des sujets complexes.

Et c’est là que joue à nouveau l’inspiration. L’inspiration pour agir aux côtés de ses collègues en prenant exemple sur d’autres équipes. L’inspiration pour reconnaître que l’on a le droit d’être humain en entreprise. C’est ce qui fonde la base de la Cordée Conseil : l’humanité et la justice. Il n’y a pas de charité dans le fait de s’occuper du retour d’un/e collègue malade mais seulement une acceptation de notre statut d’hommes et femmes.

A l’image d’une cordée en montagne, dans une équipe quand l’un faiblit les autres doivent composer pour continuer à avancer.

Convaincu/e vous aussi? Rejoignez la communauté des premiers engagés !

Et c’est parti pour 3 mois d’accélération au sein de Momentum pour soumettre une version de brouillon, puis une version 1 puis 2… aux patient-salarié.e.s, managers, coachs, médecins du travail, RH… et réfléchir au modèle!