Embauchez les jeunes UX Designer pour ce qu’ils sont !

Nabil THALMANN
Oct 10, 2018 · 6 min read

Encore un.

J’ai encore eu le droit cette semaine à un témoignage qui, au mieux, me désespère sinon me met en colère. Un étudiant en UX me racontait les incohérences de l’entreprise dans lequel il était en alternance et la perception que son entourage professionnel avait du périmètre de son poste, et donc de son utilité.

Attention, il ne s’agissait pas d’une plainte larmoyante d’un représentant d’une génération qui s’attend à recueillir rapidement le respect de ses aînés, bénéficier d’une rémunération confortable et disposer de plein de temps libre. Non. Simplement le constat difficilement vécu que son travail, malgré les efforts déployés, n’apportait pas les fruits qu’il aurait du. Un regret amer, certes pour lui, mais surtout pour les utilisateurs du produit qu’il conçoit. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : être au service de l’humain et plus spécifiquement de l’utilisateur. Quand on est un UX designer, et de surcroît en devenir, la frustration vient de là et pas d’un ego malmené.

Le senior : acteur incontournable de l’équation

Tous les étudiants en UX Design que j’ai eu la chance de croiser durant les nombreuses interventions et cours que je peux donner dans plusieurs écoles, ont notamment exprimé le même besoin : être guidé en entreprise par un profil senior.

Paradoxalement, laisser les rênes de la démarche UX à un junior en alternance pourrait être flatteur pour ce dernier : avoir le sentiment d’être suffisamment bien considéré pour être jugé autonome et avec les coudées franches. Sans supérieur direct qui lui « mettrait la pression » et jugerait sans cesse son travail. Au contraire, ce type de profil, sait à quel point la collaboration, l’échange et la transmission des expériences sont indispensables pour grandir dans ce métier. Il a besoin d’un pair à qui se confronter. Ne serait-ce que pour prendre du recul sur son travail.

A chaque cours que je donne, je me fixe un objectif et un seul : ce que je transmets, est ce que c’est ce que j’aurais voulu entendre quand j’étais à leur place ? Est-ce que celui que je suis aujourd’hui est celui que j’aurais voulu avoir en face de moi lorsque j’ai commencé à travailler ? J’avoue que cela impose une certaine exigence dans sa pratique et incite à mieux partager ce qu’on sait.

Avoir avec soi un senior est juste indispensable.

Apprendre est indispensable. Pour demain, être meilleur qu’aujourd’hui.

Avec un senior, on y arrive plus rapidement, plus efficacement, plus justement. Appelez-ça la relation parrain/filleul, maître/apprenti, junior/senior. L’objectif est le même : dans un métier et un écosystème digital en constante évolution le junior a besoin de repères mais aussi de savoir s’adapter et d’évoluer.

Et plus le junior bénéficiera d’un senior, plus ce dernier apprendra aussi. Un échange mutuel, dont je ne vois pas comment les bénéfices pourraient être remis en cause.

Les entreprises doivent comprendre cela. Elles n’ont pas le choix.

Rencontrer ses pairs

Si vous ne le faites pas grandir avec un senior, vous avez alors deux solutions pour ne pas gâcher son potentiel :

  • Laissez-le aller à des événements et des conférences pour qu’il rencontre ses pairs, notamment ces fameux senior UX Designer, researcher et autres métiers qui gravitent au sein ou autour de l’univers « UX ».
  • Laissez-le vous challenger : le temps du « on a toujours fait comme ça » est fini !

Il existe de nombreuses conférences aujourd’hui qui abordent les sujets de l’UX. Si l’on se limite au territoire national, je peux citer Paris Web, Blend Web Mix à Lyon, IXDA (l’association des designers interactifs qui dispose de plusieurs antennes en France dont Lyon et Toulouse), les meetups des Designers Ethiques, et dans une moindre mesure le Web2day à Nantes.

Et bien sûr, plus spécifiquement sur l’UX, tous les événements proposés par l’association Flupa (dont je ne cacherai pas être le président cette année). Il s’agit de la première association en France regroupant les professionnels francophones de l’UX avec une dizaine d’antennes sur 4 pays. Chaque antenne propose plusieurs meetups par an et l’association gère deux gros événements dans l’année : l’UX Camp (format exclusif en France, une fois par an et toujours dans une ville de province) et les UXDays (à Paris sur 2 jours, mêlant ateliers et conférences).

Il existe donc de nombreuses occasions d’apprendre, d’être inspiré, de découvrir. Et notamment de voir ce qui se passe en dehors de nos frontières. En effet, une attention particulière dans ces événements est portée aux autres cultures. Je constate qu’une place de plus en plus importante est donnée aux intervenant(e)s étrangers(gères), à leurs manières de travailler et de servir l’utilisateur, à leurs succès et échecs, à leurs motivations, à ce qui donne du sens à leur activité.

Rencontrer les autres nous fait faire des bonds de géant dans notre pratique et apporte beaucoup plus à l’entreprise que la case dans laquelle on a été mis.

Oser être bousculé

Le sens.

Nous lisons souvent des articles et des essais sur le fait que la nouvelle génération qui arrive sur le marché du travail (aux marges des générations Y et Z), souhaite trouver du sens dans son boulot. Et bien sachez que l’UX Designer pourrait en être le symbole. Son métier est de donner du sens à ce qu’il conçoit. Leur mission est emplie de sens. N’attendez pas d’eux autre chose !

Ils sont au service de l’utilisateur. Ils ont l’humain en ligne de mire. Non pas un segment de marché. Non. L’humain. Leur but est de constater tout de suite le résultat de leur travail sur celui ou celle qui va utiliser tel produit, service, application ou je ne sais quel système. Ils se posent deux questions : est-ce que ce que je conçois résout un problème ou facilite la vie des gens ? Et est-ce que je peux y arriver de la manière à ce que toutes les parties prenantes y trouvent leur compte ?

J’avoue que ce sont les deux questions autour desquelles j’articule les interventions que je fais depuis quelques années. Et je constate qu’elles font écho :

  • à ce que j’observe sur le terrain depuis plus de 17 ans,
  • aux enjeux des clients que j’accompagne,
  • aux attentes des plus de 5000 utilisateurs que j’ai personnellement interviewés.

Vous ne pouvez pas embaucher un récent diplômé en UX, qui a suivi des enseignements variés et organisés au sein d’un parcours pédagogique porté par des écoles « digitales » et en grande partie repensé pour faire face à demain, et lui demander de faire comme avant.

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs les entreprises (les startup aussi), vous avez la chance d’avoir des profils transversaux, qui travaillent hors silo, qui pensent à la fois aux utilisateurs et qui interagissent avec vos différents services. Et dans de nombreux cas, ils sont l’étincelle qui manque à la réorganisation salutaire de l’entreprise. Mais n’oubliez pas que sans brindilles (un senior) et gros bois (la volonté de la direction générale) pour l’alimenter, la flamme ne prendra pas.

Il faut se rendre compte qu’ils font le lien entre le marketing, la relation client, la DSI, la R&D, la force de vente et parfois la direction générale, lorsque cette dernière se saisie du dossier de l’expérience client ou l’expérience utilisateur. Ils ne sont pas nécessairement multi casquettes mais en savent suffisamment pour savoir comment se connecter aux différents métiers de l’entreprise.

Ces considérations peuvent aussi concerner bien sûr leurs aînés mais les juniors arrivent dans les entreprises à un moment où on ne peut plus éluder ces questions, notamment de transformation digitale et d’exigence des consommateurs.

Si l’ensemble de l’entreprise doit adopter un UX mindset, il s’agit bien de donner les responsabilités de la démarche UX à quelques uns uniquement : ils seront chargés de mettre en place les bonnes méthodologies, de garder le cap sur l’humain, de définir les KPI et aussi d’embarquer leurs collègues des différents services de l’entreprise. Alors laissez-leur de la place. Et prenez du temps avec eux.

Oui, les futurs et récents diplômés en UX Design sont tout ça à la fois.

Appelez ce texte une ode à la jeunesse, de l’auto-promotion de l’UX ou un réquisitoire. Peu importe.

Embauchez-les et sachez pourquoi vous le faites.

Ils méritent souvent mieux que ce que nous avons à leur offrir.

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Merci de m’avoir lu. Un commentaire ? Je vous en prie.

Nabil THALMANN

Written by

Cofounder of the userlab of @Intuiti. Head of Flupa - UX researcher, learning by watching

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