Un blog avec des vrais morceaux d’insomnie dedans

Eternal of the Spotless Mind (2004)
Melancholia (2011)
La Science des Rêves (2005)
Before Sunrise (1995)
The Master (2012)

La dernière fois que j’ai dit “mon blog”, j’avais peut-être 15 ans. Ni les hommes politiques, ni la SNCF n’avaient de compte Twitter. Mon redoutable esprit de subversion culminait dans mon refus de lire Twilight et de renseigner mon vrai nom sur Facebook.

J’allais au cinéma pour ne pas m’ennuyer. Je voyais tout, du blockbuster gras au drame lacrymal, des crânes élégies françaises aux fables souffreteuses où les personnages s’embrassent, découvrent qu’ils ont le cancer, puis s’engueulent dans une cuisine. Je m’abîmais dans la ouate coquette des maîtres asiatiques, dans les replis rêches des polars à gros grain, dans toutes les afféteries indies filmées avec un filtre jaune et barrées du logo Sundance.

Je prenais indifféremment l’industriel et le bricolé, le quotidien et l’existentiel, le social et le bling bling, le sous titré et le domestique. Les bouillies sentimentalistes où le héros se précipite à l’aéroport pour reconquérir la fille à la fin, les high school movie où personne ne sait que Machine est jolie avant qu’elle n’enlève ses lunettes. Les biopics sinueux où l’acteur (qui joue un connard, mais qu’on adule parce que c’est un génie) jette son verre de whisky contre le mur, puis s’assoit rageusement au piano pour écrire sa plus belle composition.

J’avais même compris que pour aspirer au statut glorieux de cinéphile confirmée, il me fallait avoir vu des films chiants des années 60. (Du genre où Jean Paul Belmondo fume des cigarettes et où des actrices espiègles font la moue et se remettent de l’eye liner dans une décapotable.) Alors en bonne élève, je faisais semblant d’aimer la Nouvelle Vague.

Aujourd’hui j’ai 23 ans, j’ai (un peu) répudié mes fureurs romanesques, ou bien c’est que je me suis asséchée avec l’âge. Still, je ne veux parler que de cinéma, l’insolation est un peu plus sévère que prévue.

Je défaille toujours devant la patine pastel des musicals tournés au Cinemascope, où les vendeuses de frites conversent avec des serial killers en alexandrins. J’aime toujours les films-rêves à double entrée où Gaël Garcia Bernal craint de se transformer en spaghettis; les films-conversation où Julie Delpy tombe amoureuse d’Ethan Hawke dans toutes les villes d’Europe.

J’ai suffisamment lu d’articles pour déconstruire la grammaire de la pop culture et ses réflexes misogynes/violents/mercantilistes (rayer la mention inutile), mais je jubile toujours devant les jeux de massacres tarantinesques, et je suis au premier rang lorsqu’il faut voir l’énième sequel d’un film d’horreur à gros budget.

On est en 2017. Comme l’ont pensé toutes les générations de toutes les époques avant moi, le monde expire, la douceur et la compassion sont à l’agonie, je regarde et j’ai le mal de mer. Du coup, je commente, parce qu’il faut bien s’occuper, et je vais au cinéma.

#Militantedesémotions, #Carrièredepleureuse, #Grimacedespectatrice

Frances Ha (2012)
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