Ma vision pas si utopique de l’école….

Je suis professeure des écoles depuis 2007. Dès mes premières années d’enseignement, j’ai été affectée dans une zone d’éducation prioritaire en banlieue parisienne. Cela m’a paru très vite évident qu’il n’était pas possible d’enseigner sans prendre en compte le vécu des enfants. Avant toutes choses, il fallait créer un groupe et trouver toutes les solutions possibles afin de fédérer pour qu’ils puissent apprendre.

Apprendre était une chose mais le plaisir d’être à l’école me paraissait essentiel. J’ai appris tout au long de mes années d’enseignement au contact des enfants, des familles et des différents partenaires.

Je ne vais pas lister tout ce que j’ai pu mettre en place depuis le début de ma carrière, ce serait bien trop long … mais je peux donner quelques exemples de ce qu’est l’école à mes yeux.

L’école doit être un lieu de plaisir et de découverte de l’autre. Pour cela les enfants doivent être acteurs de leurs apprentissages et de leur vie de classe. Les années précédentes, j’enseignais en CM2. Mes élèves choisissaient avec moi le projet et devenaient acteur de ce dernier (budget, financement éventuel, organisation…) . Je n’hésitais pas à faire appel à des parents afin de m’aider dans certains domaines (créer des livres sur i-pad par exemple). Nous avions mis en place plusieurs projets dans l’école afin de collaborer avec les parents :

La fête des 100 jours avec les classes de CP et de CE1 : constituer une collection de 100 objets et au centième jour de classe une grande fête a été organisée. Les parents y étaient conviés mais ils avaient aussi aidé à l’organisation des ateliers mis en place ce jour-là.

Projet “cuisinons ensemble” : choix de trois recettes pour chaque classe afin d’écrire un livre de cuisine. Les parents proposent une recette. Trois sont sélectionnées. Le parent de la recette sélectionné vient mener une séance de cuisine auprès des enfants.

Cette année, j’enseigne également en zone d’éducation prioritaire mais hors de la région parisienne. J’enseigne auprès d’enfants de moins de 3 ans (l’année avant la petite section). Il s’agit d’un dispositif d’accueil de moins de 3 ans. Un énorme travail de co-éducation et de partenariat sont mis en place. (CAF, PMI, RAM, Halte-garderie, crèche familiale, PRE Projet de Réussite Educative, Mairie, Centre social éducatif, coach parental…)

Cette classe a pour volonté de faciliter l’entrée à l’école des enfants et rétablir un contact entre les familles et l’école. Je propose de nombreuses activités parents-enfants :

atelier cuisine

atelier d’art plastique

lecture double : un album sélectionné est lu dans deux langues (français/russe ; français/arabe ; français /lingala).

création d’un imagier sonore plurilingue (sur tablette)

réalisation d’un jardin des 5 sens

les “temps partagés” (jusqu’en CP) en partenariat avec la CAF et le Centre Social Educatif : les parents viennent dans l’école jouer avec les enfants à des jeux de société pendant 1h, dans un second temps ils se retrouvent entre eux pour un temps d’échange

Café des parents

La semaine de la maternelle (projet nationale) : une semaine de classe ouverte aux parents toute la journée afin de participer à diverses activités (projet réalisé sur toute l’école — 6 classes). Nous allons étendre le projet en 2017/2018 avec la semaine de la maternelle (avril 2018/thème DEDANS/DEHORS) ; semaine du goût (octobre 2017) ; semaine des sciences (février 2017). Durant ces événements, tous les parents sont conviés et les bienvenus.

Le thème de l’école sur l’année est la diversité “Mon école d’ici, ton école d’ailleurs”. Nous cherchons donc à mieux connaître notre école mais également nos familles avec une prise en compte des diversités culturelles de chacun tout en permettant aux enfants de s’ouvrir sur un ailleurs.

Je ne pense pas que nous soyons une école à part ou que seules les écoles où j’enseigne proposent de beaux projets et/ou partenariat. Il se passe de très belles choses dans les classes et les écoles, encore faut-il vouloir le voir.

Cependant, il y a des écoles où le contact est difficile et cela peut devenir une véritable souffrance pour l’enfant et les parents. Egalement maman, j’ai eu la malchance de dépendre d’une école où les parents ne sont pas les bienvenus, où on récupère un enfant sur un trottoir sous prétexte qu’il y a un plan vigipirate à mettre en place. De nombreuses belles choses y sont mises en place, de belles sorties, des méthodes éducatives de qualité mais une communication quasi nulle. Je n’ai pas pu en tant que parent, en tant qu’enseignante engagée, continuer à laisser ma fille évoluer dans une école qui ne me ressemble pas.