8 raisons pour lesquelles je suis heureux de quitter l’entreprise sociale que j’ai co-fondée…

A partir du premier juin, je ne serai officiellement plus salarié de SINGA, l’organisation que j’ai co-fondé avec mon ami Guillaume Capelle, il y a maintenant 6 ans. Cela fait bizarre, et cela peut paraitre contre-intuitif mais je vous avoue, qu’aujourd’hui, cette nouvelle me réjouit particulièrement et j’aimerais vous expliquer pourquoi :

Parce que c’était prévu :

Guillaume et moi, nous sommes lancés dans l’aventure SINGA en étant d’accord sur un certain nombre de choses primordiales. Une de celles-ci était le fait que nous ne resterions pas plus de 10 au sein de SINGA. Pour nous il était clair que les fondateurs qui s’accrochaient trop longtemps à “leurs bébés” finissaient par desservir les intérets de leurs organisations en les rendant moins innovantes et moins adaptées à leurs époques. Il faut accepter que le monde évolue beaucoup plus rapidement que soit et que la vision et la stratégie que l’on a pu avoir à un moment donné n’est pas forcément la seule ni la bonne. Après 6 ans de travail sur le projet, je sens qu’il est temps de passer à autre chose.

Parce que la mission que je m’étais donné avec SINGA est accomplie

SINGA est aujourd’hui une organisation incontournable sur le thème de l’accueil des personnes réfugiées en France, et nous avons de très belles perspectives de développements. L’organisation a maintenant une superbe équipe de 24 personnes (14 salariés) et (3 stagiaires et 7 services civiques), totalement imprégnée de l’esprit SINGA et passionnée par la mission de l’organisation. L’activité est aujourd’hui pérénisée et nous arrivons à y voir clair financièrement sur les trois prochaines années, choses rares pour une association.

Parce que le développement de SINGA ne s’arretera plus

Il y a quelques jours je participais à la première soirée Inspire organisée par SINGA à Paris! J’ai pleuré pendant pratiquement toutes les interventions des différents membres de l’association. En plus d’être incroyablement émouvantes, celles-ci montraient concrètement l’impact que la communauté SINGA avait pu avoir sur la vie de tant de personnes, réfugiées ou même nées en France. Ces interventions m’ont rendu fier du travail accompli pendant ces 6 dernières années et je suis persuadé que nous avons monté un mouvement citoyen qu’il sera difficile d’arrêter.

Parce que les deux personnes en qui j’ai le plus confiance dans ce monde continuent à développer le projet SINGA

Alice Barbe, qui sera désormais la seule Directrice Générale France, et Guillaume Capelle, qui s’occupera du développement International de SINGA sont deux personnes en qui j’ai le plus confiance dans ce monde. Travailler avec ses meilleurs amis a sans aucun doute été un challenge, mais cela nous a aussi permis de surmonter énormément d’épreuves difficiles et je pense que s’il en avait été autrement, les choses auraient pu être très différentes.

Parce que je suis conscient de mes forces et faiblesses

Ce qui m’intéresse dans l’entrepreneuriat social c’est cette rare opportunité de partir de zéro et de monter une structure qui va pouvoir répondre de manière innovante à une problématique sociale donnée. J’aime être constamment challengé et faire évoluer le projet afin de trouver la formule magique qui fera de celui-ci un projet unique et viable. Je ne suis par ailleurs pas un manager né et je préfère travailler avec d’autres personnes qui peuvent assumer ce rôle une fois le projet lancé. Aujourd’hui Singa a besoin d’un profile beaucoup plus managerial et Alice sera parfaite au poste de Directrice Générale.

Parce que je quitte SINGA pour monter un projet ayant un potentiel d’impact social incroyable.

Pour nous il n’y a jamais eu de “bons” ou de “mauvais” migrants. Nous avons commencé à travailler sur l’accueil et l’intégration socio-économique des personnes réfugiées statutaires en France parce que cela correspondait (et correspond toujours) à un besoin et parce que ce secteur avait un vrai besoin d’innovation. Notre travail n’avait en aucun cas pour objectif de remplacer l’incroyable action de terrain conduite par plusieurs belles associations mais d’être complémentaire et utile. Il en est de même avec le projet Waya que je porte désormais. L’objectif est de répondre de manière innovante à une réelle problématique sociale de notre époque, celle de l’accès à l’information et aux services pour les nouveaux arrivants en France. Nous souhaitons créer une plateforme en ligne et hors ligne accessible en plusieurs langue et collaborative, qui permettra aux personnes fraîchement arrivées en France pour y résider (quelque soit la raison), d’avoir accès aux informations et services dont elles ont besoin, de manière à avoir un plus grand contrôle sur leurs vies et moins dépendre de personnes tiers. Cette plate-forme sera également un outil très utile pour les travailleurs sociaux qui pourront ainsi transmettre des informations fiables (sur comment faire sa demande de CAF par exemple) aux personnes ne parlant pas leurs langues. Nous souhaitons aussj que cette plate-forme ne soit pas un de ces sites où les nouveaux arrivant ne se connectent que lorsqu’ils ont des problèmes. Nous voulons qu’ils puissent y trouver des informations sur les meilleurs restaurants de leurs pays d’origines ou sur les endroits qui proposent de la bonne musique et des opportunités de rencontres. Waya sera également un lieu physique, une sorte de “anti-préfecture” dans laquelle les personnes le souhaitant pourront non seulement être soutenues par quelqu’un parlant leur langue pour les démarches, mais également venir boire un café ou un thé dans un espace convivial et agréable propice à la rencontre et le dialogue.

Par ailleurs, nous travaillons actuellement sur des produits, que nous dévoilerons prochainement, et qui permettront également aux nouveaux arrivants de mieux entamer leurs vies en France (teaser) ;).

L’esprit Singa qui consiste à considérer tant la société d’accueil que des nouveaux arrivants comme bénéficiaires est conservé dans le projet Waya qui proposera également une large gamme de formations et d’autres services à destinations d’associations, d’entreprises, de collectivités locales, d’organisme publics ou parapublics. Il s’agit de partager avec le plus grand nombre l’expertise et l’innovation que Singa a pu développé au cours de ces 6 dernières années et bien sûr de la développer et l’adapter à des publics non réfugiés.

Parce que je ne quitte pas complètement Singa…

Waya est l’entreprise sociale de Singa. Tous les bénéfices qui seront faits au sein de cette nouvelle structure seront en parti réinvestis dans le projet de celle-ci et en parti reversés à Singa, pour financer ses actions et son innovation. Nous avons également voulu que l’entreprise détienne le label ESS et puisse ensuite demander l’agrément ESUS. Cela nous permet de mettre en place des règles de fonctionnement internes éthiques en accord avec nos valeurs et par la suite de collaborer de manière plus rapprochée avec l’état ou des organisations telle que la BPI.

Parce que dans la vie il y a des choses plus importantes

Beaucoup de personnes me demandent s’il n’est pas difficile de laisser (“abandonner”) son “bébé”. Il est vrai que pendant longtemps Singa était mon bébé ! Je vivais Singa, mangeais Singa et dormais Singa. Et puis mon vrai Bébé est née : Adèle. Je me suis rendu compte que je devais prendre de la distance avec mes projets. Rester passionné, certes, mais avoir une relation moins passionnelle et plus rationnelle. Cela m’a permis de moins vivre ce départ comme une horrible séparation et de le voir plutôt comme un nouveau commencement.

Je pars heureux, mais surtout gonflé à bloc pour tout ce qui suit.

Nathanael Molle- CEO de Waya

Waya

Fellow Ashoka


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