Le jour où je me suis humilié…

Il y a 4 ans, lorsque j’avais 25 ans, j’ai fait la pire présentation orale de ma vie..

Je m’en rappelle comme si c’était hier. J’étais ultra stressé. Il s’agissait de ma première présentation de type “pechakucha” et cela faisait des semaines que je me préparais. J’avais pu participer à cet évènement grâce à une amie qui m’avait chaudement recommandé. Il s’agissait d’une UP Conférence, organisée par le Groupe SOS, à laquelle participaient également d’autres entrepreneurs plus expérimentés, mais surtout un des fondateurs de Handicap International, Monsieur Jean Baptiste Richardier pour lequel j’avais énormément d’admiration. Bien évidemment, il a été très bon ce qui n’a fait qu’amplifier la pression mais ce n’était rien comparé à ce que j’ai ressenti lorsque l’on m’a dit que je devais passer après lui! Pour que vous compreniez l’état dans lequel j’étais à l’époque, il faut savoir que le seule autre évènement qui m’avait procuré ce type de sensation auparavant c’était le Baccalauréat.

Pour être sûr que cette expérience se passe le mieux possible j’avais répété plusieurs dizaines de fois mon discours et j’avais soigneuse préparé mon Power Point en me disant que quoi qu’il arrive, au moins les personnes pourraient profiter de mes beaux slides.

Monsieur Richardier passe, on appelle mon nom. Je me lance à toute vitesse vers le pupitre avec une fausse assurance et j’arrive sur au milieu de la scène. Je regarde l’audience... Et là… Gros bug! Mon cerveau ne fonctionne plus. Mon pitch part dans tous les sens, et cela pendant plus de 10 minutes! Il est ponctué de pauses (génantes) pendant lesquelles j’essaie de lire, sans succès, mes notes afin de reprendre le fil de ma présentation. Cela aussi sans succès. Je conclue (mets fin au suplice) d’une manière totalement improvisée et le public, géné et/ou ne s’attendant pas à une telle fin, applaudit de manière non synchronisée. Comble de la situation, j’ai totalement oublié que j’avais un powerpoint. Pas une seule des belles slides que j’avais soigneusement préparé avant ma présentation n’a été vue.

Si je vous raconte ce moment fort désagréable c’est qu’il y a quelque semaines, je suis tombé sur cette vidéo qui a été copieusement partagée sur les réseaux sociaux (presque 600 000 fois au moment où je vous écris) :

Il s’agit d’une vidéo montrant la prestation de Anissa Kheder, jeune candidate La république En Marche à la députation dans la 7ème circonscription du Rhone. Après un super travail de terrain, avant le premier tour, qui lui permet de dépasser le score de Emmanuel Macron lors de la présidentielle, c’est l’heure du débat télévisé avec son concurrent. Et là c’est le bug. Tout le travail effectué pendant la campagne et l’investissement personnelle d’Anissa disparaissent pour laisser place à ce moment difficile tant pour elle que pour les spectacteurs.

Personnellement, ce qui m’a le plus choqué, ce n’est pas la prestation de la jeune candidate. D’ailleurs, je me suis reconnu en elle. Comme moi, elle a laissé le stress prendre le meilleure d’elle et perdu ses moyens pendant un exercice très difficile. Non. Ce qui m’a plus choqué, a été le déversement de haine, d’insultes et de méchancetés dont elle a fait l’objet à la suite de ce débat. On parle “d’incompétence” , “ de “nullité absolue” et les uns et les autres se demandent comment l’on peut être si mal préparé-e à un tel exercice. Et bien sachez chers haineux que c’est le contraire qui s’est passé Anissa était sûrement trop préparée. Infirmière de son état, et n’ayant sans doute jamais fait un tel exercice de débat télévisé, elle a sans doute paniqué en entendant la langue de bois bien huilée de son concurrent et s’est mise à douter d’elle même. Quoi qu’il en soit, elle ne mérite en aucun cas le traitement qui lui est infligé. On ne peut pas vouloir le renouvèlement de notre classe politique et rabaisser, insulter les jeunes qui s’engagent en politique dès qu’ils trébuchent. Je ne parle même pas ici du fait que des personnes comme Anissa font mille fois plus pour leur pays que la quasi totalité des personnes qui commentent rageusement et désespérément la politique sur Facebook. La vérité c’est que très peu de ces personnes n’auraient le courage de faire ce qu’elle a fait.

En ce qui me concerne et, contrairement à Anissa, j’ai été traité avec une grande bienveillance. Malgré le fiscao, et le sentiment de honte accru dans lequel j’étais, j’ai reçu des encouragements de la part de plusieurs participants, et j’ai pu discuter avec Monsieur Richardier qui m’a dit tout le bien qu’il pensait de mon projet. Mon amie qui m’avait recommandé m’a dit de ne pas me faire du soucis et je me suis rassuré et je suis juré que ce type d’évènement ne se reproduiraient plus. Aujourd’hui, je manie beaucoup plus aisément l’art de parler en public, surtout devant de grandes audiences, même s’il m’arrive encore de temps en temps de faire quelques petits bugs. D’ailleurs, péter un cable lors d’un débat, cela arrive même aux personnalités politiques les plus expérimentés non? ;)

Je voudrais finir en m’adressant directement à Anissa (que je ne connais pas mais j’espère que quelqu’un lui fera suivre cet article). Anissa ce que tu fais, et ce que tu as décidé de faire en t’engageant pour ta communauté est admirable. Ne laisse pas ces petits commentaires prendre le meilleur de toi et prouve que tu es à la hauteur de la tâche. Ton succès sera la meilleure réponse à ces personnes, qui clairement, ne savent pas de quoi elles parlent. Lorsque l’on s’engage, on fait des erreurs, on se prend des taules, on se casse la figure, et parfois même on s’humilie un peu. Mais lorsque l’on est réellement passioné, ce que je ne doute pas que tu sois, on se rappelle des raisons pour lesquelles on s’est engagé, on se relève et on marche. Je dis souvent qu’un bon entrepreneur est une personne qui fait beaucoup d’erreurs mais qui sait rapidement s’en rendre compte et s’en remettre pour rectifier le tir. Je pense que cela s’applique aussi aux jeunes qui s’engagent d’une manière ou d’une autre pour leur société. Bonne chance à toi et comme on dit:

Les chiens aboient et la caravane passe…

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