Fausses croyances et maladies mentales

Lorsque j’ai débarqué sur Médium en septembre dernier, j’ai voulu écrire sur ma condition mentale. Pas pour gagner de la sympathie, ni pour me faire plaindre, mais parce que c’est quelque chose qui fait partie de moi depuis des années, des décennies même… et je n’ai que 26 ans. Je me suis lancée là dedans sans trop savoir à quoi m’attendre et je me suis rendue compte que ça a été libérateur pour moi d’en parler sans trop recevoir de pressions. Cet article, vous pourrez le trouver ici. J’ai même parlé de “The Breakfast Club” dedans. Si vous ne l’avez pas lu, je vous invite à le faire. Je ne vais pas remporter le Prix Pulitzer avec ça - en même temps, ce n’était pas trop l’intention - mais j’en suis pas peu fière…

Aujourd’hui, je reviens sur la dépression mais cette fois-ci, je vais être plus incisive, plus précise, plus crue aussi. Je vous préviens tout de suite, il va y avoir plein de gros mots dans cet article! Mais au fond, j’espère que ce que vous retiendrez de cet article, ce ne sera pas mes écarts de langage. On m’a déjà suffisamment cassé les couilles avec l’article que j’ai écrit sur cette wannabe de Solange Te Parle alors je ne vais pas faire la même erreur et poser les bases direct. Vous êtes prêts…

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Il était une fois, dans une banlieue parisienne, une petite fille qui ne faisait rien comme personne. Elle était vive et intelligente d’après ses professeurs mais aussi très perturbante et quelque peu perturbée. Ce que l’histoire ne dit pas, c’est que ce que ces fameux professeurs entendaient par “perturbée”, c’était qu’elle piquait des grosses crises de nerfs qui se transformaient en crises d’angoisse. Pour les profs, ce n’étaient que des crises de nerfs. Pour la petite fille, c’était son monde qui s’écroulait un peu plus à chaque crise, un appel à l’aide que tout adulte se refusait de gérer parce que justement, ce n’était que des putains de crises de nerfs. Mettez vous à la place de cette petite fille, à qui on aura répété à chaque crise que c’était de sa faute et qu’elle doit être punie alors qu’elle savait pertinemment qu’au delà des mots dans le cahier de liaison, ses parents allaient surtout utiliser ce prétexte pour corriger la gamine de la manière la plus ancestrale qui soit. Je vous le donne en mille: on allait la frapper. D’abord, des claques, ensuite des coups de pieds, après les coups de chaussures, les coups de ceintures et parfois même, c’était des coups de rallonge électriques. Comment voulez vous que cette gamine soit sereine après avoir passé une journée à angoisser et à subir? Bah, on ne peut pas! Rajouter un traumatisme à un traumatisme, ça ne rend pas l’enfant meilleur ou plus discipliné, ça le/la rend vulnérable.

Je les entends déjà au loin, les connards qui vont dire que les familles africaines maltraitent leurs enfants parce qu’ils ne sont pas capables de les élever à la française. A ces connards, j’ai envie de leur dire ceci: “même si j’ai détesté mon enfance à cause de ce double traumatisme, je m’estime chanceuse de n’avoir été battue que quand je faisais des crises d’angoisse parce que j’ai connu des gens qui ont vécu bien pire de la part de leurs parents et, breaking news, ils n’étaient pas d’origine africaine…

Il y en a d’autres que j’attends de pied ferme, histoire de leur coller un pain une bonne fois pour toute: ce sont les africains eux-mêmes qui vont essayer de me sortir des théories à la con comme quoi “un enfant mérite d’avoir des coups de ceinture parce qu’ils ne sont pas disciplinés” ou que “l’africain a déjà subi trop de traumatismes pour qu’on vienne lui faire la morale sur comment élever ses gosses”. Déjà, d’une, va te faire foutre! De deux, racisé ou non, la violence domestique est un crime! De trois, ose me dire que tu es parfaitement équilibré(e) dans ta tête alors que tu t’es fait littéralement tabasser comme un putain de sac de frappe de manière quasi gratuite dans ton enfance.

Ces gens-là, et pas toujours de la génération que l’on croit, vont prôner le traditionalisme à l’extrême pour justifier leurs actes et leurs croyances. C’est à cause de fils de putes comme vous que j’ai vécu l’enfer. A l’école, dans les réunions de famille, dans mon quartier. C’est à cause de gros enculés comme vous que j’ai dû batailler dix fois plus que les autres pour me faire entendre. C’est à cause de petites merdes comme vous que la bonne quinzaine de médecins, psychologues, psychiatres et autres neurologues ont mis DIX HUIT ANS à trouver un nom au mal qui me ronge depuis toute petite et m’ont fait avaler en attendant des tonnes de médicaments lourds qui auraient pu endommager mon cerveau. Et tout ça à cause de quoi? A cause de fausses croyances qui pourrissent à la fois vos esprits, celles de vos progénitures et celles de ceux qui vous entourent. En apprenant à vos proches ou à vos amis que c’est la religion qui vous sauve des troubles du comportement, c’est de la connerie pure et simple. Réciter 5 Notre Père avant d’aller dormir n’a jamais été un moyen de guérison contre les maladies de toute sorte et surtout, j’insiste vraiment sur ce point parce que ça m’agace de devoir me justifier à chaque fois que j’entends ce genre de discours aussi bien dans ma famille que dans la rue ou sur Twitter, AVOIR UNE MALADIE MENTALE N’EST PAS RÉSERVÉ AUX BLANCS!!!

Je suis noire et j’ai une maladie mentale. Ma mère est mulâtre et elle a déjà fait une dépression nerveuse. Les gens qui étaient dans l’hôpital psychiatrique où j’ai été internée fin 2014 dans les Yvelines étaient français, maghrébins, antillais, africains, asiatiques, portugais… Ce sont des choses qui nous tombent dessus sans vraiment prévenir et dont on ne peut pas s’échapper. Est-ce que ça fait de moi, de ma mère ou des gens qui étaient dans cet HP des sous-hommes? Bah non.

Je vais vous dire qui je considère comme des sous-races, tous ceux et celles qui pensent que la maladie est une question de couleur de peau, de religion et d’éducation. Parce que tout ça, c’est juste un gros ramassis de mensonges qui n’a aucune valeur mais surtout aucun rapport. Ça reviendrait à dire à un anorexique qu’il ne fait pas d’effort pour prendre du poids ou de dire à un nostalgique du 3e Reich de passer en boucle le Best Of de La Compagnie Créole pour calmer ses pulsions. On est d’accord, ça n’a aucun sens ce que je viens de dire. Et pourtant, il y en a qui seront assez cons pour te le balancer entre le fromage et le dessert, sans aucune vergogne, mais parce que pour eux, ça va leur sembler normal de les “conseiller” sur un truc qui les échappent complètement. Mais, quand on ne sait pas de quoi on parle, on se renseigne ou on ferme sa putain de bouche, c’est pourtant pas compliqué, merde!

Anecdote: lorsque je bossais dans cette librairie à côté de l’aéroport, il y a eu deux femmes antillaises qui sont venues me voir pour trouver un livre de psychologie. Il se trouve qu’on avait un rayon relativement étoffé sur le sujet parce qu’il y a plus de gens qui s’intéressent à la psychologie et au développement personnel. L’une des deux femmes m’a regardé droit dans les yeux et me dit: “c’est pour mon mari, il est très bipolaire, très lunatique”. Je vous avouerais que je suis restée sur le cul quand elle m’a dit ça. Mon cerveau était en mode “WAIT, WHAAAAAAAT?!”. Quelques secondes plus tard, je lui ai demandé de préciser sa pensée parce que “des livres sur la bipolarité, on en a mais je ne pense pas que c’est ce dont vous avez besoin”. L’autre femme qui l’avait accompagné m’a dit “mais vous savez, il s’énerve tout le temps pour un rien, nous ce qu’on cherche c’est un livre pour lui faire comprendre calmement que ça ne sert à rien de s’énerver comme ça mais sans le vexer non plus”. Sauf que là, mesdames, c’est moi que vous avez vexé avec vos préjugés de vieilles connes. Attention, je ne dis pas que les antillaises d’un certain âge sont des vieilles connes, loin de là, je dis juste que considérer quelqu’un de visiblement irascible comme bipolaire, c’est avoir un certain degré de connerie dans le cerveau. Enfin, je sais pas moi, il y a tellement de mots dans le dictionnaire pour qualifier quelqu’un qui pète une durite autrement que comme “bipolaire”. D’autant plus que la bipolarité, ça n’a rien à avoir avec grogner devant le JT de 20h. C’est quand même beaucoup plus sérieux que ça. On parle de psychiatrie, tout de même. Bref, pour en revenir à mon anecdote, je finis par offrir aux Mamies Jugements un petit livre plutôt sympa qui s’appelle “J’arrête de râler” de Christine Lewicki. Le titre a l’air peu attractif mais pour l’avoir lu - pour des raisons purement professionnelles, j’entends bien - il est vraiment utile et pas super rébarbatif.

Ça, vous voyez, c’est ce que j’ai dû subir tous les jours de la part des gens de couleur, de ces fameux préjugés qui font que c’est un calvaire de vivre avec tes traumatismes quand les gens de ton “ethnie” (j’emploie exceptionellement un mot que je déteste pour la simple raison que je n’ai pas trouvé d’équivalent) te répètent sans arrêt que tu n’es pas normal(e) et que tu fais du tort à tes origines parce que la dépression, c’est une “maladie de blancs”. Et si ils fermaient tous leur putains de gueules pour voir? S’ils essayaient de comprendre au lieu de parler sans savoir? S‘ils pouvaient, juste, faire plaisir à tous ceux et celles qui en bavent déjà dans la vie avec la dépression, la bipolarité, la schizophrénie, la paranoïa, les tendances suicidaires, les troubles du comportement (alimentaires, compulsifs, etc…) ou encore simplement avec le fait de ne pas rentrer dans un moule où de toute façon, on ne te laissera ni entrer ni sortir sans séquelles sous prétexte que tu n’es pas blanc(he), de juste nous laisser tranquille.

Répandre de la merde en la peignant en rose et en y accrochant des paillettes ne rendra pas la sus-mentionnée merde plus attractive, quoi que vous en faites, peu importe l’usage que vous en faites ou la forme que vous lui donnez, ça restera de la merde. Et les personnes qui souffrent intérieurement n’ont pas besoin de votre merde, mais au mieux de soutien, au pire de suivi. Si même ce concept là vous échappe, alors vos croyances aussi profondes soient-elles ne pourront strictement rien pour vous…

P.S.: Sur le sujet, je vous conseille de lire les écrits de Tobie Nathan, éminent psychanalyste et ethnopsychiatre, mais aussi de jeter un oeil sur le compte twitter @LifeOfAFoC.

P.P.S.: Si vous avez envie de réagir ou simplement de me faire part d’une expérience similaire, sachez que je sévis sur Twitter sous le doux nom de @FreaksAndGigs. Mais je dis moins de gros mots en vrai, promis!

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