Une dernière pour la route…

Le week-end dernier, j’ai décidé d’arrêter d’écrire. Oui, moi, Nessie, j’arrête d’écrire. Pas parce que je me préoccupe trop des autres mais parce que ça m’éclate plus. J’ai plus envie d’écrire. Et puis écrire sur quoi? La monotonie de mon boulot? Le fait d’avoir ENFIN trouver chaussure à son pied? Mon expérience heureuse d’expatriée française dans une des villes les plus chouettes de Grande-Bretagne? Ok, mais même moi, ça ne me fait envie.

Écrire pour moi a toujours été un exutoire, un tremplin. Une passerelle entre mes idées et les vôtres, mes goûts et les vôtres, mes combats et les vôtres. Mais là, on a juste plus rien à se dire. Non, vraiment. J’ai plus envie de vous raconter des histoires et je n’ai plus envie de vous raconter mes anecdotes, mes impressions de concerts ni de vous expliquer en quoi De Staat est LE groupe rock le plus révolutionnaire de ces dernières années et pourquoi il est GRAND TEMPS d’arrêter de vous prendre de passion pour Babymetal.

J’en ai plus envie et je vais vous dire pourquoi. Parce que: VOUS ME CASSEZ LES COUILLES!

Tous autant que vous êtes.

Vous me cassez tellement les couilles que même faire un truc qui me passionne depuis toujours est devenu un truc dont j’aimerai me débarrasser. Une amie de fac m’a dit un jour qu’écrire, c’était partager un peu de soi. C’est vrai et c’est pour ça que j’ai envie de prendre le peu de moi pour le garder pour moi toute seule. Et éventuellement le chat de mon mec. Même lui trouve que c’est une idée stupide parce que j’aurai plein de choses à raconter. Mais vous raconter quoi? Qu’on a tous besoin du féminisme et de TOUS les féminismes pour faire avancer la cause? Qu’on ne doit pas laisser Daech pourrir de l’intérieur un pays qui se laisse déjà pourrir par les extrêmes? Que Ghostbusters avec des meufs, c’est une bien meilleure idée que toutes les adaptations ciné de Zack Snyder réunis parce qu’au moins, Paul Feig, c’est un vrai réal et pas un connard de blitz? Que Blues Pills, c’est de la merde parce que c’est du copier-coller de tous les mauvais trucs psych-rock avec une meuf qui fait plus Janis que Joplin?

J’en peux plus d’avoir des crampes à force de facepalmer à chaque fois que je vais sur Facebook. Sans déconner, êtes-vous aussi crédules pour ne pas voir le véritable fond du problème? Et puis, c’est quoi cette nouvelle mode de m’introduire comme la “black token friend” de service. Mais elle vous emmerde la Token, okay! J’en ai marre de me justifier quand je dis que les français regardent du mauvais côté de la lorgnette à chaque attaque terroriste sur le sol français, européen et mondial. J’ai perdu trois potes au Bataclan alors me fait pas chier avec tes assomptions de merde, je ne suis pas gauchiste, ni islamo-fasciste ni pour aucun parti d’ailleurs. Je suis uniquement pour le monde des Bisounours, les photos de bébés animaux sur Internet, le retour de Freaks & Geeks, la création d’un mouvement féministe intersectionnel au sein de la communauté métal et les generators party sur les collines de Seven Sisters alors tu fermes ta gueule et tu arrêtes de me prêter des connexions là où j’en ai aucune, ça va?!

Je n’ai plus envie de raconter des histoires ni de raconter ma vie ou celles de potentiels personnages fictifs inspirés de ma vie réelle à qui que ce soit parce que le monde réel me rattrape et que je ne peux plus vraiment m’échapper de la réalité grâce à l’écriture comme je le faisais ces vingt dernières années. Avant, j’avais des pitchs de scénarios en tête, et paf! une nouvelle, une idée de scénario, un potentiel projet de bouquin. Maintenant, j’allume mon téléphone pour lire mes mails et boum! une attaque terroriste par-ci, un attaque anti-féministe par là, oh mais qu’est ce que je vois au loin? Un raciste venant m’expliquer pourquoi je devrais rentrer dans mon pays en Bamboulie. Sérieux, je fais comment moi pour garder un peu de lucidité quand le reste du monde a décrété qu’il allait me prendre pour une conne? Non, pour de vrai, je fais quoi dans ces cas-là?

Je n’ai plus envie de subir ce que j’ai subi en HP ou à Paris. Je ne veux plus avoir à faire à la dépression ou aux autres trucs que me font faire mon TPB (trouble de la personnalité borderline). Et même si ça me tue de le reconnaître, je crois que j’ai besoin — et un peu envie aussi — d’être égoïste. J’ai envie de me couper du monde, de vivre dans une cabane au fond des bois quelque part entre la Suède et le Canada et écouter en boucle du Helms Alee avec mon mec et son chat entre deux baignades dans un lac et quelques siestes crapuleuses. J’ai envie de vivre dans ma bubulle où les seules voix que j’entendrais ne seront pas celles de mon horrible assistant manager au taf mais celle de Mike Patton ou Kat Bjelland (oui, monsieur aime Babes in Toyland, il a du goût!). J’ai envie d’être tiraillée entre manger une glace sur du Ozzy Osbourne ou une pizza sur du Buzz Osborne. J’ai envie de vivre dans un monde où on serait tous des Troy Barnes et des Abed Nadir. J’ai envie de vivre égoïstement dans un monde où ma seule inquiétude sera de savoir à combien de grammes je vais finir après une soirée picoles chez mes collègues. J’ai envie de me la jouer ultra égocentrique et de lire mes livres de musicologie et mes comics en paix parce que vous me faites chier. Vous parlez, vous parlez mais vous ne voulez écouter personne. Bah moi non plus, je ne vous écoute plus. Je ne tendrai plus l’autre joue, je ne ferai plus preuve de bienveillance et j’enverrai chier le premier qui viendra me déranger dans ma bulle. Trop c’est trop.

Alors oui, peut-être que j’aurai envie de remettre un pied à l’étrier tel un boys band revenu des fonds des entrailles des producteurs véreux des années 90 mais je veux faire un comeback comme AriA ou comme Alice In Chains, avec un line-up un peu différent et un son à la fois différent mais familier. Mais pour l’instant, j’ai juste envie de me réfugier sous les jupes de Netflix et de Kick Ass Torrent parce qu’ils auront toujours une valeur plus chère plus à mes yeux que vous, les humains, n‘en aurez jamais.

Du coup, ce soir, je ponds une dernière beuglante pour dire que j’arrête d’en pondre. J’arrête de prendre les réseaux sociaux pour des plateformes d’informations et je ne posterai que des vidéos de groupes que j’aime et des gifs rigolos parce que mon monde ne sera constitué que de ça à présent. Je tiens à rester rationnelle jusqu’à ce que j’atteigne un âge qui ne me permette plus trop de le faire et même là, je ne veux plus à avoir à m’énerver sans cesse sur des sujets dont on ne devrait même plus faire l’apologie parce que 2016, PUTAIN!!! On a perdu Scott, Lemmy, Bowie, Alan Rickman, Mohammed Ali et Anton Yelchin, ça ne vous suffit pas pour vouloir un fast-forward à 2019. Parce que moi, si. En plus, on a eu le Brexit et ça sent fort le purin pour les prochaines élections (Trump, Wilders, Le Pen et j’en passe). Qu’est ce qu’il vous faut de plus?

Tout compte fait, pas 2019 parce que c’est l’année de mes trente ans et je ne veux pas avoir trente ans. On s’arrête à 2018. J’aime bien les années en 8. 1988: je suis conçue et …And Justice For All est sorti. 1998: la France gagne la Coupe du Monde et le 1er album de QOTSA sort presque en même temps qu‘un de mes albums préférés de Crowbar, Odd Fellows Rest. 2008: j’ai mon bac, je vais en fac, quitte Colombes pour Courbevoie et découvre les joies du webzinat. Bref, t’as compris où je voulais en venir. Le monde c’est de la merde. Les gens c’est de la merde. Le terrorisme, la religion et la politique c’est de la merde. Ça fait vingt ans que j’ouvre ma gueule pour dire des choses vraies et sincères et tout le monde s’en fout alors, pour une fois, je vais me taire. Puisque, apparemment, pour se faire entendre de nos jours, il faut brandir des menaces en mode pétard mouillé et faire de feux jugements sur de vrais problèmes de société, je préfère ne pas m’abaisser à ça et vous laisser dans votre ignorance et votre lâcheté.

J’abandonne l’écriture et j’abandonne les beuglantes parce qu’il faut bien que l’un de nous grandisse et pour être tout à fait franche, je me fais chier au bac à sable. Appelez-moi quand vous aurez suffisamment de couilles pour la grande cour.

Allez bisous et noraj, hein!

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