Une journée de travail pour payer une heure de massage ?
Dimanche soir, mon épouse se demandait pourquoi il est nécessaire de travailler une journée entière pour s’offrir un massage d’une heure.
Autrement dit, où passe l’argent ? Comment une journée de travail se transforme subitement en une heure de travail ?
Pour commencer, dressons le décor :
- Imaginons un salarié qui gagne 1 900 € net par mois (à titre de comparaison, le salaire médian net mensuel s’élevait à 1 730 € en 2012 en France pour un équivalent temps plein, et le salaire moyen à 2 154 €).
- Notre salarié gagne donc 1 900 € × 12 mois = 22 800 € net par an.
- La durée légale du travail est fixée à 1 607 heures par an.
- Notre salarié gagne donc 22 800 / 1 607 = 14 € par heure.
- En une journée de travail de 7 heures, notre salarié gagne 14 × 7 = 98 €.
- Pour faire simple, nous allons arrondir ce chiffre à 100 € et considérer que c’est le prix d’un massage d’une heure dans le salon du coin.
- Pour résumer, un salarié qui gagne 1 900 € net par mois doit travailler une journée pour payer un massage d’une heure.
Maintenant, tentons de comprendre où passe l’argent en partant du salarié :
- Quand un salarié travaille une journée et gagne 100 € net, dans le même temps, il cotise environ 30 € au titre des charges salariales et environ 60 € au titre des charges patronales. Je dis bien “environ” : ces chiffres sont uniquement destinés à donner un ordre de grandeur. Ces cotisations obligatoires servent à financer notre assurance maladie, nos allocations familiales, notre assurance chômage, notre retraite, notre droit à la formation et d’autres choses telles que l’aide au logement.
- En d’autres termes, en travaillant une journée, notre salarié a réellement gagné 190 €, sauf que sur cette somme, 90 € ont été prélevés à la source pour financer les assurances et prestations décrites ci-dessus.
Intéressons nous maintenant au salon de massage :
- Sur les 100 € versés par le client au salon de massage, 20 € seront reversés à l’État au titre de la TVA, le salon conservant les 80 € restants.
- Sur ces 80 €, le salon doit payer ses frais de structure (loyer, équipement, assurance, publicité, expert comptable, etc.). Admettons que les frais de structure représentent 30 % du chiffre d’affaire du salon. Il reste donc 56 € pour payer le salaire de l’esthéticienne.
- Sur ces 56 €, il faut payer les charges salariales et patronales de l’esthéticienne, soit environ 27 €. Il reste donc 29 €.
- L’esthéticienne ne peut pas masser sans interruption. Elle doit également accueillir ses clients, préparer ses produits, faire des pauses, se former, faire sa publicité, gérer son entreprise, etc. Sur une journée de 7 heures, admettons qu’elle consacre 4 heures aux massages et 3 heures au reste.
- Notre esthéticienne gagne donc 4 massages × 29 € soit 116 € net par jour, soit légèrement plus que notre salarié imaginaire. La boucle est bouclée.
Nous pouvons résumer tout cela en décomposant la façon dont nous avons dépensé les 190 € correspondants au coût total d’une journée de travail de notre salarié :
- 90 € de cotisations salariales et patronales pour le client du salon
- 20 € de TVA
- 24 € de frais de structure du salon
- 27 € de cotisations salariales et patronales pour l’esthéticienne
- 12 € de salaire net de l’esthéticienne pour la gestion du salon
- 17 € de salaire net de l’esthéticienne pour le massage en lui-même
On pourrait conclure en remarquant que sur 7 heures de travail, 38 minutes seulement ont payé le massage en tant que tel. Le reste a servi à payer les cotisations salariales et patronales du client du salon et de l’esthéticienne, la TVA, les frais de structure et le temps consacré à la gestion du salon.
J’espère que ce court billet répondra à la question de mon épouse :-)
N’hésitez pas à me faire de vos commentaires en m’écrivant à nicolas@grilly.com.