L’Education, au delà des mots.
Svetlana Meyer
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Article très intéressant ! Toutefois je pense qu’il omet d’évoquer un problème primordial que j’ai constaté lors de mes études en sciences de l’éducation et par la suite dans ma carrière professionnelle à l’Université : le décalage entre le Penser et le Faire.

(R)évolutions pédagogiques, réformes gouvernementales, modes, concepts, conférences, recherches, idées, pratiques se suivent et animent les sphères du Penser mais ne peuvent trouver racine dans la réalité d’enseignant(es) dévalorisés, sous-payés, martyres éducatifs d’un système qui les détruit à petit feu en les contraignant à faire le grand écart entre les idées et leur application.

Vous êtes vous d’ailleurs demandé pourquoi, dès lors que l’on parle d’évolution du système éducatif, on pense très souvent à l’école élémentaire ? Ne trouvez vous pas qu’il y a un certain paradoxe à ce que ceux à qui l’on demande de mettre en œuvre soient formés par des universitaires certes qualifiés et érudits, mais néanmoins à l’autre extrémité du système éducatif ? Et que ce soient les mêmes qui chuchotent à l’oreille des gouvernements les routes à prendre ? Pourquoi n’y a-t-il pas plus de Céline Alvarez ?

Peut-être à cause de ce qu’il y a entre le Penser et le Faire : le Former.

Le recrutement et la formation des instituteur(trices) est depuis la réforme des IUFM confiée à l’Université : soit. Le programme de masterisation mis en place essaye tant bien que mal de mélanger formation universitaire axée recherche et formation “de terrain” axée pédagogie : soit. Nous ne sommes pas là pour juger la méthode et/ou la réforme. En revanche le constat est là : les étudiant(es) sont peu au contact des enfants et à l’instar des études de médecine qui suivent le même schéma, se rendent compte parfois trop tard qu’ils ne sont pas fait pour ça. Mais après avoir réussi LE concours, on se dit : maintenant qu’on est là… Quoi qu’il en soit, ils ou elles se rendent compte (trop tard) que les études reçues ne leur permettent pas de répondre aux problématiques de leur quotidien et encore moins aux (r)évolutions pédagogiques tant attendues, sauf pour quelques âmes pionnières motivées. Pire que cela : à aucun moment ils n’ont eux-mêmes été formé selon les préceptes qu’on leur demande d’appliquer.

À l’aune de cet état des lieux certes peu reluisant et légèrement teinté de pessimisme, j’en conviens, on peut se demander : pourquoi ne pas faire l’inverse et appliquer la transformation des outils, méthodes et approches en commençant par l’Université, lieu du Former ? Attention : je ne parle pas du contenu (le discours des enseignants universitaires qui forment les instituteurs) mais bien du contenant c’est à dire les enseignants universitaires eux-mêmes. Pourquoi l’Université ne serait-elle pas source d’inspiration et d’expérimentation pour ces idées novatrices ? Pourquoi ne pas transformer le “faites ce que je dis pas ce que je fais” en “faites ce que je fais et dites moi ce que vous faites” ?

Je ne prétends pas que ce que j’expose ici solutionne quoi que ce soit ni que ce soit la règle en tout lieu : je ne parle que d’une vision personnelle qu’il conviendrait d’étayer par des études scientifiques sur le sujet. Je pense en tous cas que ceux qui font l’éducation ont LA place centrale et que sans eux point d’espoir. Leur rôle, leur salaire, leur formation, leur place dans la société doit donc être revalorisée afin de leur donner les moyens d’opérer ce nécessaire mais néanmoins fabuleux tournant. Car c’est de notre avenir à tous qu’il s’agit, rien de moins.

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