Êtes-vous victime de l’usure décisionnelle ?

Le terme « usure décisionnelle » est un phénomène psychologique extrêmement répandu. Cette diminution de la capacité à prendre des décisions se retrouve en effet autant dans le domaine professionnel que dans le cadre personnel. Pas nécessaire de la connaître pour en subir les conséquences. La faculté de prendre des décisions est une des capacités offerte par le cerveau humain à la différence d’une intelligence artificielle qui choisira entre plusieurs probabilités.

Trop de décisions tue la décision ?

La notion de décision peut être consciente ou inconsciente. Chaque action effectuée tout au long de la journée résulte en fait d’une décision, qu’elle aille d’un simple mouvement à un déplacement, la plupart des décisions que nous prenons sont des décisions inconscientes. Cependant, la limite entre l’exécution d’une action et la prise de décision n’est pas définie et selon certains facteurs (personnel ou extérieur), la même action peut découler d’une prise de décision automatique, ou alors d’une longue réflexion.

Dans la vie de tous les jours, une personne est amenée à décider en permanence sur de très nombreuses thématiques. L’heure du réveil, le fait de prendre un deuxième café, le nombre de sucres dans ce café, la route à prendre pour aller travailler, les aliments consommés pour les repas, la prochaine destination de vacances, l’école de ses enfants, le changement de poste, la création d’une entreprise, le montant d’un prêt bancaire, le départ à l’étranger de sa famille, le divorce, … Toutes ces décisions résultent d’une réflexion. Elles prennent en compte les éléments objectifs et subjectifs en possession du décideur, se basant sur son expérience, mais aussi sur les enjeux liés à cette décision.

Cependant, pour chaque individu, il existe de nombreux choix à effectuer qui attendent une décision. Souvent associé à de la procrastination, ce phénomène à été étudié par Antony Girault, spécialisé dans l’étude des mécanismes psychologiques et de leurs impacts professionnels, révèle que la capacité à décider d’une personne n’est pas constante. En plus du contexte de la décision (Temps pour la prendre, Conviction personnelle, vécu et expérience, Importance, Niveau de stress de la personne…) C’est un phénomène extérieur à la décision en elle même qui est souvent responsable de la non-décision. Pour imager, Antony Girault décrit que chaque personne à un « réservoir » à décision, qui est plus ou moins plein selon leur nombre et la variation des enjeux.

Le principe, soutenu par Antony Girault, est que la capacité à prendre une décision est impactée par deux facteurs principaux : Le nombre de décision à prendre, les variations des enjeux liés aux décisions. Pour définir cela, un modèle à été conçu pour étudier les variables qui affectent la prise de décision. C’est la matrice de l’usure décisionnelle.

Vers un modèle pour endiguer l’usure décisionnelle

Afin de bien comprendre l’impact des décisions sur le comportement d’un individu, un modèle matriciel permet de mesurer le niveau d’usure sur deux axes : Nombre de décision / La variation des enjeux liés aux décisions

Axe 1 — Nombre de décision

Comme vu précédemment, chaque individu prend de nombreuses décisions tous les jours. Contrairement aux idées reçues, l’habitude de prendre des décisions ne vient pas du nombre de décisions prises, mais de la capacité à étudier efficacement des options d’une décision, son contexte, son impact, et à se projeter dans l’exécution de cette action. A l’inverse, le nombre et la fréquence de décision sont des éléments qui affectent la capacité de prise de décision. Plus nous prenons de décisions, plus il est compliqué de bien étudier les tenants et aboutissants, et plus il est difficile de prendre une décision.

Axe 2 — La variation des enjeux liés aux décisions

En parallèle du nombre de décisions, la variation des enjeux liés à une décision affecte elle-aussi la capacité à décider. Une personne est amenée à prendre des décisions qui vont de l’inconscient à des décisions très engageantes pour elle ou pour d’autres personnes. Ce qui affecte la capacité de décision n’est pas de prendre des décisions à fort enjeux, mais plutôt d’avoir à prendre des décisions avec des enjeux très variables. Plus l’écart d’enjeux entre les décisions prises par une personne dans un laps de temps est grand, plus la personne aura du mal à décider.

Quelles sont les conséquences de l’usure décisionnelle ?

  • Non-décision : Report des décisions à prendre provocant une accumulation et un engorgement de la faculté de décision
  • Prise de décision subjective : Prise de décision sans prendre en compte les facteurs rationnels et objectifs pour la prendre
  • Temps de décision : allongement du temps nécessaire à une décision
  • Procrastination : décalage dans le temps de décision
  • Annulation de décision : invalidation d’une décision
  • Démotivation : Fatigue, manque de conviction dans les actions, voir même burnout en cas de contexte global défavorable

Quelles sont les solutions ?

  • Gestion par liste d’action > réserver des créneaux pour traiter des listes de décision à prendre
  • Méthode de prise de décision : Etudier le contexte de prise de décision afin de valider que le contexte de prise de décision est favorable (Temps pour la prendre, Conviction personnelle, vécu et expérience, Importance, Niveau de stress de la personne…)
  • Délégation : mise en place un système de délégation visant à réduire le nombre et les variations des décisions à prendre
  • Automatisation : mise en place des automates pour traiter les décisions inutiles et répétitives
  • Méthode des 60 secondes : Bloquer 60 secondes pour étudier une décision et fixer la décision. Sinon, c’est que vous n’avez pas tous les éléments pour le faire.
  • Et toutes les méthodes visant à réduire le nombre de décisions ou à les prendre plus facilement.

L’intelligence artificielle est-elle soumise à ce modèle ?

Les intelligences artificielles se développent et interviennent de plus en plus dans la prise de décision. L’autonomie d’une intelligence artificielle dépend de sa capacité à faire des choix.

En réalité, l’AI ne prend pas de décision, puisque chacune de ses réponses est un pourcentage de possibilités et non un choix. Mais le concept de prise de décision reste identique. Alors une AI peut-elle être affectée par l’usure décisionnelle ? La réponse est non. Pour une raison simple qui est qu’une AI n’est soumise qu’à une variable du modèle, le nombre de décisions à prendre. Et cela est directement lié à sa puissance de calcul.

L’autre variable est liée à l’enjeux d’une décision. L’AI elle, ne prend pas en compte ce facteur là puisque sa décision est exclusivement basée sur l’étude du risque lié à la décision, non de l’enjeux lié à cette décision. Le risque est déterminable en fonction des éléments de contexte. L’enjeux, lui, ne l’est pas car il nécessite une capacité de projection, qui fait appel à l’imagination. Par exemple, une personne ne fera pas de mouvement brusque à côté d’un bébé, car l’enjeux de le blesser est trop grand. Une AI étudiera si la course du mouvement entre en collision avec l’enfant et rendra une décision en pourcentage de risque d’impact. La décision sera donc prise avec « froideur ». Elle ne sera donc pas soumise au facteur de l’enjeux, et donc, pas à l’usure décisionnelle.

Pour ouvrir le sujet de la complémentarité entre AI et Personne dans le cadre de la prise de décision, il parait important d’envisager les AI comme un moyen de réduire le nombre de décision et la variation de leurs enjeux en aidant les personnes physiques. Premièrement, en prenant des décisions simples pour des sujets qui n’ont pas suffisamment d’importance pour nécessiter l’intervention d’une personne. Secondement, en accompagnant la prise de décision des personnes en les aidant à analyser les contextes et variables, définir les possibilités, et réduire le nombre de solutions à étudier pour une problématique donnée.