Bonjour à tous, ce 30 juillet, j’avais remarqué un volume sur l’affaire Benalla que je n’avais jamais croisé auparavant sur n’importe quel cas. Quelques jours après, j’ai remarqué qu’une partie de ce volume avait été créé par une infime minorité.

Parmi ces comptes, j’avais auparavant identifié certains d’entre eux comme partageant de fausses informations (@20RueduCirque , @StopMariageHomo et autres).

J’ai donc estimé que c’était une information pertinente dans la mesure où mon précédent tweet sur ces volumes importants était repris par la presse. https://www.francetvinfo.fr/politique/emmanuel-macron/agression-d-un-manifestant-par-un-collaborateur-de-l-elysee/affaire-benalla-les-gens-est-ce-qu-ils-parlent-de-ca-on-a-repondu-a-la-question-que-se-pose-emmanuel-macron_2867847.html )

A la suite de ceci, j’ai massivement été sollicité, notamment par des journalistes, sur ce sujet. Concentré sur l’écriture de ma thèse, j’ai renvoyé ces sollicitations vers le EU DisinfoLab, association sans but lucratif que j’ai co-fondée et qui réalisait l’étude en suivant ma méthodologie.

Dans de précédentes analyses, nous avions identifié la correspondance entre le partage de désinformation et le fait d’appartenir à la communauté “russophile” (notamment durant la rumeur des Bahamas Leaks et la divulgation des Macronleaks (https://www.bfmtv.com/politique/macronleaks-les-questions-qui-se-posent-apres-la-publication-de-milliers-de-documents-1159359.html )

Le mot “russophile” est devenu dans les média, synonyme “d’attaque du gouvernement russe”. Le mot “gonflage numérique” est devenu “bot”. Ainsi, le sens de notre travail a été détourné et récupéré politiquement.

Toujours concentré sur ma thèse (le refus de parler à des dizaines de journalistes pourra l’attester), j’ai commencé à recevoir beaucoup de messages. Certains, notamment des journalistes et enseignants, se sont mis jusqu’à mettre en doute l’honnêteté de nos travaux.

Je me suis senti contraint de prouver le bien-fondé de ma méthodologie. Par soucis de transparence, nous avons rendu publiques les données de l’étude pour qu’ils constatent par eux-mêmes notre intégrité.

Dans un des fichiers de travail apparaissent des clusters. Ces clusters, il s’agit d’une méthodologie que j’utilise depuis 5 ans sur mon blog personnel. Je l’ai appliquée pour les rumeurs pendant l’attentat de Nice http://www.reputatiolab.com/2016/07/mecanisme-rumeurs-durant-attentats-cas-de-nice/), sur la propagande terroriste, sur le traitement du bikini de Reims et du Burkini, sur les rumeurs pendant la présidentielle française. J’avais d’ailleurs utilisé la même méthodologie pour à l’époque prouver que les équipes de Macron mentaient : https://twitter.com/Nico_VanderB/status/906839202498785280

Ces analyses ont toujours reçu un écho très favorable et ont largement été relayées dans tous les médias : Le Monde, L’obs, Le Figaro, Libération, Sputnik, France Culture, TF1, etc.

Ces clusters sont le fruit de l’utilisation d’un algorithme open-source (méthode de Louvain). Cet algorithme a vocation à trouver des concordances, peut générer du bruit ou ne rien montrer du tout.

Pour éviter que l’on puisse mettre en doute ses résultats, EU DisinfoLab a donc sorti un fichier sans les clusters, mais avec la liste par désinformations (le but du fichier était d’identifier des comptes propagateurs de rumeurs).

Le premier fichier 1–49 permet de montrer qu’1% des personnes avaient publié 47 % du contenu. Il comportait “un simple” nombre de tweets. Je dis “un simple” parce que dans le milieu de la donnée sociale, un export d’utilisateurs avec leur nombre de tweets, c’est juste la norme. Le quotidien.

Dans ce fichier, on retrouve tout type de comptes. J’y figure même. Certains ont cru qu’ils s’agissaient du nombre de rumeurs, qu’il voulait dire qu’ils étaient hyperactifs, qu’ils étaient russes, qu’il s’agissait d’un matricule.

Le deuxième fichier se concentrait uniquement sur la désinformation. Il classait les auteurs par nombre de désinformations totales abordées.

Dans mon prisme de doctorant, je ne pouvais soupçonner que le partage de ces données aurait une telle portée.

A mes yeux, toute donnée sur Twitter est une donnée publique et il n’y avait aucune intervention personnelle car la méthodologie se contentait de faire apparaître des communautés uniquement par les interactions. Cette méthodologie peut être débattue.

Et là, tout s’est emballé. Les menaces d’attaques, les insultes, les appels de journalistes à nos proches et les articles conspirationnistes.

J’assumerai les responsabilités qui m’incombent.

J’ai pris la décision de contacter l’Université pour commencer les démarches afin de cesser mes activités dans le cadre de l’Université catholique de Louvain, qui ne doit pas souffrir de mes activités bénévoles et de leur portée.

Je suis passionné, trop. Je ne suis ni un facho, ni un barbouze. Je suis guidé par les valeurs démocratiques et mon aveuglement au service de la lutte contre la désinformation ne m’a pas permis de mesurer la portée de mes actes. Toutes mes excuses à ceux et celles que j’ai pu heurter.

Nicolas Vanderbiest