MAKE.ORG : démocratiser l’engagement citoyen.

Nicolas Vignolles
Jul 10, 2017 · 4 min read

La révolution numérique a changé notre monde en l’espace de 5 ans. Elle a totalement redistribué les cartes dans le champ économique, dans le champ médiatique et même dans le champ politique. On ne voyage plus pareil, on ne regarde plus la télévision pareil, on ne suit plus l’actu pareil.

Il est somme toute assez logique que nos croyances collectives évoluent elles aussi ; au final, on ne croit plus à la démocratie, à ce qui nous fait tenir ensemble, de la même manière.

Changements à tous les étages. Booking ou Expedia sont des donneurs d’ordre qui obligent Accor à totalement se repenser. L’écoute linéaire de la télévision traditionnelle disparaît au profit d’une consommation non linéaire de programmes sur Netflix ou Youtube. Notre patrimoine, nos artistes, nos auteurs se financent par le crowdfunding. C’est tout le partage de la valeur entre artistes et producteurs qui a volé en éclats.

Révolution économique, révolution culturelle, révolution politique aussi !

Qui pourrait encore soutenir que le champ politique est resté totalement imperméable à ce mouvement ? De la conquête à la gestion, et de la gestion à la contestation du pouvoir ; rien ou presque ne se fait sans que le numérique soit au cœur des nouvelles mobilisations.

Le politique l’a bien compris. Et de manière très utilitariste, il a tenté de s’en servir.

En France, En Marche vient de démontrer de manière spectaculaire que l’ubérisation des partis politiques était une réalité tangible, et que le recrutement de dizaines de milliers de militants en l’espace de seulement quelques mois n’avait désormais plus rien d’infaisable. La victoire de Barack Obama avait ouvert la voie en 2008 ; le site My.BarackObama.com, véritable réseau social, a permis à 10 millions de partisans de faire des dons, de faire leur propre collecte de fond, de raconter leur expériences sur le terrain, d’organiser et trouver des événements, de rejoindre un groupe local ou encore de populariser leur campagne sur les réseaux sociaux.

Dans l’exercice même du pouvoir, les choses ont changé. Des ministres commencent à expérimenter la co-construction des textes de loi grâce à des plateformes dédiées ; la loi sur la République numérique élaborée au terme d’une large consultation web de plusieurs mois en est le premier trop rare exemple.

Et pourtant…Tout a changé mais rien n’a réellement changé.

Des empires, des monopoles, parfois des rentes se reconstituent selon des logiques qui n’ont rien de nouvelles, et ainsi des habitudes se recréent. Cette révolution a fondamentalement redistribué les cartes, mais elle n’a pas changé le jeu.

Elle n’a pas encore produit en vérité la promesse qu’elle portait en elle. Pourquoi ? Parce qu’elle est encore largement étrangère au plus grand nombre.

Pour changer vraiment le jeu, il lui manque en réalité deux ingrédients essentiels : donner du sens et être en prise avec la société.

La révolution numérique est la propriété de quelques uns. Une élite, parfois éclairée, souvent bienveillante. Aussi bien intentionnée soit-elle, aussi révolutionnaire soit ses projets, le plus grand nombre de nos concitoyens n’en sont que les consommateurs ou les spectateurs. Jamais ou presque les acteurs.

Les Civic tech se sont emparées depuis maintenant dix ans de cette question, celle de la résorption de la fracture démocratique flagrante entre gouvernants et citoyens. Dans leur diversité, elles participent à un renouveau démocratique en réinterrogeant la démocratie représentative. Mais toutes ou presque ont le décideur politique comme cible de lobbying ou comme passage obligé pour l’action.

Or la société par et pour elle-même, cela existe ! Il faut la mobiliser, et nul besoin de demander à quiconque le droit d’agir. Donnons-lui des moyens à la hauteur des ses ambitions et des incroyables énergies qu’elle recèle.

C’est à ce chantier immense que s’attaque Make.org ; changer enfin la logique globale et redonner au plus grand nombre la capacité de peser concrètement sur le cours des choses.

Nous voulons casser cette barrière à l’entrée, ce plafond de verre, qui empêche depuis si longtemps des millions de Français de franchir le pas. Parfois l’engagement peut faire peur, parfois les associations semblent trop difficiles à rejoindre, parfois aussi sa propre action paraît dérisoire… toujours ou presque, la marche vers l’action citoyenne apparaît comme trop haute, et réservée à d’autres.

Nous entendons créer un outil de réengagement massif des citoyens, un outil si puissant et massif qu’il serait capable de faire naître des actions de grande ampleur et ainsi de susciter l’envie sans cesse plus grand de contribuer et de se réengager.

Paradoxalement, il est temps de démocratiser l’action citoyenne en France.

Comment ? En démultipliant les manières de s’engager, en jouant sur tous les registres de l’engagement,

L’intérêt général est notre moteur. Mais il n’est plus un graal inaccessible.

Chez Make.org, l’intérêt général ne se décrète pas, il se construit à travers des actions concrètes, portées par le grand nombre et visibles du plus grand nombre.

Make.org a pour point de départ un paradoxe : les institutions démocratiques n’ont jamais été aussi fragiles, mais les citoyens n’ont jamais été aussi demandeurs de s’engager.

Il est plus que temps de permettre une irruption citoyenne au cœur de nos démocraties endormies. Vous venez ?

Nicolas Vignolles

Directeur des Affaires publiques de Make.org

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