Ecosia : illusion verte, techno-solution et greenwashing

Quelques remarques sur un moteur de recherche présenté (à tort, évidemment) comme une solution au désastre environnemental en cours :

1. Ecosia fonctionne grâce à un système de publicité et de partenariat avec Microsoft (grand ami de l’écologie, de la lutte anticapitaliste, et de la décroissance, n’est-ce pas): « Comme tout autre moteur de recherche, Ecosia affiche à côté de ses résultats de recherche des publicités, connues sous le nom d’EcoAds. À chaque fois que tu cliques sur l’une de ces publicités, notre partenaire Microsoft Bing nous verse de l’argent pour avoir redirigé nos utilisateurs vers ses annonceurs. » Il s’agit d’une entreprise à but lucratif, rappelons-le, qui reverse « au moins 80 % » de ses bénéfices issus des publicités à des programmes de plantation d’arbres. Je ne sais pas vous, mais j’ai depuis longtemps arrêté de croire en l’idée que le business capitaliste pourrait un jour sauver la planète.

2. « Des recherches en ligne neutres en carbone : Ecosia compense toutes les émissions de carbone liées à tes recherches. » Ce genre d’allégation gratuite et invérifiable ne signifie rien. La compensation carbone ne signifie rien, c’est un concept abstrait qui existe depuis bien longtemps et qui permet surtout aux entreprises de continuer à polluer tout en se donnant une image écolo.

3. Ecosia n’est pas partenaire du WWF pour rien. Ceux qui ne comprennent pas en quoi cela pose problème sont invités à se renseigner sur le WWF, que les vrais écologistes (pas ceux qui passent à la télé, pas les écolos grand public) dénoncent depuis le début. Ecosia s’inscrit, à l’instar du WWF, dans la nébuleuse faussement écologiste, dans le domaine du greenwashing.

4. Enfin, en ce qui concerne les projets qu’ils soutiennent, le problème est complexe. D’un certain point de vue, certains d’entre eux semblent véritablement positifs. Mais d’un autre côté, ils s’inscrivent très bien dans la logique capitaliste et dans le système industriel qu’ils n’enrayent absolument pas : plusieurs des projets soutenus par ecosia sont partenaires d’autres entreprises et/ou multinationales, de fondations philanthrocapitalistes (Fondation Yves Rocher, Barclays, Mariott) auxquelles ils permettent de soi-disant « compenser » (à travers des plantations d’arbres) les destructions écologiques et les pollutions dont elles se rendent coupables par ailleurs. Pour comprendre en quoi la compensation carbone n’est pas une solution, vous pouvez consulter cet article (et les vidéos associées) d’Arte intitulé « Le crédit-carbone, un business lucratif », ou encore cet article de Notre-planète.info, intitulé « Planter des arbres n’est pas une solution viable pour compenser nos émissions de CO2 ». Ecosia est, par exemple, partenaire de Pur Projet (dénoncé par les amis de la Terre lors de la remise de leur prix Pinocchio) à propos de quoi Christian Jacquiau écrit :

Sur les contreforts des Andes, Pur Projet (le collectif créé par Tristan Lecomte accompagné d’un certain nombre de transfuges d’Alter Eco, la marque logotisée Max Havelaar de commerce équitable partenaire privilégiée des grandes et moyennes surfaces qu’il a fondé en 1998 et présidé jusqu’en 2011, date à laquelle il a été remercié par les fonds éthiques mais pas désintéressés qu’il avait naïvement introduit dans la bergerie quelques temps auparavant) — s’est donné pour mission de planter des arbres et protéger des forêts pour compenser la pollution de multinationales comme Vinci, Nestlé ou GDF Suez.
Dans cet idyllique projet « les intérêts des communautés locales ne pèsent pas très lourd », dénoncent en chœur les ONG Les Amis de la Terre, le CRID, Peuples Solidaires-ActionAid et l’Observatoire des multinationales.
 Au point d’avoir retenu Pur Projet parmi les entreprises hyper greenwashisées nominées dans la catégorie « Plus vert que vert » pour son peu valorisant Prix Pinocchio du développement durable. Un prix décerné à « l’entreprise ayant mené la campagne de communication la plus abusive et trompeuse au regard de ses activités réelles »

Ces plantations qui servent de « compensation » pour les grandes entreprises posent un autre problème : une plantation n’est pas une forêt, et n’a rien à voir avec une forêt, ce que dénoncent de nombreux écologistes, de nombreuses ONG et organisations comme le World Rainforest Movement, Rainforest Rescue (Sauvons la forêt), REDD Monitor, ATTAC et de nombreux médias comme The Ecologist.

L’entreprise à but lucratif Ecosia ne s’inscrit absolument pas dans une dynamique anticapitaliste ou anti-industriel, pas plus qu’elle ne présente une solution au désastre écologique en cours.

Le cliquetivisme est une idiotie.