L’intelligence collective, une idée à prendre au sérieux?

Si je vous dis intelligence collective, quelle est la première chose qui vous vient à l’esprit ? L’élection de Donald Trump aux Etats-Unis ? Une manifestation qui tourne mal ? Un krach boursier ? Des moutons ?

L’intelligence collective est souvent considérée avec sarcasme ou dérision, car les exemples de bêtises collectives ne sont pas durs à trouver, mais est-ce-que cette attitude est justifiée?

Qu’est-ce-que l’intelligence collective?

L’intelligence collective est une notion encore floue qui est définie de plusieurs façons. Elle peut être la capacité d’un groupe d’individus à faire mieux que ses membres isolés. Elle est aussi définie comme la capacité à développer des liens entre plusieurs personnes pour créer quelque chose de nouveau. 
Essentiellement, elle désigne les capacités cognitives d’une communauté résultant des interactions multiples entre ses membres. Il est alors important de comprendre que la capacité d’un groupe à résoudre des problèmes est faiblement corrélée aux intelligences individuelles (QI).

L’intelligence collective émerge de la capacité d’un groupe à combiner et intégrer les différentes expériences, compétences, savoirs et jugements de ses membres pour parvenir à faire de meilleures estimations ou à prendre de meilleures décisions. La diversité des profils présents au sein d’un groupe et la capacité des membres à s’écouter en étant ouvert d’esprit sont donc des critères déterminants.

A plus grande échelle, la collaboration direct entre les individus n’est plus absolument nécessaire pour permettre des formes d’intelligences collectives. Le moteur de recherche Google en est un exemple particulièrement intéressant. A chaque fois qu’une personne tape une requête sur Google, celui ci profite des efforts de tous ceux qui créent des liens sur internet. Chaque lien est un jugement implicite qu’une page vaut la peine d’être visionnée, et la somme totale de tous ces liens représente un jugement mondial agrégé sur la qualité des contenus Web. Google, l’entreprise, utilise ses robots d’exploration pour rassembler le contenu de tous les liens Web de façon continue. Puis Google stocke ces informations sur ses serveurs et les analyse avec des algorithmes intelligents. Ces algorithmes évaluent quels jugements représentés par les liens sont des indicateurs fiables et de qualités. Des parties ciblées de ce jugement global collectif sont ensuite présentées aux utilisateurs lorsqu’ils entrent des requêtes.

Que ce soit dans un groupe de quelques personnes ou dans une population de plusieurs milliards, l’agrégation de différentes perspectives permet d’avoir une vision plus complète et donc une meilleure compréhension de la réalité.

Les risques de la collaboration

Les principaux obstacles à la prise de bonnes décisions en groupe sont le conformisme, l’autocensure, le biais de confirmation et le manque de partage des informations.

Le premier obstacle, le conformisme, aussi savamment appelé pensée moutonnière, est le fait que les membres d’un groupe ont tendance à suivre le consensus sans faire appel à leur esprit critique. Ce phénomène est d’autant plus présent si des personnes du groupe, en particulier le leader, ont un certain statut ou pouvoir particulier.

Ces différences de statut dans un groupe sont aussi la cause d’un deuxième piège, l’autocensure. Ainsi, lors d’une réunion, des employés peuvent être intimidé par la présence d’un ou plusieurs supérieurs hiérarchiques (ou juste naturellement timide), ce qui peut les conduire à ne pas partager pleinement leur uniques perspectives et compétences. Des questions d’égo peuvent également conduire un membre du groupe à ne pas argumenter pour une idée nouvelle et intéressante, pour ne pas revenir sur ce qu’il a dit lors de la discussion et risquer de se contredire ou admettre une erreur.

L’ego est la source d’un troisième problème, le biais de confirmation. Cette capacité que nous avons tous à être sourds aux arguments qui ne vont pas dans notre sens, peut sévèrement faire chuter le QI d’un groupe. Si le chef ou leader prend un rôle de cowboy et tire sur tout ce qui ne bouge pas dans son sens, il peut alors “flingué” l’intelligence de l’équipe. C’est pourquoi l’ouverture d’esprit, permettant à l’individu être intellectuellement humble et non dogmatique, est primordiale.

Enfin, le manque de partage des informations est un frein important à une collaboration efficace. Cela renvoie à un dilemme commun de l’individu en groupe : coopérer ou s’illustrer. Le membre du groupe a peur de “lâcher” ses connaissances, par crainte de se démunir, et pour garder une forme d’avantage personnel. L’individu peut aussi ne pas partager une information parce qu’il n’imagine pas qu’elle pourrait être décisive pour la prise de décision collective. Le rôle du leader est alors d’instaurer un climat de confiance, sans jugement, et de clairement dire à tous les membres du groupe que toute information qu’ils partagent, peut permettre une meilleure prise de décision.

Les bonnes pratiques pour favoriser l’intelligence collective

L’intelligence collective est une synergie, une alchimie qui n’est pas évidente. Elle n’est pas garantie par une simple bonne ambiance ou par l’auto organisation d’un groupe. Certaines règles sont à suivre pour permettre une vraie valeur ajoutée à la collaboration. Les règles sont exigeantes : organisation de tours de parole, intelligence émotionnelle, parité, styles cognitifs variés dans les équipes, mémorisation des compétences des collègues, et surtout, partage minutieux de toutes les informations.

L’organisation de tours de parole (ce facteur présente la plus forte corrélation avec l’intelligence collective) permet d’éviter 3 écueils qui font couler l’intelligence collective des groupes : le conformisme, l’autocensure et le manque de partage des informations. En effet, la présence de personnes aux statuts et personnalités différentes peut causer des temps de paroles très inégaux dans de nombreux groupes. Cette inégalité ne permet pas à chacun de réellement contribuer à la discussion et peut créer des comportements de suiveurs. Cette forme de communication décentralisée peut être encouragée de manière volontaire, mais elle est également liée à la sensibilité sociale des individus, c’est-à-dire à leur intelligence émotionnelle.

L’intelligence émotionnelle est la capacité à comprendre ce que d’autres personnes pensent ou ressentent, parfois simplement sur la base d’indices visuels. Cette intelligence peut être mesurée par le test d’empathie de Baron-Cohen : en observant des photos de visages, il s’agit de deviner les émotions d’une personne. Cette aptitude est le principal facteur explicatif de l’intelligence collective et explique 26% de la variabilité des intelligences de différents groupes.

Un autre facteur est la proportion de femmes dans les groupes (qui justifie 23% de la variance). Cela s’explique en grande partie part l’intelligence émotionnelle : les femmes ont généralement sur ce plan un score plus élevé que les hommes. Mon expérience personnelle me confirme ce phénomène, car depuis l’arrivée de Clémence dans l’équipe, la star de la Com, l’intelligence collective de la team Nooova a pris un sérieux coup de boost.

La diversité des profils au sein d’un groupe favorise l’intelligence collective. Elle concerne aussi bien les compétences des individus, leurs caractéristiques socio-démographiques (sexe, ethnie, âge ou langue), leurs opinions ou même leurs traits de personnalité (anxiété, agréabilité, confiance en soi). Cependant, dans certains cas extrêmes, des modes de pensées trop différents peuvent causer des problèmes de communication dans le groupe et ainsi affecter négativement son intelligence.

La mémorisation des compétences des autres membres (mémoire transactive), aide à la collaboration et l’agilité des groupes, en favorisant le travail en équipe sur des problèmes divers et variés. En effet, les compétences requises sont souvent différentes pour chaque nouveau problème à résoudre. Si les membres d’une équipe connaissent très bien les compétences des autres, cela facilite la répartition des personnes sur différents projets et le partage des tâches. C’est particulièrement le cas dans une start-up, car sa capacité d’adaptation est primordiale à sa survie. Ainsi, à l’intérieur de ce type d’organisation, des groupes doivent pouvoir se former de façon fluide et spontanée pour résoudre des problèmes.

L’impact de l’intelligence collective

Des entreprises telles que Tripadvisor, Yelp ou Uber, sachant favoriser et exploiter l’intelligence collective, ont connu des succès spectaculaires ces dernières années. Dans un monde de plus en plus interconnecté, l’intelligence collective va prendre une place importante. Les groupes, entreprises et pays qui seront capable de la cultiver et de l’utiliser efficacement, auront certainement un avantage considérable.

A chaque fois que des groupes d’être humains parviennent à accomplir des choses exceptionnelles, comme marcher sur la lune par exemple, une incroyable collaboration est indispensable. C’est alors que l’intelligence collective prend tout son sens.