Une interview croisée de trois acteurs des “Écosystèmes Émergents”

Écosystèmes Émergents regroupe des personnes qui collaborent et travaillent au sein de différentes structures. Notamment CivicWise, le coworking Volumes, Open Source Politics et OuiShare. Analia, Alex et Miriam nous donnent leur avis sur ces nouvelles façons de travailler.


Peux-tu te présenter brièvement ?

Analia : Je suis architecte, j’ai obtenu mon diplôme en Argentine où j’ai aussi travaillé comme urbaniste pendant plusieurs années. Je suis arrivée en France un peu par hasard, je cherchais à élargir mes connaissances et la vision que j’avais de ma profession. J’ai rapidement fait la connaissance de Domenico Di Siena, qui m’a parlé de CivicWise. Leurs idées et leurs fonctionnement m’ont tout de suite intéressée. J’adhérais aux mêmes valeurs et c’est comme ça que j’ai rejoint le cercle CivicWise et Volumes.

Alex : Je suis géographe de formation et par le passé j’ai plutôt travaillé autour des questions d’urbanisme. J’ai aussi toujours été intéressé par les questions alimentaires. Par la suite j’ai eu l’occasion de passer un CAP de cuisine grâce aux cours pour adultes proposés par la ville de Paris. À la suite de ça je suis parti vivre en Colombie où j’ai travaillé comme cuisinier, et à mon retour en France, j’ai poursuivi dans cette voie !

Miriam : Je suis allemande et je suis arrivée à Paris en octobre 2016, où je suis des études à l’école d’urbanisme, dans le cadre d’Erasmus. J’ai découvert Volumes et CivicWise grâce à Analia qui a suivi un parcours similaire. Quand j’ai découvert cette façon de travailler et tous ces projets ça m’a beaucoup attirée et j’ai donc rejoint CivicWise.

Qu’est ce qui t’a amené à travailler dans des structures communautaires à tendances horizontales ?

Analia : En Argentine j’ai toujours travaillé avec des amis, qui sont du coup rapidement devenu des collègues ou des associés, mais j’ai eu des expériences plus classiques aussi (avec des horaires fixes, une hiérarchie etc.). Le fait d’avoir quitté l’Argentine et d’arriver ici où je n’avais pas de contacts, m’a poussé à venir travailler dans un espace comme Volumes, c’était une bonne opportunité pour moi de me créer un réseau.

Alex : Après quelques expériences compliquées en restaurant, une amie photographe m’a fait découvrir Volumes, dont le staff cherchait à créer un espace de cuisine. Je les ai donc aidé sur ce projet et ça m’a permis de développer ma propre activité : la cantine à vélo. La gestion de cet espace de cuisine était difficile à concilier avec mon activité, qui était de toute façon destinée à être temporaire, par conséquent je suis maintenant salarié de Volumes pour qui je travaille à plein temps. Je gère le lieu avec l’idée d’y développer mes propres projets. Je donne, par exemple, des cours de cuisine dans un centre d’animation de la ville de Paris et j’aimerais poursuivre cette idée en organisant des cours gratuits pour des gens du quartiers, qui seraient à la fois magistraux et participatifs, c’est l’avantage de la cuisine.

Miriam : J’ai travaillé dans des structures plus classiques, mais dans des domaines qui n’avaient rien à voir avec l’urbanisme. Ce sont plus les rencontres, le réseau qui m’ont amenée à travailler de cette manière plutôt qu’une volonté initiale. Volumes pour moi c’est d’ailleurs plus un lieu de rencontres et de collaboration que véritablement un lieu de travail car je n’y passe pas si souvent que ça.

Rencontre Écosystèmes Émergents du 13/04/2017

Qu’évoquent pour toi les notions d’écosystème, de réseau, de communauté ?

Analia : Ces notions sont porteuses d’un espoir. Celui de vivre, de travailler autrement, de faire mieux en terme de contribution sociale, sans verser dans un libéralisme trop effréné. J’ai eu la chance d’avoir beaucoup de possibilités, d’avoir eu une éducation et une famille qui ont pu m’aider. J’ai du mal à croire qu’on ait tous les mêmes possibilités et pour moi, en tant que privilégiés on a presque l’obligation de partager, de se fédérer. Cette volonté de partage, de se rassembler autour de projets communs sont centrales pour moi et je les retrouve dans cette façon de travailler.

Alex : Ces termes sont très proches pour moi. Le coworking forme une communauté de fait, mais tout le monde n’a pas les mêmes besoins, certains y voient simplement une opportunité économique. En somme, pour moi, l’idée de communauté n’est pas forcément évidente pour tous, il faut faire un travail d’animation pour que les gens puissent se rencontrer, échanger etc. Le déjeuner est d’ailleurs un moment clé pour ça, mais on organise aussi des petits-déjeuners entre coworkers. Si je devais différencier, je ferais un schéma en cercles concentriques. La communauté serait le cercle le plus central et le réseau et l’écosystème seraient un peu plus lointains.

Miriam : La notion d’écosystème est nouvelle pour moi. Je dirais que ça évoque quelque chose de beaucoup plus auto-suffisant, il y a aussi un imaginaire biologique, quelque chose de vivant qui peut aussi être très fragile. Le réseau caractérise plutôt les relations entre les acteurs, à mes yeux. Enfin, la communauté comprend un réseau mais qui partage des valeurs, une vision etc. Un réseau n’est pas moralisé de cette manière.

Quelles différences avec des modèles hiérarchiques plus classiques ?

Analia : Les modèles varient beaucoup d’une entreprise ou d’un milieu à l’autre. En ce qui me concerne, j’ai eu la chance d’être dans des conditions où j’ai beaucoup appris. L’horizontalité d’un modèle comme le nôtre demande d’apprendre aussi. À se connaître soi d’abord, mais aussi à connaitre les autres, se faire confiance, savoir créer du lien social et se faire une place. On doit travailler au quotidien à nôtre système de gouvernance. En termes de discussion, de débat, c’est stimulant car on peut toujours dire ce que l’on souhaite.

Alex : Les modèles classiques n’ont rien à voir. Ici il n’y a que des indépendants ou des petites équipes. J’ai l’impression que ces gens-là ont choisit cette vie, qui comprend peut-être plus de risques mais répond à un désir d’émancipation.

Miriam : C’est compliqué de répondre car je ne travaille pas ici pour l’argent. Tout ce que je fais ici est bénévole. Je dirais tout de même qu’il y a une ambivalence car je n’ai pas l’habitude de travailler sans cadre. Je n’ai pas le réflexe de faire des pauses, de délimiter des horaires etc.

Quel impact ce type d’organisation a-t-il sur ton travail/ta productivité ?

Analia : Il y a du positif et du négatif. Les dates butoirs du modèle classique forcent des rendus réguliers, mais impliquent une forme de pression, de stress. La liberté offerte par une organisation moins classique peut être intéressante, mais elle demande une discipline individuelle plus importante. Enfin, le modèle horizontal implique des collaborations plus riches car il y a une convergence des intérêts individuels au sein de chaque projet collectif.

Alex : J’ai du mal à comparer ces différents modèles. En terme de productivité en tout cas, je dirais que le travail est plus diffus au sein d’un coworking, car les cadres sont moins stricts. Je suis parfois amené à travailler le dimanche, mais je suis aussi parfois amené à me lever plus tard. Je pense que c’est cette liberté qui est intéressante pour beaucoup.

Miriam : Je pense qu’il faut savoir se discipliner car sans cela, le travail dans une structure comme Volumes peut-être très précaire. Si l’on veut être productif, il faut savoir s’imposer un rythme et des objectifs. Ce n’est pas plus facile que d’être le subordonné de quelqu’un. Je dirais même que par certains aspects, c’est plus dur, car tout repose sur vous, et si vous échouez, vous ne pouvez vous en prendre qu’à vous-même !

Rencontre Écosystèmes Émergents du 13/04/2017

Sur ton état-d’esprit ?

Analia : Pour moi le modèle actuel est le seul a être enthousiasmant. Ici on ne trouve pas seulement des collègues mais aussi des amis, c’est une valeur très importante. Dans la vie on ne travaille jamais seul et entretenir des relations avec les autres est primordial à mes yeux, mais dans le cadre classique, on n’est parfois trop peu amené à le faire.

Alex : À l’heure actuelle je suis content de mon activité ici car comme je le disais plus tôt, elle n’est pas incompatible avec le développement de projets personnels. En ce qui me concerne je joue sur deux tableaux car j’ai aussi la chance d’être en CDI chez Volumes, ce qui est sécurisant. C’est agréable d’avoir un job qui est épanouissant mais qui ne ferme pas la porte à d’autres opportunités pour l’avenir.

Miriam : Comme je le disais juste avant, le fait de s’imposer ses propres missions, son propre cadre n’est pas facile. Je pense même que ça peut engendrer un grand stress, aussi j’aurais tendance à dire qu’il n’y a pas de modèle meilleur que l’autre. Chacun vient avec son lot de qualités et de défauts.


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