Couvrir le sujet de la santé mondiale : comment les journalistes relèvent ce défi

Ashish Sharma, project: Silicosis — The Silent Killer.

Ce que nous avons appris en soutenant la publication de 19 reportages sur la santé mondiale

Le sujet de la santé mondiale (traduction assez insatisfaisante de “global health” et qui illustre en partie la difficulté à la nommer) offre un large spectre de reportages potentiels. En soutenant la création de ces reportages, nous avons constaté à quel point il n’est pas seulement question de traitements médicaux, mais que le sujet concerne aussi des enjeux plus larges comme le changement climatique, le commerce international ou les migrations. Malgré cela, la santé mondiale et ses enjeux sont encore assez peu couverts dans beaucoup de pays européens, comme l’Allemagne et la France. Pourquoi cela ?

Cela coûte cher

Une première explication peut être les coûts élevés de production. Les journalistes doivent prendre sur leur temps de travail pour voyager et les frais pour effectuer des recherches dans des pays en voie de développement sont considérables.

Les journalistes ont souvent besoin d’un relai sur place, d’un fixeur, d’un traducteur, parfois même d’un chauffeur ou d’une personne chargée de leur sécurité. Souvent, ils souhaitent associer à leur projet de reportage un photographe professionnel ou une équipe de tournage. De plus, il faut budgéter les frais de visa et d’accréditation, ce qui peut représenter un montant conséquent, surtout quand il s’agit d’autorisations de tournage.

Pour rendre le reportage sur le terrain possible, malgré ces coûts, nous avons mis en place des programmes de bourses sur la santé mondiale. Mais le défi ne s’arrête pas là.

Pitcher un sujet méconnu

Le sujet de la santé mondiale est au croisement éditorial de plusieurs rubriques : la santé, la science et l’international. Il est assez inhabituel dans les rédactions. A cet égard, cela vaut la peine de consacrer du temps pour identifier le bon interlocuteur auprès duquel pitcher votre idée de reportage. Les lauréats de notre bourse se sont souvent vus répondre que les reportages sur la santé depuis les pays en voie de développement étaient trop lointains des préoccupations de leur lectorat. C’est la raison pour laquelle il est extrêmement important, non pas de “couvrir un sujet”, mais plutôt de “raconter une histoire”. Les pitchs doivent être courts, précis et justifier pourquoi cette histoire doit être publiée maintenant.

Dans certains cas, cette approche a permi d’identifier des angles de traitement surprenants, par exemple concernant le reportage sur l’éradication de la rougeole, qui souligne ce que l’Allemagne peut apprendre de la Tanzanie en matière de vaccination contre la rougeole.

Voici un autre conseil intéressant prodigué par un journaliste santé du magazine allemand, le Spiegel Online : personnaliser le récit, en le racontant à travers des personnages forts et en y associant des images ou des vidéos intenses. De cette façon, les lecteurs sont embarqués sur le lieu du reportage, ils sont capables de s’identifier aux personnages, de ressentir de l’empathie et d’être ainsi sensibilisés au sujet. Cela a notamment bien fonctionné dans le cas du webdoc produit par un des lauréats de la bourse sur la fistule en Afrique.

Si les journalistes ne sont pas encore connus des rédactions auxquelles ils proposent leur sujet, il est important qu’il puissent faire la démonstration de leur capacité à produire du contenu d’excellente qualité ou d’une très belle plume, en envoyant des extraits de publications à l’appui, idéalement associés avec des visuels forts.

Les articles sur la santé mondiale sont populaires

Malgré ce que nous venons de dire, il apparaît que les articles sur la santé mondiale peuvent attirer beaucoup d’attention. Par exemple, le reportage sur le destin des femmes atteintes de fistules en Afrique fut d’abord rejeté par un journal allemand de référence avant d’être publié par un autre (le Spiegel Online) où il a atteint près de 3 millions de pages vues.

Le rédacteur en chef d’un quotidien majeur en Allemagne (Süddeutsche Zeitung) témoignait que les articles sur les conséquences des violences sur la santé “furent très bien reçues. Nous avons eu un fort engagement des lecteurs sur ces articles, et un taux très élevé de lecteurs ayant lu l’entièreté de l’article.” Un article sur les opportunités qu’apporte la 3D pour la création de prothèses bon marché pour 30 millions de personnes dans le monde, a atteint 150 000 pages vues dans un magazine allemand (Spiegel Online).

Couvrir la santé mondiale a d’autres avantages

D’autres journalistes ont témoigné que grâce à leur reportage pointus sur la santé mondiale, ils ont pu nouer des contacts précieux avec des rédactions en demande de plus de papiers sur ces sujets, ayant constaté l’intérêt et l’engagement des audiences pour les articles en question. De plus, ils ont également pu collaborer avec des journalistes locaux dans les pays où ils ont réalisé leur reportage.

Par exemple, un journaliste kenyan avait l’idée prometteuse d’enquêter sur les faux médicaments et sur ses effets dévastateurs en Afrique. Il s’est associé avec un journaliste scientifique allemand qui avait les contacts indispensables pour faire publier cette enquête dans les médias allemands appropriés.

C’est votre tour : le programme de bourses sur la santé mondiale est ouvert !

Le Centre Européen de Journalisme soutient la couverture médiatique de la santé mondiale dans les médias allemands depuis plus d’un an.

Forts de cette expérience, nous avons lancé une bourse similaire à destination des journalistes en France.

Les décideurs politiques en France (tout comme en Allemagne) ont réalisé que l’Europe ne devait pas attendre les épidémies telle que Ebola ou le virus SARS pour se préoccuper de santé mondiale.

Constatant les relations qu’il y a entre la santé, le développement et la stabilité politique des pays, le nouveau gouvernement français a récemment accru ses investissements en matière de santé mondiale. Hélas, la couverture médiatique ne suit pas encore. L’objectif du programme de bourses du Centre Européen de Journalisme est d’élargir les angles de traitement de ce genre de sujets et d’en assurer la qualité.

Si vous souhaitez obtenir une bourse pour couvrir ces enjeux, lisez cette page pour en savoir plus et pour y postuler.

Futurs candidats, vous avez des questions sur cette bourse ? Nous y répondrons au cours d’échanges individuels sur Skype le 18 avril prochain. Réservez un créneau en écrivant dès maintenant à sante@journalismgrants.org

Cet article est une traduction d’un article de Petra Krischok originellement publié sur le Medium du Centre Européen de Journalisme