Outre-Atlantique (29nov2018)

29 novembre 2018
9h34 (GTM -6)
Ottawa, Canada
Bar de la Cuisine,
Café en main,
Au sortir du lit.

Ragot,

Te lettre est tendre mais pleine de réalisme. Pourtant, je ne peux m’empêcher de me dire, j’en suis convaincue, Paris n’est pas si terrible (de même pour son métro, je l’ai toujours adoré, va savoir pourquoi). Même en période de rush, d’examen, de métro-boulot-dodo et de novembre glacial. Tout d’abord, puisque crois moi, le glacial, je commence à connaitre. La semaine dernière, il faisait -15° degrés celsius. J’ai un instant cru perdre mon visage, je ne savais pas s’il était resté là, seulement incapable de fonctionner normalement ou s’il s’était enfui vers des contrés plus chaude, me laissant gérer mes conneries toutes seules. Effectivement, c’était mon choix de partir au Canada, je n’avais alors guère pensé à la température locale. Heureusement, le temps s’est réchauffé, nous sommes enfin passé au dessus de la bar des 0° degrés, il neige de nouveau. Elle ne veut pas partir, elle s’est faufilée de partout, sur les routes, les trottoirs, les terrasses. Rien ne semble suffisant pour la déloger. J’ai l’impression parfois, en allant à la faculté, de vivre dans une station de ski. Oh, si tu savais le nombre de fois où j’ai failli me casser la figure, ou j’ai glissé mais me suis rattrapée in extremis, par peur de finir le postérieur gelé.

Tu as certainement raison j’embellis Paris, j’embellis les souvenirs qu’elle caractérise mais en même temps, n’est-ce pas bien normal ? Il est vrai, nous n’avons pas eu des années facile mais finalement, avec le maigre recul que me donne cette année loin de tout, ce n’était rien d’insurmontable. Preuve en est, nous y sommes arrivés. Ces dernières années étaient chouettes. Alors, certes, Paris en novembre n’est pas le mieux mais je n’aime pas non plus Paris en juillet et en août. En plus de s’y ennuyer un peu, ce n’est guère l’apothéose des réjouissances. Non, l’été n’est définitivement pas ma période. Personnellement, j’ai besoin de Paris en rush universitaire pour me remettre de ces étés tapageurs. En réalité, même si Paris me manque, mon coeur languit surtout les personnes qui y sont restées. Cela, personne ne le changera, même les mois de novembre-décembre-janvier-mars-avril-mai ne pourront me les enlever. On trouve toujours le temps, ne serait-ce qu’un maigre instant, de mettre de coté nos obligations pour se voir, se raconter nos vies, se soutenir et s’aimer un peu plus. Oui, tu as raison, on se voit moins mais on se voit. Je crois en fin de compte que c’est cela qui importe.

Comme toujours, j’ai adoré ton texte. Tu avais besoin de mettre par écrit, ce que te criait ton inconscient depuis longtemps. C’est beau, c’est dur, c’est direct — sans fioriture aucune. En soit, c’est toi. Tiens, ça me manque ça aussi, une soirée, un thé, un verre et toi qui lit. Tes textes, ça me manques aussi. Ton texte est si vrai, si prenant, tu as enfin mis des mots sur ce que tu essayes d’expliquer à tous depuis le début. Je crois que cela vaut bien des félicitations. J’espère que ce fut un soulagement. Je te remercie de l’avoir partagé avec moi.

Ton rêve est pour le moins étrange, as-tu une idée de sa signification ? N’est ce, d’ailleurs, pas la première fois que tu rêves de cela ? Je trouve l’idée forte, des tatouages réputés pour ne jamais s’effacer qui disparaissent tout à coup et une tache de naissance, connue pour normalement être là dès la naissance qui apparait maintenant ; tandis qu’une maman ours ne réagit pas. Cela est à dix milles lieux de la réalité, un univers parallèle peut-être.

Pour rester dans le thème, j’ai envie de te partager un texte écrit, il y a quelques temps déjà. Je venais d’arriver au Canada et contrairement à mon habitude, j’enchainais rêves et cauchemars en tout genre. Il est aussi dramatique que je l’étais l’époque. Parfois, je me fais peur en me relisant quelques temps après avoir écrit, lorsque mon état mental est à des millions de kilomètres de celui dans lequel j’étais. As-tu déjà eu ce ressenti ? Je leur porte toujours une certaine forme d’affection mais un peu comme envers le petit dernier un peu raté d’une famille : il est mignon mais bien attaqué tout de même. Ne me juge pas trop. Il sera en « unpublished », je n’ai pas assez de courage pour le laisser public, au potentiel vu et su d’inconnu.

Je t’embrasse,

Dramatiquement vôtre,

Encore une fois,

Et pour changer,

Jeanne.

Ps : J’ai hâte de te revoir. J’atterris à Paris dans trois dimanches, donc dans trois tout ce que tu veux, je te retrouve.