Paris — La Belle a ses jours gris-

Le Métro; 
La Chambre; 
Parfois même dans la rue.
Quelque part durant le mois de novembre 
- Extrait du mois d’octobre-

Jannie Jane,

Je commence à t’écrire dans ce métro parisien que tu as manifestement du oublier ou alors excessivement embellir dans tes souvenirs.
Oui, Paris est belle. Oui, Paris est grande. Cependant, Paris aussi, a ses jours gris.
Si tu étais avec elle en cette fin d’automne, tes heures ne passeraient pas en terrasse, un verre de vins à la main, en compagnie joyeuse et expansive.
Non Jannie-jane, Paris de Novembre n’est pas ainsi.
Paris en Novembre c’est le célèbre triptyque métro-boulot-dodo. C’est le mois que j’appellerais “mise au point” — qui arrive après celui “de la mort vertigineuse” du mois d’Octobre-. Les examens de mi-semestre pour les étudiants, une période charnière au travail et le temps des jours moroses et pluvieux. Ô bien sure, Paris reste belle ! Paris reste grande ! Et aucune de nous n’aurait l’audace de la renier un jour. Je tiens juste à te rappeler qu’ici où là bas, à Ottawa, rien n’est bien différent en ce moment. 
N’oublies pas : Boulot- métro-dodo.

Tu as la chance de changer de cadre le temps d’une année. Profite en, visite, randonne, vis ! Tu reviendras à Paris bien assez vite.

Je voulais répondre à ta lettre en continuant de te raconter les périples vietnamiens d’une française empotée, mais le temps me manque pour l’instant. Et garde-toi de croire que ce paysage ainsi décrit me déplaît complètement. Il y a du plaisir dans la plainte. Quoique le métro au heure de pointes, n’inspire vraiment pas la joie et la légèreté.
D’ailleurs, qui sont-ils tout ces travailleurs qui s’empressent de monter dans un wagon bondé ? Sont-ils satisfaits de ce mode de vie qui les pousse à s’aplatir contre une vitre sale ou un inconnu suant ?
Je suis curieuse. Vraiment curieuse. La majorité, je l’espère, ne voit dans cette humiliation, qu’une nécessité pour faire un job qui leur plait (par « leur plaire » j’entends par le fond, ou par la forme. Par la matière ou par les avantages qu’un tel rythme de vie peut procurer (aka mec d’école de commerce…) mais les autres ? Ceux qui sont grincheux ? Ceux qui grognent dans leur coin ou qui plus allègrement haussent le ton? Eux, qui sont-ils ? Pourquoi sont-ils là ? Pour l’argent ? En gagnent-ils tant que ça pour s’infliger pareille routine ? Manifestement pas puisqu’ils côtoient le peuple dans ce train…
J’en suis désolée pour eux. J’en suis même désolée pour moi, qui pourtant trouve plus de plaisir dans mon stage que prévu. Mais mon dieu, qu’elle routine de m***

Ça me fait penser qu’à tout partager pendant deux ans, et à ne rien partager ces dernières semaines, j’en ai oublié de t’envoyer un texte qui n’existait alors que pour moi. Je l’ai écris lors de ma première semaine de stage, sous le coup de l’émotion et bien entendu il est à prendre avec du recule. Il s’intitule “Et même s’ils disent qu’il y a un peu de peur, j’en ai rien à foutre” rien que ça. Drama un jour, Drama…

« Je veux être notaire, juge ou avocat » ai-je écris à mon moi futur. Trois métiers dont j’ignorais presque tout. À dix ans, je savais seulement qu’être notaire, c’était être Vié; qu’être juge voulais dire être juste et qu’avocat voulais dire être éloquente.

Au fond, Notaire pour moi ce n’était vraiment pas un métier, c’était appartenir à une famille à laquelle, déjà, je me sentais étrangère. Trop extravertie, trop imposante, trop ignorante pour eux, pensais-je, alors je vais leur montrer qui je suis. Alors, je serais Notaire. On m’avait dit que les études mènent à tout. Qu’il n’importait pas vraiment d’être différent, on pouvait tous réussir. On ne m’a dit que plus tard, que “pour faire du droit, il faut faire des sacrifices». Ce qu’ils ont appelé « sacrifices» c’est révélé être pour moi un véritable combat contre l’ennui. Je ne l’ai découvert que trop tard, j’étais déjà étudiante en droit. 
J’ai appris bien des choses en une années, ces choses qu’en effet, on ne m’avait jamais apprise. La faculté m’a apporté ce que des années à l’école n’avaient pas su m’apprendre. J’y ai rencontré des gens. Des étudiants rêveurs et « travailleurs ». Quelques étudiants insouciants, voulus plus brillants que les autres : ils pigeaient vite. Tant mieux pour eux. Et d’autres, ceux que j’ai le plus respecté : ceux qui suaient devant ces longues leçons aux mots savants mais qui, non sans faillir, auront persévéré et vaincu. 
Grand bien fasse à ces âmes de thésards, ils auront trouvé en eux une force que les privilégiés — ceux qui pigent plus vite, plus facilement- ne connaîtront jamais : La Passion. 
J’entends par Passion celle qu’anime l’étude d’une matière et, parfois même, celle d’une Revanche. Montrer qu’ils se sont sortis d’un soit-disant destin dressé par de mauvais professeurs qui n’auront pas plus réussi à s’intéresser à l’élève, qu’à l’intéresser à leur enseignement.

Je n’étais aucune de ces étudiantes. Pas plus privilégiée, que passionnée. J’avais appris plus que l’année précédente, n’avais pas plus envie d’apprendre ce qu’on me proposait. Capricieuse depuis toujours je ne cessais de penser “Surtout pas de méthode, surtout pas de sujet imposé !” Trop butée, pas assez passionnée pour me réduire à réfléchir sur un sujet choisi par d’autres pour moi. « Trois heures, pour restituer des connaissances acquises, qu’est ce que ça peu bien te faire ? »
Non, vraiment, je n’étais pas convaincue. Et il y a eu un choc. Un premier échec qui a éveillé dans leurs yeux un peu de pitié et en moi un peu de cette fameuse Passion : celle de leur prouver que j’en étais capable. Une fois fait, la passion s’est évanouie. Sans elle, je ne pouvais plus avancer. Plus de prétention à devenir notaire. Plus de prétention à m’intégrer à leur groupe. Ce qu’on croit que j’ai appelé échec, je l’appellerais simplement «fatalité » ou « flemme » puisqu’au fond, pour moi, c’est la même chose.

Mais abandonner les études de droit ne m’empêchait pas de rêver de devenir juge. Non, de Devenir Juste. Que signifie pourtant cette notion de juste dans les écris d’une fille de dix ans ? Je crois que cela se résume à être agréable, à écouter, à aider et à essayer de comprendre l’autre. Nul besoin de formation pour cela. Pourtant, Savais-je vraiment écouter et comprendre ? Lorsque j’ai réalisé qu’un juste suit les règles, qu’un juste laisse la passion de coté au profit de l’équilibre, j’ai accepté qu‘il était illusoire pour moi d’en être. Je suis incapable de cela. Adieu l’ambition de devenir Juste.

L’éloquence de l’avocat, voila alors un trait de caractère que je ne pouvais gommer. Néanmoins un avocat, pour peu qu’il n’ai pas de cause mais de simple dossier, doit défendre selon des règles. Même rengaine. Je ne suis aucune règle. Nul cours de rhétorique n’a jamais imprégné mes oreilles. Avocat, jamais je ne serais. Dans l’éloquence, jamais je ne performerais.

Mais cette petite fille qui s’est écris une lettre, savait-elle au moins ce dont elle parlait ? « Je veux être notaire, juge ou avocat », cette phrase tombe comme un cheveux sur la soupe en quatrième de couverture d’un petit livre qu’on lui aura demandé d’écrire sur elle-même. L’écriture, voila ce dont parle ce petit recueil. Que viendrait faire un juriste dans cette affaire ?

Elle parle de golfe, et de planche à voile, de ces hobbies qu’elle a aimé un temps pour l’image que cela renvoyait d’elle. Un peu sportive malgré les rondeurs, un peu noble malgré le milieu. Comme la danse, la musique, et la comédie musicale, ça lui passera.

J’ai abandonné ce que d’autre n’auraient jamais négligé. Deux fois. J’ai choisi de vivre différentes expériences. Il y a eut des jours plus heureux que d’autres, des heures plus longues et de la fatigue plus ou moins irritante. Mais il y a eu quelque chose. De ces choses qui me rendent fière.

Ce matin, dans le métro avec tout ces travailleurs des heures de pointe, j’ai découvert le sens du mot « médiocrité ». Ce qu’ils m’ont dit être « la bonne chose à faire » a pour moi, l’âcre odeur de la défaite. Ils pensent que j’ai peur. Ils pensent que mes « échecs » universitaires m’ont traumatisé. Que j’ai un bloquage et peu confiance en moi. 
 Je n’ai pas peur de ce qui ne m’intéresse pas. Je n’ai pas échoué, j’ai abandonné ce qui me rendait malheureuse. Je suis Le Caprice. Je suis l’Orgueil. Je suis l’enfant roi. 
J’ai préféré redoubler et écrire un roman. Puis, abandonner pour en écrire un autre. Je sais quelle forme peut prendre la peur et qu’elle a tant de visages qu’il est difficile de la reconnaitre parfois, mais c’est avec certitude que je dis que ce n’est pas dans ce bureau ou dans les leçons de ce pitoyable BTS de communication qu’elle se place. 
Ma peur, c’est celle d’assumer que je suis différente de leur idée du « bien » et que je ne fantasme pas plus un haut poste qu’eux un métier de commerçant. Il est bien question de vocation dans mon incertitude à choisir des études et un métier, celle de vivre sans regret. Si demain je dois mourir, je veux n’avoir aucun regret. Redoublement et « échecs » n’en sont aucunement, ils m’ont permis d’affirmer ma passion qu’est l’écriture. Je ne manque pas de«confiance en moi », je n’ai pas « perdu tout espoir », au contraire, j’ai plus d’ambition que ça. J’ai plus de respect pour moi même. J’ai envie de vivre de ce que j’aime et de ne plus jamais poser mon cul sur une chaise de bureau après avoir pris le métro aux heures de pointe » !

FIN DE CITATION

Je me suis perdue en critique et j’en ai oublié la raison première de mon message : Une tendresse pour tes propres rêveries et tes pensées à mon égard.

Je suis bien triste de ne pas avoir plus d’informations sur les traditions indigènes mais ravie de savoir que tu es pleine de confiance lorsque tu t’exprimes dans cette langue qui t’as faite t’épanouir une première fois à l’âge de quatorze ans. J’attends de te revoir avec impatience. J’attends nos cafés, nos discussions stériles des heures graves et nos nuits d’ivresses.

À propos de nous, voici enfin la raison première de ma lettre :

J’ai fais un rêve étonnant qu’il me plairait de partager avec toi. J’étais avec ma sœur, et nous bavardions de tout et de rien . Il n’y avait pas de son dans cette partie du songe, jusqu’à ce qu’un élément étonnant ne vienne me perturber.
Sur mon bras, mon tatouage commence à s’effacer. Il disparaît par petit bout, comme ceux des gomme lorsqu’elles s’usent. Je panique et ma sœur panique avec moi. À mesure que mes tatouages s’évadent, une tache apparaît sur ma cuisse droite. Une tache de vin énorme telle celle de Thomas sur Le Bras. Ça m’inquiète. Rien n’est douloureux, mais ça m’inquiète. Je vois les tatouages se gommer et petit à petit je n’y vois plus de mal, je sais qu’il sera toujours possible de les refaire graver sur ma peau. Mais il y a cette tache sur ma cuisse qui m’inquiète. Pas de douleur, pourtant je panique au point de mentir en disant qu’elle me brûle. Ma sœur s’inquiète et ma mère passe devant nous. On lui montre cette tâche de naissance qui vient seulement de naitre ainsi que ma peau nue, là où l’encre prenait place depuis quelques temps.

Ma mère est impassible. Plus qu’impassible. Puis elle passe. Et je me réveille, sereine. (illusion Durassienne ?)

Bonne journée JJ,

Tendrement, 
Amicalement, 
Et sans résèrve,

Grinche