Un Moment D’égarement La Revue

By Laurie Delaire

Antoine, François Cluzet (“Untouchable”, “Tell No One”) et Laurent, Vincent Cassel (“Child 44”, “Mesrine Part 1”), deux amis de longue date et pères divorcés, emmènent leurs filles respectives, Louna, Lola Le Lann (“A Bluebird In My Heart”, “Addict (TV)”) et Marie Alice Isaaz (“Elle”, “Smart Ass”) en vacances en Corse. Là-bas, la jeune Louna, dix-sept ans, tombe amoureuse de Laurent et réussit à le séduire durant une nuit d’ivresse à la plage. Il regrette instantanément leur nuit passée ensemble, mais Louna, amoureuse, fera tout pour le convaincre de l’aimer aussi.

Un Moment d’Égarement est le remake du film homonyme de Claude Berri sorti en 1977 (qui avait aussi eu droit à son remake américain en 1984 sous le titre La Faute à Rio (titre original : Blame It On Rio)) et pourrait être partiellement décrit comme un Lolita à l’envers : l’histoire n’est pas celle d’un homme âgé pourchassant une adolescente mais d’une jeune femme cherchant à tout prix à séduire un homme de 45 ans.

Une telle intrigue, plutôt malsaine, peut rendre le film difficile à regarder, et Un Moment d’Égarement, bien que rempli de qualités, n’est en effet pas immunisé à ce malaise.

Les quatre personnages principaux et les acteurs qui les incarnent ont une alchimie incroyable et fonctionnent extrêmement bien ensemble : l’amitié entre les deux jeunes femmes et les deux pères est crédible, et mieux encore, la familiarité et l’amour (platonique) des pères pour les deux filles est très réaliste. Ils se connaissent tous depuis toujours et sont très confortable les uns avec les autres. En ce sens, le développement de l’histoire pour en arriver au fameux « moment d’égarement » sur la plage est très bien exécuté : au lieu d’avoir un Laurent qui serait réellement attiré par la jeune fille, il ne fait en fait qu’agir aussi affectueusement envers elle qu’il le ferait envers sa propre fille et réponds de manière gênée à ses avances comme si tout ceci n’était qu’un jeu innocent. De son côté, le béguin de Louna (qui paraît aussi réaliste et arbitraire que n’importe quel béguin adolescent) est constamment alimenté par l’attention (platonique) que lui porte Laurent.

Malheureusement, pour que l’intrigue démarre réellement il faut qu’une ligne soit franchie, et c’est à partir de là que le film se met à avancer dans un territoire un peu plus inconfortable. La scène charnière du film doit évidemment inclure un Laurent qui s’abandonne à la séduction de la fille mineure de son meilleur ami, et même en justifiant l’action par l’alcool, le « moment d’égarement » laisse un goût amer dans la bouche du spectateur — un goût qui ne part jamais vraiment, surtout lorsque le film semble dédouaner Laurent de son acte en plaçant le plus de blâme possible sur Louna, qui est à partir de cet instant représentée comme une semi-psychopathe sans caractérisation ni personnalité autre que de vouloir à tout prix séduire Laurent et le torturer avec sa culpabilité. L’utilisation de la nudité (exclusivement réservée au corps de Louna) et de quelques plans suggestifs de son corps ne font qu’accentuer le malaise, comme si le film tentait de justifier par tous les moyens le moment éponyme.

Alors que le film progresse en suivant les répercussions de la nuit passée ensemble et du secret partagé, le ton légèrement comique du film a tendance à traiter à la légère la relation immorale au sein de l’œuvre, ce qui ne fait qu’amplifier encore une fois le sentiment de malaise qui ne semble plus lâcher le spectateur — alors que le troisième acte se lance, la situation a déjà duré beaucoup trop longtemps pour devenir autre chose que pleinement inconfortable, et la fin est loin d’être assez satisfaisante pour que le spectateur puisse enfin se détendre.

Malgré tout cela, le film a ses qualités. L’humour est très bon quand il ne touche pas trop directement à la relation entre Laurent et Louna, et les rapports changeants entre les quatre amis sont fascinants à regarder. Plus que tout, le jeu de Vincent Cassel est incroyablement bon : il porte le film du début à la fin. Sa partenaire principale de scène, Lola Le Lann, est la moins bonne des quatre, mais pas assez mauvaise pour ruiner le film ; François Cluzet et Alice Isaaz sont tous les deux exceptionnels mais malheureusement pas assez utilisés.

Sans jamais être dégoûtant ou complètement de mauvais goût, le film souffre tout de même d’une intrigue qui est certaine de rendre le spectateur ne serait-ce qu’un tout petit peu mal à l’aise. Si la relation n’avait pas été consommé, Un Moment d’Égarement aurait pu être un excellent film complètement captivant du début à la fin — mais évidemment un film différent de celui qu’il est déjà. Si vous pouvez m’excusez cette métaphore pas très originale, voyez le film comme un bon repas accompagné d’un verre de vin très mauvais. Le vin va gâcher le goût de tout ce que vous allez manger, mais lorsque le repas sera fini, vous aurez quand même le ventre plein et le souvenir d’un bon moment passé. Je ne suis pas certaine que la comparaison fonctionne très bien, mais si vous êtes disposé à passer au travers de l’inévitable sentiment de malaise que l’intrigue procure, vous allez certainement tout de même passer un bon moment.

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Originally published at www.ocmoviereviews.com on August 26, 2018.