Une semaine à jouer les makers

Imaginez une jeune femme, la trentaine, ayant (presque) toujours sollicité ses neurones plutôt que ses deux mains, élevée par une mère bricoleuse mais dont la caisse à outils ne contient que deux tournevis et un marteau et dont les souvenirs en électronique les plus proches remontent au collège.

Placez-la face à ce défi, à relever en une semaine chrono :

Tu fais quoi avec ton arduino ?

Sa réaction serait :

« Arduino ? Qu’est-ce que c’est déjà un arduino ?
Selon Wikipedia, un arduino est une carte matériellement libre sur laquelle se trouve un microcontrôleur (d’architecture Atmel AVR comme par exemple l’Atmega328p). Les schémas de ces cartes sont publiés en licence libre.
C’est donc ce petit composant électronique programmable qu’utilisent les makers pour fabriquer une console de jeux vidéo, un flipper ou un robot…
Waouh ! Un grand saut dans le monde des makers ! »

[Le mouvement maker rassemble des bricoleurs d’un genre nouveau qui prônent un usage collaboratif des outils numériques. Cliquez sur le lien pour en savoir plus]

C’est ainsi que, par goût du défi autant que par envie de découvrir ce monde de l’intérieur, je décide de relever ce challenge !

Si vous êtes impatient de voir le résultat, filez directement à la fin de ce post. L’effet waouh vous donnera envie de revenir au début pour découvrir l’envers du décor ;-) !

Day 1. Allez, j’me lance !

Vous l’avez compris, je pêcherais plus par excès d’optimisme que l’inverse. C’est donc sans difficulté que j’imagine une magic box aux couleurs d’un programme qui m’a tapé dans l’œil. Grâce à l’arduino placé à l’intérieur, cette boite va s’illuminer comme un feu d’artifices pour illustrer la rencontre (orchestrée par ce programme) entre entrepreneurs talentueux et startups en croissance. Une mise en scène sensationnelle.

Réaliste, ma première action est de me rapprocher des meilleurs makers et du FabLab qui les héberge, ICI Montreuil. Pour ceux qui ne connaissent vraiment pas ce milieu, un FabLab est un disneyland pour makers. A disposition : imprimantes 3D, perceuses et visseuses-dévisseuses (chargées !), lasers numériques, fers à souder… dans une logique d’usage collectif et partagé.

Première victoire. Je suis bienvenue toute la semaine à ICI Montreuil pour réaliser mon projet !

Première déception. L’équipe est mobilisée par d’autres projets, je dois donc attendre plusieurs heures avant de pouvoir éprouver la faisabilité de mon idée.

Je mets à profit ce temps pour découvrir ce qui m’attend à travers divers tutoriels. Résistances, terre, circuit électronique… Merci Google, ce premier rafraîchissement est bien utile ;-).

Arrive enfin l’heure du pitch ! Clément partage mon engouement et place la barre encore plus haut : en maker qui se respecte, je ne vais pas simplement customiser une boite en carton mais plutôt fabriquer une box en bois.

Direction le magasin d’électronique avec ma liste de courses.

Day 2. Arrrggghhh… Faut coder…

Ce matin, je m’y mets pour de vrai. J’ai pris le soin de télécharger la veille le logiciel fourni par arduino pour programmer ses composants.

Pour me familiariser avec ce logiciel, le langage de programmation et les composants, je commence par copier un exemple et essaie d’allumer une led.

Nouvelle victoire. En répliquant exactement l’exemple sous mes yeux, la led s’allume !

Il est temps de jouer un peu. Je commence donc à prendre quelques libertés dans le montage des composants et dans le programme. En inversant les branchements, çà donne quoi ? C’est vraiment utile toutes ces variables ?

Premières frayeurs. Mes premières tentatives ne donnent rien du tout. Je réussis même à faire se dresser les cheveux de Pierric qui m’observait du coin de l’œil depuis mon arrivée : « Malheureuse, si tu enlèves la résistance, tu vas griller l’arduino ! ».

Ouh ouuh… C’est pas gagné ce défi !

Loin d’être développeuse, j’arrive à bidouiller un peu d’html, voire du Ruby. Des restes de Turbo Pascal [Les initiés apprécieront]. Mais cette fois le ticket d’entrée est élevé. Serial.print(). Void.loop(). Digital.Write(). Les variables des exemples dont je m’inspire ont des noms tellement peu explicites que je n’ose pas les changer de peur de créer des bugs. Des parenthèses et des points virgules partout. Moi qui croyais que le point virgule ne servait plus qu’au smiley ;-) !

Victoires en série. A force d’essayer, tant bien que mal, j’allume une série de leds, les unes après les autres. Puis je compte le nombre de déclenchements d’un interrupteur. Je paramètre même un seuil à partir duquel les leds s’allument automatiquement.

Le sensationnel se met en place. Il faut encore beaucoup d’imagination car là où vous voyez une planche, des trous, des fils qui se mélangent, des résistances bien alignées, quelques leds et des interrupteurs haut perchés… Je vois ma magix box !

Quand arrive le soir, je rentre fièrement me reposer, impatiente de m’y remettre le lendemain.

Day 3. Pause design

Mon temps est compté aujourd’hui. Des obligations antérieures au défi, qu’il m’était impossible de remettre à plus tard. J’aborde donc la journée comme un commando spécial qui doit reprendre un point stratégique à l’ennemi et ne doit rien laisser au hasard.

A partir du croquis esquissé la veille, je prends les mesures de la future box. Ses dimensions globales. La taille et l’emplacement de la fente par laquelle seront insérés les jetons. Le dessin à graver à l’avant et la signature à l’arrière. Les trous pour les leds et l’écran. Le grillage pour protéger le haut-parleur tout en laissant passer le son…

Je découvre alors un outil magique (dont j’ai déjà oublié le nom) qui permet une mesure beaucoup plus précise qu’un mètre. Je vais vite m’apercevoir que si la mesure est plus précise, encore faut-il la lire correctement ! Heureusement, je réalise mon erreur avant d’avoir lancé la découpe.

Je dois dire que je bute totalement sur Illustrator, le logiciel qui permet de paramétrer le laser numérique.

Plutôt que de rester bloquée, j’ajoute l’écran LCD au montage et affiche une punchline en moins de 32 caractères (j’ai pourtant choisi un écran sophistiqué !).

Clément me sauve et lance la découpe alors que je dois m’échapper.

Day 4 . Du rire aux larmes

J’arrive tôt ce matin. J’ai hâte de commencer le montage de la box. Mais au préalable, il reste à fixer les composants les uns aux autres. Concrètement, cela veut dire souder les points de contact entre les composants. Yes ! It’s time to play !

Quand je vous disais qu’un FabLab était un paradis pour makers, en voici une illustration : sur place, à disposition, un fer à souder, un fil d’étain et tout ce qu’il faut pour tenir les éléments à souder.

Après une rapide démo sur la manière de procéder et les précautions à prendre, j’attaque les soudures. L’excitation de prendre en main de nouveaux jouets est plus forte que les premières déconvenues. Je ne suis pas très précise dans mes gestes et mes soudures ressemblent à des gros pâtés. Mais j’ai l’impression de progresser.

Je réussis à faire une belle soudure. La suivante, pas vraiment. Celle d’après non plus. Puis une nouvelle réussie… Ce qui est bien avec la soudure, c’est que l’on peut facilement défaire pour refaire. C’est grisant.

Au bout d’une heure, je regarde le travail accompli. Très fière. Puis inquiète. Je n’ai fait que çà ? Je n’ai réalisé qu’un tiers des soudures que je dois faire.

Quelques soudures plus tard, l’amusement commence à laisser place à la lassitude. C’est alors que l’une de mes premières soudures casse. Je la répare en me persuadant que c’est la seule que j’ai dû bâcler.

Première angoisse. Une deuxième soudure se rompt. Oh non… Comment est-ce possible ? Je n’aurai donc pas compris comment faire des soudures efficaces. Non… Non… Je ne peux pas toutes les refaire.

Je verbalise ma rage, ce qui amuse mes compagnons et me permet de revenir sur terre. Allez, il faut faire face à la réalité. Le déni n’a jamais fait avancer les choses. Je vérifie une à une toutes les soudures. En tirant dessus. Vraiment. Pas trop fort non plus !

Je m’en sors bien. Seulement une soudure à reprendre. Mais encore beaucoup à faire. Concentrée, je ne m’arrête pas déjeuner. Vivement que ces soudures soient derrière moi.

Nouvelle déconvenue. Je visualise l’impact d’un montage en série de deux leds : l’intensité baisse et mon effet waouh avec. Je dois donc brancher chaque led directement sur l’arduino. Cela se traduit pour chaque led par trois soudures supplémentaires. Il y a 17 leds dans le montage…

A 17h, j’y suis encore.

Je fais une pause pour lister tout ce qu’il me reste à faire : intégrer le son dans le montage, assembler la box, fixer tous les composants sur la box, ajuster l’ensemble… et souder les derniers composants.

Et oui, je ne suis pas encore au bout de mes peines. Il reste à souder les connecteurs du haut-parleur et de l’écran LCD. Et surtout, il reste à souder chacun des connecteurs avec des fiches que je pourrai insérer facilement dans l’arduino.

Ma soirée que j’imaginais à échanger sur les Fintechs avec des initiés se transforme en un tête à tête avec un fer à souder. Et encore, j’ai de la chance car le FabLab ferme plus tard ce soir-là.

Je prends mon courage à deux mains et replonge dans les soudures. La bonne humeur de Clément et des makers autour de moi est contagieuse et me donne du cœur à l’ouvrage.

A 22h, je termine enfin. Pour bien commencer ma journée demain, je décide de faire un test de l’ensemble. Ouf… Tout fonctionne ! Je peux rentrer me coucher.

Day 5. La dernière ligne droite

La journée commence bien puisque je profite d’un coup de pouce de Pierric qui veut m’encourager. Clément m’aide ensuite pour monter la box.

Même si c’est plus facile d’être deux pour percer et visser, nous avons quand même réussi à visser le fond de la box sur l’établi, à laisser un jeu de bien deux centimètres entre le côté et la façade arrière de la box…

Oserais-je avouer avoir laissé glisser le marteau sur ses doigts ?

Avec beaucoup de bonne humeur, la créativité nous gagne.

J’imagine un guide pour faire glisser les jetons à l’intérieur à l’écart de l’amas prolifère de fils. Clément ajoute la maker’s touch avec « la » vis qui le fixe, tout en permettant de le retirer pour changer un branchement derrière.

Puis, un système d’aimants vient fermer la façade arrière tout en offrant un maximum de flexibilité pour bidouiller à l’intérieur.

Pour les jetons, le design sera simple et efficace : une couleur et un visuel explicite pour représenter les startups, une autre couleur et des symboles de super-héros/héroïnes pour les entrepreneurs.

Je garde le meilleur pour la fin : le son. Le composant est assez simple d’utilisation au premier abord. Je trouve sur le site du fabricant un mini programme pour l’initialiser.

Premiers tests micro. Le son résonne avec une puissance incroyable.

Nouvelle déconvenue. Impossible de transférer un fichier audio.

Qu’à cela ne tienne, nous allons faire notre propre composition. Je déniche sur une banque de données en ligne des bruitages en tout genre que nous allons détourner.

Silence. On tourne. Ou plutôt, on enregistre ! Les enceintes des ordinateurs sont à fond. Le timing est précis. D’abord, le décompte. Puis l’explosion. Et enfin la réaction des intéressés. La deuxième prise sera la bonne.

Coup de stress de la dernière ligne droite. Le son ne démarre que si on le déclenche manuellement. J’épluche les forums, teste un à un les exemples fournis par le fabricant du composant… Rien n’y fait.

C’est par un hack bien pensé [traduisez par une astuce ou une ruse] que le son sera finalement intégré. Je ne peux vous le dévoiler ici. Ce serait contraire à l’esprit même du hack ;-) !

Maintenant que tout est en place, c’est l’heure de la répétition générale. Waouh !

J’emballe le tout très soigneusement en attendant la démo officielle…

D Day. Show time !

C’est le grand jour ! La restitution de ce challenge à mes commanditaires.

L’équipe est à la fois curieuse et impatiente de voir le résultat. Rappelez-vous le défi était très libre « tu fais quoi avec ton arduino ? ».

J’en profite pour faire monter encore la pression avec un peu de teasing tandis que la magic box est encore dans son emballage.

Allez, c’est parti !

Merci ICI Montreuil de m’avoir accueillie et accompagnée à chaque étape, sans jamais faire les choses à ma place.

Merci Ignition de m’avoir offert une belle opportunité de m’essayer à un nouveau monde.

Prête pour le prochain défi !

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