FEU !

C’était un lendemain de guerre et je comptais les morts.

L’odeur âcre du souffre avait laissé la place à la puanteur des corps en décomposition. Je régnais désormais, fers aux pieds, sur une armée sans hommes.

Aux ordres, deux de ses soldats me traînèrent en cage après m’avoir méthodiquement battus. Les os brisés, je n’étais plus, le soir venu, qu’un monstre hagard dont les longs cheveux gras dissimulaient un faciès livide et sanguinolent.

Elle m’exhiba le lendemain aux rires macabres d’une foule triomphante. Et le lendemain. Et encore les jours qui suivirent.

Puis aux jours succédèrent les mois, la rage, et les années.

On m’oublia trop vite pour m’enfermer dans une cellule sans nom. Je hurlais à la liberté, à je, à ils, mais certainement pas à elle. Et je perdis la voix avant l’espoir.

Un jour du dehors me parvint l’écho d’un timide feulement : “Feu !”. Mais jamais le canon ne pu entamer la muraille. Et qu’auraient-ils trouvé sinon la dépouille d’un autre ?

Renaître, et qu’importe la nature de l’aube. Il serait plus qu’elle.

Je brisais mes chaînes avec la rage d’un lion fou. Ravageais ses rangs avec sauvagerie et l’obligeait à déposer les armes.

Elle, vaincue.

Je brûlais de la dépecer d’un geste ample, brutal et puissant.

Trop vite, trop tôt. Je voulais d’abord qu’elle implore ma grâce et que je la lui refuse. Non par cruauté, mais “parce que je le pouvais”.

Je me tenais devant elle, griffes acérés et crocs, et ne lu dans ses yeux que la peur et le reflet d’un crépuscule haineux.

Alors sans attendre, je déchirais l’enveloppe suffocante de celui que j’étais et m’en allais sur le chemin.

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