Une colère sourde

Le téléphone vibre. D’une main gauche, il parcourt le siège passager de la voiture, les yeux rivés sur la route. C’est elle. Il lit. Ses traits se tirent, son visage se ferme. La nuque raidie, les mains crispées sur le volant, il rumine intérieurement puis lâche dans un filet de voix expiré crescendo : “Putain, putain, PUTAIN !”.

Il n’y a pourtant rien d’autre qu’un malentendu, une belle intention qui a mal tourné, mais la colère enfle, purulente. Une colère que rien n’arrête. Muraille brisée, boucliers fendus, genoux à terre, la voilà qui règne sans partage. Il est seul face à ce tourment de rage incontrôlé qui n’en finit plus de grandir. Chaque automobiliste qu’il croise, chaque clignotant oublié, tout ralentissement n’est qu’une provocation de plus.
Un deuxième message arrive : “Pardon…”.

Il ne lit pas la suite. Il ne regarde même plus la route. “Chaque fois, c’est CHAQUE FOIS la même chose !” se répète t’il en boucle depuis plusieurs minutes. Il voudrait l’appeler, hurler son ressentiment, mais n’avorte finalement que d’un laconique : “Pas grave.”.

Il n’y aura ni enquête de police, ni constat : c’est un carnage tranquille et ordinaire. La colère s’en délecte, et passe son chemin.

Jusqu’à la prochaine fois.

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