Lettre ouverte d’Olivier, entrepreneur et chef d’entreprise au sujet de la loi travail de Madame la ministre El Khomri

Par Jean-Claude Volot, PDG de Dedienne.

Olivier, 50 ans, chef d’entreprise, nous fait le point sur ce qui va changer dans son entreprise avec la « loi travail ».

A travers 10 points, nous allons voir les impacts de la loi El Khomri sur une entreprise.

1°) La négociation dans l’entreprise.

Voilà 20 ans, depuis la création de son entreprise, qu’Olivier ne comprends pas et ne peut admettre qu’on décide pour lui, loin de son entreprise et de ses salariés. Il a 54 compagnons, comme on les nomme depuis toujours dans sa profession. Tous les jours il discute avec eux et leurs visions du métier reste la même.

Pourquoi sa branche prend des positions qui souvent le font fulminer ? Seul, il doit assumer la satisfaction de ses clients, de ses salariés, de ses fournisseurs, sans compter des administrations qui lui semblent plus contraignantes qu’assistantes.

Il vient, une fois de plus, de recevoir une réponse d’un client allemand qui lui dit : ‘’ trop cher, délai trop long ‘’… Et une fois de plus il se dit qu’il aimerait être allemand (pour son travail), pouvoir monter une opération avec ses compagnons, et gagner avec eux… Il est prêt à les récompenser et voir avec eux comment travailler de manière plus instantanée afin de satisfaire le client qui n’en a que faire de ces contraintes de branches ou de lois contraignantes françaises.

Il sait, car son équipe le lui rappellera, qu’il devra embaucher trois personnes pour réussir ce contrat dans l’objectif de rang 1 : « satisfaire son client allemand’’. Il sait que ses compagnons seront fiers de gagner et de se lever pour venir avec plaisir le matin dans son entreprise.

2°) Le dépassement du temps de travail.

Olivier se demande tous les jours pourquoi d’autres décident du temps de travail de son entreprise. Au fond de lui, il estime que seuls ses compagnons et lui sont concernés par ce sujet. D’ailleurs hier encore ses chefs d’équipe lui ont demandé de venir samedi et de faire les postes pour satisfaire les clients… Récemment, à l’occasion de la visite d’un de leurs gros clients, brillant exportateur français, il a réuni tout le monde pour qu’un riche échange se produise entre le client et ses salariés. Le client a su emporter l’adhésion de tous. Les trois délégués syndicaux ont étés les premiers à assurer le client du respect des délais. D’ailleurs, dans cette grande entreprise, la politique sociale est avant-gardiste et influence positivement celle de ses partenaires.

Olivier reconnait que des lois cadres doivent éviter des abus venant de quelques-uns de ses confrères patrons, mais il n’accepte pas que ces lois cadres, ou accords de branches, pénalisent la souplesse qui rend son entreprise compétitive. La réforme El Khomri améliore les choses, mais ce n’est qu’une étape. Olivier pense que l’année, le mois, la semaine, le jour ne sont pas des données liées au marchés proposés par ses clients. L’unité de temps des entreprises est celle, très variable de la durée des marchés. Certes il faut mesurer en heure pour rémunérer ses salariés, mais il faut dé-corréler l’unité de mesure donnant le salaire à celle de l’impératif commercial.

3°) La majoration des heures supplémentaires payées plus tard.

Olivier sait très bien que ses salariés ont besoin d’être payés régulièrement et correctement en échange de leur travail. Il n’apprécie pas les clients qui le paient en retard en se faisant de la trésorerie sur le dos de sa PME, alors sa morale lui interdit de reporter ce défaut sur ses compagnons.

Il veut des choses simples, mensuelles et surtout sincères… Il ne veut pas être associé aux quelques pourcents de ses confrères malhonnêtes, tout en sachant que pour beaucoup, faire la paye à la fin du mois, n’est pas facile en terme de trésorerie.

A la lueur du regard de son équipe, le matin, lorsqu’il entre dans son entreprise, il sent tout de suite si quelque chose ne va pas. Olivier sait immédiatement que la productivité de son entreprise va baisser de plusieurs points et que cela lui coutera bien plus cher que de mal payer les heures supplémentaires de son équipe ou de les payer à la Saint Glinglin.

La problématique des heures supplémentaires est très complexe et Olivier analysera sur le terrain les conséquences négatives des mesures politiques faites par les parisiens, si loin de lui. Là aussi, il pense que quelques lois cadres, pouvant être plus légères, devraient suffire à bloquer les abus. Sur ce point, il ne serait pas non plus opposé à des sanctions plus sévères qu’elles ne le sont actuellement.

Par ailleurs, il ne comprend pas comment l’état, ce grand adepte des contrôles en entreprises, se permet, depuis longtemps, d’avoir auprès des gendarmes, plus d’un million de journées non payées.

Là aussi Olivier est un adepte de la « soft-Law » et l’égalité de traitement.

4°) Le passage au ‘’ forfait jour ‘’.

Olivier entend, lors de ses rencontres en chambre de commerce, que certains de ses collègues, par la spécificité de leurs métiers, sont des adeptes du ‘’forfait jour‘’. Il ne le pratique pas, mais il comprend que ses fournisseurs de service utilisent cette méthode.

Gardiennage, ingénierie, espaces verts, restauration etc… Il n’a jamais remarqué que cela changeait la satisfaction des salariés des entreprises pratiquant le forfait jour. Par ailleurs, les clients de ces entreprises négocient en jours et non en heures ou en mois. L’Etat et bon nombre de collectivités territoriales utilisent ce dispositif sans qu’ils soient soupçonnés des pires vilénies ou de maltraitance caractérisée des salariés.

Là aussi, madame El Khomri cherche une adaptation entre métier et rémunération des salariés. Les abus d’utilisation de ces forfaits sont peu courants, cela justifie-t-il d’en rigidifier l’utilisation ? La conséquence première des opposants à cette proposition sera inévitablement plus de chômage. Madame Aubry endossera-t-elle la responsabilité de ces chômeurs supplémentaires ? Pas plus qu’elle ne le fit de sa brutale loi sur les 35 heures, soyons en sûr.

5°) La modification des dates et durées de congés.

Olivier tient au repos et à la bonne santé de ses salariés…. Là aussi, pas idiot, il sait très bien que cela conditionne la performance de son entreprise. Il ne veut pas être associé à ces énormités managériales basées sur le stress dont parfois les médias se régalent par une sorte d’exhibitionnisme sadique et sordide. Les juges savent faire leur travail !

Mais les clients sont là, les marchés sont exigeants et s’il trouve, avec ses équipes, les moyens de satisfaire ses clients par des adaptations du temps de productions intellectuelles comme matérielles, il sait que d’autres marchés viendront. Alors il pourra développer son entreprise, investir, embaucher, former etc… Car c’est une condition d’amorçage d’une spirale vertueuse. ‘’Que voulez-vous, se plait-il à dire à son entourage, ce n’est pas parce que les bourgeois allaient à Deauville en 1936 au mois d’Aout, que mon client brésilien doit attendre septembre pour être honoré de la confiance qu’il nous accorde’’.

Laissez à mes compagnons le soin d’en décider avec moi.

6°) En congés : droit à la déconnexion.

Oui, ses salariés, comme lui-même d’ailleurs, doivent se déconnecter pendant leurs temps de repos. Loi ou pas loi, le feront-ils ? Une loi ne peut décider de ce sujet, il en va de la liberté individuelle, comme de fumer, boire ou autres addictions. Olivier ne connait aucun patron qui force ses salariés à travailler sur son ordinateur pendant ses vacances mais il se dit : ça existe peut-être et il désapprouve.

D’ailleurs sur ses 54 salariés, seulement 3 pourraient le faire et ce sont ses commerciaux qui sont toujours en liaison avec les clients, qui eux ne sont pas forcément à Deauville avec les français ! Mais attention, ces commerciaux garantissent les commandes des mois à venir, donc l’emploi, les embauches, le chiffre d’affaire. Avec malice, Olivier se demande combien de chômeurs il peut y avoir à cause des congés et de la déconnexion à la française.

Occupons-nous d’abord de l’addiction numérique de nos enfants et adolescents, s’il y a un problème de santé publique numérique, il est d’abord là, et nous entendons peu les défenseurs de ‘’la veuve et l’orphelin ‘’ se préoccuper des vraies addictions.

7°) Les congés pour ’’ événements familiaux ‘’.

Olivier à une vie familiale importante, il aime être près des siens pour les moments importants, qu’ils soient graves ou heureux. Il souhaite que ses compagnons, comme lui, puissent vivre ces moments uniques.

Pour les avoir vécu, il sait qu’il y a beaucoup d’abus, qui, au fil du temps, se sont empilés dans la définition légale de ces jours de congés et au fond de lui, il n’a jamais accepté que sa convention collective, dictée par des grandes entreprises, lui impose ces temps improductifs que son entreprise paie.

Olivier sourit amèrement lorsqu’il lit ces prétendues statistiques qui placent la France pays le plus productif du monde en oubliant de dire qu’il est celui ou on y travaille le moins. Amèrement, Olivier est conscient que c’est là une des raisons principales de notre chômage inacceptable que Madame Aubry et ses adeptes acceptent. On ne peut pas en vouloir à Madame El Khomri de tenter de régler très partiellement le sujet en laissant aux entreprises, avec leurs syndicats et salariés, le soin d’alléger ou de maintenir cette charge excessive.

8°) Le licenciement économique assoupli.

Olivier peut être classé ‘’bon entrepreneur‘’, ce qui ne l’a pas empêché de connaitre en 20 ans deux crises sérieuses synchronisées aux crises pétrolières.

L’entreprise fut en péril et à chaque fois, il fallut deux exercices pour ramener les comptes à l’équilibre et quatre pour repasser en régime bénéficiaire suffisant pour retrouver une certaine indépendance financière.

Il a du, l’angoisse au ventre, se séparer d’une quinzaine de salariés à chaque fois. Pour protéger le noyau dur du savoir de son équipe, il a choisit les derniers entrants, perdant ainsi des forces d’avenir et un actif immatériel de savoir.

L’inspection du travail lui compliqua les démarches déjà si contraignantes ; prolongeant de trois bons mois l’épreuve que cela constitue avec un banquier, surtout préoccupé par ses concours financiers court terme à l’entreprise.

Il serait bon, pense Olivier, fort de son expérience, que l’on puisse préciser ces conditions et aller vite sans que des intervenants extérieurs, guidés par leur volonté de protéger les salariés, ne finissent par leurs nuire gravement. Là aussi, une bonne volonté primaire en matière sociale provoque un effet secondaire bien plus désastreux.

Il est difficile de tout prévoir et ce n’est d’ailleurs pas possible. Laissons aux juges le soin de constituer, dans leur volonté d’équité, une jurisprudence basée sur le bon sens. Olivier pense cela, même s’il sait parfaitement bien que les juges sociaux sont la plupart du temps socialement engagés.

9°) Un plafonnement des indemnités prud’homales en cas de licenciement abusif.

Ce qui paralyse les entrepreneurs et leur fait peur, c’est le sentiment que la définition d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse par les juges et une loterie où à tous les coups, l’entrepreneur perd. Inutile de lui dire que ce n’est pas vrai, son ressenti est celui-là et les cas sont nombreux qui lui prouve qu’il a raison.

Il y a 5 ans, appelé aux prud’hommes par un salarié licencié indélicat (vol avec témoignages d’autres salariés et silence des délégués syndicaux), Olivier et son entreprise gagnèrent en première instance. En appel, ils perdirent lourdement sur une décision d’un juge de cour d’appel tueur de patron.Chaque fois qu’Olivier va et doit embaucher, cette affaire lui revient en mémoire. Plusieurs fois, il prit la décision de sous-traiter plutôt que d’embaucher.

Olivier pense souvent, pour en avoir été la victime, qu’il y a une deuxième acception à l’expression : « il n’y a pas de justice sociale ».

Oui madame La ministre du travail, il faut tenter de limiter ces abus de justice sociale générateurs de non embauche, et donc de chômage. Essayons, ne restons pas immobiles, car contrairement à ce qu’une certaine personne prétendit, « nous n’avons pas tout essayé ». Un simple benchmark de nos amis européens nous montrent les bonnes routes. Nous avons au moins l’avantage, en étant les derniers à bouger, de savoir ce qui marche chez les autres !

10°) Un ‘’ compte personnel d’activité ‘’ pour chaque salarié.

Olivier n’a toujours pas compris deux choses que les politiques veulent lui imposer :

+ Le compte pénibilité.

+ Le compte personnel d’activité.

Sa peur est de devoir embaucher une nouvelle personne improductive pour suivre ces sujets. Il a calculé que pour 54 personnes, dans son activité, c’est ce qu’il devra faire, sauf à prendre le risque de repasser à la loterie ou ‘’ à tous les coups, on perd ‘’.

Une personne, c’est 2% de perte de compétitivité pour sa SARL et forcément ses concurrents non contrôlés, polonais ou roumains, se délectent d’avance de ce nouvel avantage pour eux. Il ne comprend pas que ces sujets puissent être de sa responsabilité.

Olivier est d’accord pour penser qu’il faut trouver un système simple satisfaisant toutes les parties pour favoriser les salariés les plus éprouvés par leur métier.

Le dogmatisme de madame Touraine l’effraie et son incompétence entrepreneuriale encore plus.

Il pense que ce ne doit pas être de sa responsabilité. La responsabilité sociale en matière de formation ou de retraite d’un salarié, avant ou après le passage dans son entreprise ne dépend pas de lui.

32 milliards d’euros prélevés par an pour la seule formation, avec le peu d’efficacité que l’on sait, ne nécessiterait-il pas une économie de gestion suffisante pour suivre ces « carnets de bord » des salariés et surtout les responsabiliser sur ce suivi de leur vie professionnelle ?

J.C VOLOT (PDG de Dedienne)

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