Ça devait être un soir de fête

31 décembre 2017 : Une soirée de célébration

Une maison, une vingtaine de personnes, de la musique, de la nourriture et de l’alcool. Tous les éléments nécessaires pour passer une bonne soirée entre jeunes de 20 ans étaient réunis. Sauf un : l’ambiance.

Cigarettes après cigarettes, verres après verres, on se sent mieux. Confortables. Bien dans nos baskets. Les langues se délient pour se lier entre elles. Le rythme traverse nos corps assoiffés de liberté.

“La nuit sera folle” : J’étais sûr de moi.

00h00, et bonne année

Pluie d’étreintes, snaps, textos : Minuit est passé, l’année s’achève sur un bon moment. Je me rappelle avoir jeté un coup d’oeil à mon téléphone : pas d’attentat.

Cette nuit, la France vas célébrer sans embûche et oublier ses problèmes : Racisme, homophobie, xénophobie seront mis de côté pendant quelques heures parce qu’il est l’heure de célébrer notre diversité, notre liberté, notre amour et notre chance. Celle que d’autres n’ont pas.

Ce soir là, j’ai eu droit à une surprise concoctée par une de mes plus proche amies et mon homme. Je sors de la salle de bain (c’est fou comme cette pièce est fabuleuse avec 3 grammes d’alcool dans le sang) et le voit. Lui qui devait passer sa soirée loin de moi, il est là. Beau, souriant et accompagné de deux amies chères à nous deux. L’euphorie m’emporte, je savoure le moment.

Oui, cette nuit sera folle.

Vous avez dit “Liberté” ?

La Liberté guidant le peuple, Eugène Delacroix.

Nouvelle surprise en sortant de la salle de bain : En traversant le couloir, je tombe sur 5 ou 6 mecs. Je comprends tout de suite dans leur regard la confrontation qui m’attend. Je connais ces regards. L’effet de groupe. Ils avaient besoin d’un moment full of testostérone et je suis arrivé au mauvais moment.

“C’est qui ton mec ? Il est où ? Tu nous le présentes pas ? Dis nous, c’est qui ton gars ? Hein ?”

Comme toujours, je m’en sors avec quelques mots et me fraye un chemin. Les festivités sont lancées, la chasse au gay est ouverte.

Des mots aux maux

J’entre dans une chambre et retombe sur eux, étalés comme des pachas sur le lit. Les blagues douteuses, j’ai connu. Les insultes, j’ai connu. L’humiliation, j’ai connu. On ne s’y fait jamais vraiment, on s’y adapte, on balaye tout cela pour ne pas en souffrir. On se protège.

Mais ce soir là, je n’allais pas les laisser gâcher ma soirée. Un en particulier. La rage m’emporte, je l’humilie devant sa bande. Je sais à quel point ce genre de garçon a un problème avec sa virilité, mon point sensible était donc facile à trouver.

Des amies me sortent de la chambre pour éviter que la situation ne dégénère, je me réfugie dans la salle de bain pour me calmer.

Quelques minutes passent avant qu’il ne surgisse. Je l’insulte de tous les noms, lui ordonne de foutre le camp. Un poing dans mon visage, testostérone man s’est senti humilié. J’en paye les frais.

Les coups pleuvent. Les cris sont assourdissants. Je n’entend plus la musique, recouverte par les hurlements et les larmes chaudes qui coulent sur le visage de plusieurs invités. La bande s’en prend à toute personne décidée à me défendre, les filles sont placardées de la même façon qu’avec un homme. Les cheveux sont tirés, les personnes balancées dans les escaliers. Tout est très violent, brutal. L’air a une odeur immonde : On sent la haine. Mon homme surgit, je me vois écarté et enfermé dans la salle de bain avec une amie. J’entends tout ce qu’il se passe derrière la porte.

“APPELEZ LES FLICS”

C’est la désillusion. Je m’effondre. Anéanti. Comment va-t-il ? Qui est blessé ? Pourquoi ça ne s’arrête pas ? Qu’est-ce que j’ai fais ? Qu’est-ce qui nous arrive ? Pourquoi nous ? Pourquoi moi ?

J’ai passé le reste de la nuit à m’apitoyer sur mon sort, m’excusant auprès de l’hôte de la soirée et me responsabilisant des événements passés. Je le regrette.

Je suis fier. Fier d’avoir osé dire stop. Fier d’avoir assumé pleinement mon amour. Fier de m’être assumé pleinement. La faute n’était pas de mon côté, et toutes les personnes violentées l’ont été par la faute de cette bande d’abrutis.

J’étais venu seul avec une bouteille de champagne pour faire la fête, je suis reparti entouré des miens pour penser des plaies.

2017 était prudent et discret, 2018 sera libre et fier.

🏳️‍🌈

One clap, two clap, three clap, forty?

By clapping more or less, you can signal to us which stories really stand out.