Croire en la chance est la nouvelle religion du siècle

L’accomplissement rime souvent avec l’idée de succès. Et le succès se tient par la chance. Il est temps de savoir comment faire de soi-même un porte-bonheur…

Accepter le hasard :

La première loterie qu’on a gagné, la plus hasardeuse, c’est notre naissance.
Le hasard de la rencontre de deux personnes, la cote improbable de la fécondation de sperme dans l’ovule alors que nous n’étions pas plus qu’un des grains de sable dans le Sahara, juste à avoir la chance d’être le gagnant pour vivre.

Et le cycle de la vie depuis le début de la création du monde n’est qu’une succession de hasards liés entre eux.

Einstein refusait de penser que Dieu jouait aux dés avec le monde, malgré cela, le XXème siècle n’a cessé de constater dans la réalité : la dualité onde-particule, le principe d’incertitude de Heinsenberg, la mécanique quantique de Max Plank,etc que le hasard est une des forces de la nature aussi réelle et fondamentale que le principe de gravité.

Présentations avec Dame Fortune :

Jean Calvin, théologien au XVIème siècle, préférait penser que rien des événements n’ait pas été prémédité en secret par Dieu.
Nombreux furent les témoignages de sages à écrire au sujet de La Mystérieuse.

Lucrèce (Ier siècle av JC) : De Natura Rerum

Le poète expose sa conviction (infusée par la pensée du philosophe Epicure) que le monde est composé seulement d’atomes et de vide. Sans contribution religieuse aucune, le tout ne serait qu’une agitation et une destruction perpétuelle de particules élémentaires de la matière qui entrent en collision entre elles.
D’où son émerveillement de la nature.

Thomas Jefferson (1826) : l’anecdote de la loterie

Inspiré par l’oeuvre de Lucrèce, il fit une demande pour le moins étrange pour permettre une levée de fonds de 100 000 $ : mettre en jeu sa maison à la loterie.
La loterie était nommée “taxe volontaire” et n’était pas encore considérée comme un jeu d’argent malsain.
En réponse au refus du législateur prétextant que les jeux de hasard étaient malsains :

Mais qu’est-ce que la chance ? Rien ne se passe dans ce monde sans une cause. Si nous connaissons la cause, nous ne l’appelons pas chance ; mais si nous l’ignorons, nous disons qu’elle a été le fruit du hasard …
Si l’on considère les jeux de hasard immoraux, alors chaque poursuite de l’industrie humaine est immorale; car il n’y a pas une seule entreprise qui ne soit pas soumise au hasard, pas une seule dans laquelle vous ne risquez une perte d’avoir tenter sa chance de gagner.

Même si Jefferson a fini ruiné, la réalité est que n’importe qui peut gagner ou perdre, et il n’est pas question de morale, à aucun moment.
Il n’y a que des événements fortuits, des moments instables, le fameux “effet papillon” d’enchaînements aléatoires.

Dieu ou pas créateur du monde les dés sont de toutes évidences lancés sans que nous n’ayons de pouvoir dessus.

Emil Michel Cioran (XXème siècle) :

Grand pessimiste et philosophe sceptique (influencé par Nietzsche, Shopenhaueur, Kierkegaard) a beaucoup traité de la mort et de la vie, et remis en question l’existence de Dieu.
Il ne justifiait la supériorité de la vie sur la mort que sur le facteur de l’inconnu du destin qui ne repose sur rien de logique, la mort étant une chose bien plus claire et certaine.

“La vie inspire plus d’effroi que la mort : c’est elle qui est le grand inconnu.”
“L’on ne peut goûter à la saveur des jours que si l’on se dérobe à l’obligation d’avoir un destin.”
La malchance est le produit du hasard ; c’est l’ expression de la volonté du sort — sur laquelle, nous-mêmes issus du hasard et misérables prétextes d’un échec temporel, nous n’avons aucune prise.
L’essentiel n’a jamais exigé le moindre talent.

Selon le christianisme, le plaisir est péché, le sens de la vie une douleur, la condition humaine réduite à séquestrer ses jouissances en attendant d’être pardonnée au ciel, croire que Dieu est la cause du monde rend absconse l’idée d’espérer.

Einstein, écrivait dans une lettre à propos de la mort de sa femme :

Michele a quitté ce monde étrange un peu avant moi. Cela n’a aucun sens. Les gens comme nous, qui croient en la physique, savent que la distinction faite entre le passé, le présent et l’avenir est rien de plus qu’une illusion tenace et persistante.

Alors à part la chance, que reste-t-il à saisir de ce monde incertain ?

Shopenhauer (XIXème siècle) : des 3 puissances du monde

En comparant la vie d’un homme à un voyage, il décrivait ceci :
La chance : c’est le vent qui accélère le navire sur son chemin ou l’entraîne loin de son cours.
En ajoutant la sagacité et la force, le destin se fait, mais le mérite relève malgré tout de la participation de Dame Fortune.

Charles Darwin : le sous-titre qui en dit long

Dans son célèbre ouvrage sur la théorie de l’évolution, l’Origine des espèces, le sous-titre, argument et thèse du livre : La préservation des espèces favorisées.
L’idée de sélection naturelle ne signifie rien de mieux que l’absence d’intention de la conception, mais bien de la chance.

Notre cerveau n’est pas la partie la plus sage de nous-mêmes…

Un homme, au moment de prendre une décision lors d’une étape importante dans un des grands moments de sa vie est dirigé non pas tant par une connaissance claire de la bonne chose à faire en tant que telle mais par une impulsion intérieure … partant des fondations les plus profondes de son être.

Shopenhauer, rejoignant ainsi la philosophie et physique, est gouverné par la certitude que la complexité de notre cerveau n’est qu’une infime partie de ce que nous sommes et devenons. L’infinie probabilité de connections qu’il peut s’y faire n’est pas consciente et encore moins prévisible.

Nous avons tous à égalité de la chance :

Comme la chance ne s’attrape pas plus que toutes les circonstances qui font le monde et le temps qui passe, reste une seule chose à ceux qui veulent réussir : accepter les cartes qu’on a en main, et vivre librement le moment présent, sans passer que celui-ci est fatalement lié et conditionné au passé ou un avenir tracé.

La finalité de tout étant la mort, les gains et les pertes à un moment de notre vie peuvent devenir les aubaines ou les handicaps à un autre moment.
Comme nous ne contrôlons rien, et pouvons à peine prédire un effet parmi des milliers : saisir sa chance, c’est prendre la liberté de vivre maintenant.

La science n’explique donc pas la chance, car dans toutes ses formules elle ne prend pas en considération le facteur humain (encore moins prévisible).

Par dessus les faits, l’histoire, la géographie, l’économie, la sociologie ne sont pas la chance ou la malchance des nations (consultez notre article sur les futurs pays pionniers de l’énergie d’avenir) : gardons en tête, sans chercher à comprendre, que la chance est aussi prévisible que la météo… encore aujourd’hui.

La question des rêves :

L’Egypte antique accordait une grande importance à l’interprétation des rêves et tout au long de l’histoire, quantité d’ouvrages ont été publiés pour expliquer l’absurdité des rêves, tantôt très réels, tantôt très obscurs et fous, mais toujours porteurs du secret espoir au réveil d’être une réponse aux interrogations.

Encore une fois, tout est une question de point de vue, de mécanique du cerveau, du conscient et de l’inconscient.
Etrangement, le monde finit par se diviser en deux catégories : les gens heureux qui croient en la chance s’avèrent être des personnes généreuses, tandis que les gens qui se considèrent “self-made” se montrent égoïstes.
Mais invariablement, il est impossible de dire lesquels sont chanceux : ceux qui croient en eux ou ceux qui croient en la chance ? Ceux qui pensent être la cause de leur réussite, ou ceux qui estiment que la place qu’ils ont au moment présent est un fait de chance qu’ils accueillent tel quel ?

Qui de la chance ou de l’homme arrive en premier ?

Il ne faut pas confondre les actions des hommes, intelligentes ou stupides, avec le bonheur ou le malheur, qui sont faits de chance ou de malchance.

La chance et la malchance sont faussement perçues comme une récompense ou une punition.

Prenons l’exemple d’un filet lancé par un pêcheur : les poissons attrapés sont malchanceux, le pêcheur, lui, est chanceux.

Qu’une personne soit vertueuse ou vicieuse, elle sera impactée de la même façon par la chance ou la malchance.

Toute la philosophie chinoise de Confucius à Wang Shong repose la-dessus : succès et échec ne reposent pas sur la bienveillance ou l’injustice, mais sur le fait du destin comme il vient : chance ou mal-chance.

C’est l’histoire même de notre monde.

Les sages et les penseurs ont témoigné à leur façon de leur perception de la vie, du bonheur ou du malheur, parce que la chance et la malchance leur sont tombées dessus aussi équitablement finalement que sur les gens ordinaires.

Petit lexique de la chance à l’usage de ceux qui veulent s’habituer à elle :

Aléatoire : vient du latin aleator, le lanceur de dés.
A lire : L’Homme-dé, de Luke Rhineart, l’histoire d’un homme qui prend toutes ses décisions de vie en lançant des dés.

De bonne augure : vient du latin auspicium, la divination dans l’observation des vols d’oiseaux.

Bayern-Dusel (ou Bayern-luck) : expression utilisée depuis les années 70 sur le mythe que l’équipe de foot allemande gagne ses matches à la dernière minute.

Hasard : quelque chose d’imprévisible qui se produit sans aucune cause humaine discernable.

Chance (ancien français: cheance), cazensa (provençal), cadenza (italien) : du latin cadentia, tombant.

Sort : destinée dont la cause est supérieure et incontrôlable, du latin fatum : qui a été dit.

Fluke ou flook : le coup de chance au billard.

Fortuna : la déesse de la chance.

Erreur du parieur ou apophénie : l’espoir d’un retournement de situation après le résultat.

Gris-gris : amulette africaine contenue dans un petit sac en tissu, avec des phrases tirées du Coran inscrites dessus.

Maneki-neko : talisman japonais représentant un chat faisant un signe.

Corne de chacal : Une excroissance osseuse sur le crâne du chacal doré, utilisé comme talisman. Au Népal, selon les chamans, il est bon pour le jeu.

Jinx : Un charme, un sortilège. Du latin jynx ou iynx , grec ἴυγξ , torticolis ( Jynx torquilla), un oiseau utilisé dans la sorcellerie dont on tord le cou

Kismet : turque et arabe pour le destin. En persan Qismat , en arabe qisma (t), c’est le sort.

L’eau de la chance : la vodka dans une bouteille d’eau

Mascotte : une personne, un animal ou un objet adopté comme figure symbolique, pour porter chance. Du français mascotte, le charme du sorcier, du latin médiéval masca, le masque.

Mazel: en Yiddish c’est la chance, la fortune. De l’hébreu moderne Mazzal , la chance. Comparez l’ hébreu mazzalot, qui fait référence à une constellation, aux planètes.

Mojo : Dans l’usage récente, c’est la puissance, la force, ou l’influence d’aucune sorte, une forme de charisme.

Le cochon : Phrase irlandaise pour être chanceux (on the pig’s back). A Rome, pendant le règne des Douze Césars, une amulette d’ or en forme d’un cochon était censée porter chance.

Pothariko ou Protohronia: en grec en référence à la chance du premier pied qui franchit le seuil de la maison pour le Nouvel An.

Risque : Une combinaison de probabilités du résultat d’un événement et de ses conséquences négatives. Avec une connotation négative et à la fois exaltante.

Sérendipité : La faculté de faire des découvertes providentielles par accident. Inventé par Horace Walpole en 1754. Issu d’un conte de fée “les Trois Princes de Serendip,” d’abord publié à Venise en 1557.

Snakebit : malchanceux ou échec dans une expérience. Première utilisation 1957.

SOL : Acronyme de «shit out of luck”, être pris de court, ne pas avoir d’autres options.

Croix gammée : Un symbole représentant initialement le bonheur, le plaisir, la bonne fortune. Du sanskrit svastika, Svasti, le bien-être, la chance.

Talisman : Un objet tenu d’agir comme charme pour conjurer le mal et apporter la bonne fortune. De l’arabe tilsam, du grec telesma, du grec, telein, qui initie aux mystères.

La fleur de pêcher : au Vietnam, à l’occasion de la fête du Têt, les maisons sont fleuries de ces fleurs qui apportent chance, prospérité et bonheur.