Paolina Mirontaine tisseuse Text’Styles

La Sicile-Roubaix-les brumes du nord.

Elle a grandi entre la Sicile et la France, sa mère est devenue ouvrière à la lainière de Roubaix dans les années 70. Paolina est aujourd’hui professeur de français- langue étrangère pour les enfants expatriés et voyageurs. Passionnée de littérature, elle écrit des chroniques sur ses lectures.

«Dans ce monde comme un tissu déchiré, je possède un métier à tisser la voix du cœur des enfants expatriés. J’invite leur cœur à travailler pour porter le verbe à incandescence sur le mètre ruban de la liberté. Je délivre un murmure enchanté pour permettre l’apparition de petits miracles… avaler les potions de l’encre des manuels, des albums et des livres sous la voix fatiguée de l’enfant ou de l’Homme , loin de son pays en guerre.

Parfois, je me tais devant le gain de lumière dans les yeux des fils du vent.

Fil à fil, je déroule la bobine sur les chemins de leur cœur en farsi, en Pashto, en Tigrinya , en arabe … et le patchwork des langues se fait ruban de mots précieux.

J’ai souvent rêvé d’avoir un petit don, un talent particulier. Le mien est de tapisser les parois de ma bouche cousue de gouttes d’imagination et de baisers de mots.

Ma robe de lectrice « en saignant(e)» est tissée d’exils. Dans mes mains, repose une pelote de fils d’or où je recouvre en lisant les blessures des enfants apatrides.

Je brode les algues de mes rivages siciliens pour offrir un filet, un refuge à chaque enfant naufragé en terre d’exil. Je tente de réparer les trous qui poussent dans les interstices de tout.

Les mots sont des boutons d’argent, libérés des aiguilles douloureuses, que j’emporte pour border les plaies, les jours de grand froid.

Je tricote des histoires dans mes tiroirs, pour les invisibles. Une écharpe pour Lila, petite tsigane avec les mots «perle» et « chemin». Des graines de mots d’amour sont brodées pour Artan chez qui les mots sortent timidement depuis sa bouche-Kosovo. Un manteau cousu pour des frères, syrien et palestinien, avec des mots très précieux, des mots tus sous la pudeur.

J’enroule les chagrins sous la laine des mots.

Certains mots ont besoin d’aide.

Le mot «nous» dans son écrin coloré est le plus agréable à broder.

Je suis une tisseuse de l’Ici et l’Ailleurs, sans cartes géographiques ni cartes d’identité.»

http://lemondedemirontaine.hautetfort.com/

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