Parent imparfait et fier de l’être

Nous avons découvert en devenant parent que contrairement à ce qu’on avait pu imaginer toute notre vie de jeunes insouciants, les parents sont des gens comme les autres qui font ce qu’ils peuvent et improvisent pas à pas, découverte après découverte, l’éducation de leur enfant.

Orgueil et préjugés

La cigogne nous a néanmoins livré à tous (j’ose seulement espérer que nous n’étions pas les seuls) une bonne grosse dose d’orgueil. Cet orgueil nous a donné de l’importance et nous a imposé de nous montrer parfaits. Parfaitement organisés, équipés, informés, démonstratifs et fatalement susceptibles aux critiques. Le regard des autres nous importaient beaucoup, il s’agissait de ne montrer aucune faille, l’idée de passer pour un parent qui n’assure pas nous était insupportable. Alors nous avons préjugé le comportement à adopter, l’éducation à donner, et avons fini par devenir ces êtres à part qu’étaient pour nous “les parents”.

Après la naissance de notre fille, j’ai appris énormément de choses. Les milliards de questions, que je pensais avoir sur la parentalité et les bébés avant, avaient l’air de s’être envolés. Je vivais le moment, cela se passait bien. Je devais expliquer au monde à quel point j’étais en contrôle contrairement, je le supposais, à d’autres. A quel point le monde des bébés n’était plus un secret pour moi, quelles étaient les erreurs à ne pas commettre, comment appréhender une toute nouvelle parentalité, ce que enfanter représente pour la Vie et l’Univers. J’en ai lassé plus d’un. Même les futurs parents, d’ordinaire avides d’informations, ne m’écoutaient plus.

Le piège était dans la perfection

Pourtant, cet orgueil est probablement un bienfait, il nous aveugle, nous rend les difficultés mineures, le changement de vie naturel et l’abnégation comme une évidence. S’il est un bienfait, il peut aussi nous tromper en nous faisant croire que nous devons être infaillibles, indéfectibles, intègres, droits, imperturbables, en deux mots la perfection incarnée. Et de manière assez étrange, nous savons que les autres sont arrivés à cette même conclusion: montrons-nous parfaits.

Plusieurs années de ce traitement et nous sommes transformés.

Seulement voilà, quel genre de modèle sommes nous? Comment un enfant peut avoir en exemple la perfection incarnée? Alors que lui même est très imparfait, en apprentissage constant. Ce personnage parfait que nous voulons incarner ne peut pas être un exemple à suivre. Il est trop peu naturel pour cela. Dans un film, s’il vous est impossible de vous identifier au héros, il vous est impossible de faire partie de son univers. Ainsi un héros fait toujours attention à cultiver l’art de l’imperfection.

Si j’avais eu Bouddha en tant que père, je crois qu’au bout d’un moment, j’aurais eu envie de le secouer « mais vas-y dis quelque chose de bête! Je sais pas moi, énerve-toi, crie un bon coup, met toi en colère, t’es juste là à dire des trucs profonds sans jamais perdre le contrôle, rahhh! Mais c’est quoi ton problème! »

L’imperfection au naturel

La nature ne connait que l’évolution, pas la perfection. La perfection feinte du parent orgueilleux peut dévaloriser l’enfant car il peut avoir le sentiment de ne jamais pouvoir être au niveau en comparaison. Se prétendre parfait, c’est nier l’existence de faille, de peur, de détresse, d’angoisse… Tout ce qui pourtant fait la vie d’un enfant qui se dit que ses parents ne peuvent pas le comprendre, eux, les êtres supérieurs.

Il faut jouer de son imperfection.

Je n’hésite pas à montrer mon imperfection à ma fille, ou en tout cas, à ne pas la nier. Quand je renverse quelque chose, ça lui sert de leçon:

« Ah la la j’ai fais n’importe quoi. Et tu sais pourquoi j’ai fais n’importe quoi? Parce que j’ai fait trop vite, je n’ai pas fait attention. Voilà ce qui arrive quand on ne fait pas attention. »

Le parent trop orgueilleux essaiera de se justifier par tous les moyens en niant l’existence de la faute, en la rejetant sur quelqu’un d’autre et en se montrant agressif. Une manière pas très jolie de penser l’éducation.

Assumons d’être imparfait car nous le sommes. Nous avons le droit d’être maladroits, tête en l’air, impatients, malpolis. Nous sommes normaux, faisons simplement de notre mieux, communiquons avec notre enfant et expliquons lui.

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Et si ce soir, vous larguiez les gosses chez les voisins?

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