Vous avez dit mère au foyer? “Ah…”

Bree Van de Kamp, symbole de la mère au foyer parfaite, forte et perfectionniste

Devant l’école, je discute avec une mère d’élève. Je lui raconte que c’est moi qui m’occupe principalement des enfants et de la maison. Elle se confie à moi en me révélant qu’annoncer être mère au foyer dans une conversation d’adulte crispe les actifs et les actives en provoquant des silences gênés ou des « Ah… … »

Pourquoi cette réaction? En devenant moi même père au foyer, j’ai appris bien plus que changer une couche ou faire un plat différent par jour. J’en ai tiré des enseignements sur la problématique des parents au foyer, la condition de la femme dans son ensemble et par conséquent le fonctionnement de notre société.

Précisons ma situation, j’ai beaucoup travaillé en télétravail et cela m’a permis de m’occuper moi même de mes enfants alors que ma femme avait besoin de lancer sa carrière en faisant énormément de déplacements. Aujourd’hui, je suis graphiste indépendant, ma femme travaille beaucoup et je n’ai pas vraiment de vie entre le boulot à domicile et les enfants. La précision est importante car cela veut dire que j’ai une petite activité professionnelle, cela fait de moi un actif. Cela change beaucoup de choses.

UNE FEMME SAIT FAIRE PLUSIEURS CHOSES À LA FOIS

Vous connaissez la rengaine. C’est une idée fausse. On dit cela car traditionnellement, la femme fait le ménage, la cuisine, la lessive, les courses, la couture, tout en s’occupant des enfants, de la taille des rosiers, du rdv chez le dentiste pour le petit dernier, en préparant la fête d’anniversaire du premier, mais aussi le cadeau pour la belle mère, sans oublier de repassant le kimono de la deuxième pour la fin de l’après midi. L’homme, lui, est menuisier. Inversez les rôles, comme dans notre couple et cela fonctionne aussi. Les femmes aiment bien défendre cette idée pourtant car elles pensent se grandir et avoir là une belle arme dans la guerre des sexes. Cette arme est à double tranchant car s’en servir, c’est crier haut et fort qu’on ne veut pas voir les choses changer.

CUISINIÈRES ET GRAND CUISINIERS

Le sexiste mâle a la parade toute trouvée à cette arme féministe. Cette parade consiste à dire: « les femmes sont censées être douées en cuisine et pourtant les grands cuisiniers sont des hommes! Idem avec les couturiers! ». Cette parade est le symbole de la totale ignorance de ce qu’est être parent au foyer. Pour être un grand cuisinier, il faut en faire son métier et ne faire que ça, à plein temps. Ce qui est impossible pour une mère au foyer qui a uniquement le temps de faire à manger simplement et sainement si elle se débrouille bien. On retrouve la même problématique dans tous les métiers spécialisés et artistiques. Un grand écrivain ne peut pas écrire entre deux braillements, sifflements de bouilloire ou fin de programme de lave linge. Derrière tout grand homme, il y a une femme qui s’occupe des gosses sinon grand homme, il le sera uniquement pour ses enfants.

JE SUIS EN TRAIN DE TOUT PERDRE…

Je discutais avec un ami qui gardait ses enfants depuis 6 mois. Il s’est livré à moi: « Je suis en train de tout perdre… physiquement, intellectuellement… je me ramollis c’est dingue! ». C’est là le côté obscur du parent au foyer. C’est un travail à part entière et pourtant il n’est pas valorisé par la société. C’est un poids sur un CV, un boulet dans une carrière et pour cause! J’ai la chance de n’avoir qu’un pied dans le métier mais je comprends ce que mon ami disait. Un parent au foyer qui ne s’impose pas de rythme et d’exigences va très rapidement ne faire que le service minimum, se laisser aller à la facilité et ne pas transcender sa condition. Il finira pas se ramollir aussi bien physiquement qu’intellectuellement. Être parent au foyer est d’autant plus difficile que cela nous détruit de manière invisible à cause du poids de l’abnégation, de l’aliénation qui nous diminue, du rythme de vie que l’on se donne et de la fracture qui nous sépare du reste de la société. Seuls les meilleurs arrivent à tirer bénéfice en excellant dans l’art de tenir un foyer et d’élever ses enfants. C’est comme monter à dos de taureau et rester en scelle 24/7 alors que personne ne nous a rien demandé, personne ne nous coach, personne ne nous paie et tout le monde s’en fout. Nous terminons lasse, fier de rien, aucunement gratifiés et déconnectés du monde.

SAUVER LE MONDE

Et pourtant, le parent au foyer pourrait sauver le monde car il l’a en grande partie construit. Les mères au foyer ont battit des pans entiers de notre culture et de notre identité par le savoir qu’elles avaient développer de génération en génération. La gastronomie ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui sans elles. Les « trucs de grand mère » viennent de là et apportent de la profondeur à notre culture. Le parent au foyer possède du temps pour apprendre, pratiquer, optimiser et approfondir. Là où les couples d’actifs n’ont le temps de rien si ce n’est de préparer des plats industriels à leurs enfants, d’acheter jeux vidéo et jouets pour combler le vide laissé par leur absence, acheter du neuf plutôt que de l’occasion et jeter plutôt que de revendre. En résumé, payer pour être tranquille plutôt que prendre le temps de bien faire. Le monde est malade de son hyper consommation et engendre le gâchis et le gaspillage car les actifs préfèrent cela que de prendre du temps à les limiter. Les parents au foyer peuvent sauver ce monde en apportant aux familles la sérénité et l’équilibre dans un système sain et simple où tout est réfléchi et optimisé.

POUR UN STATUT LÉGITIME

Les mères au foyer ont les mains dans le moteur de nos vies et elle doivent à ce titre être hautement considérées. Malheureusement, ce n’est pas le cas! Tout d’abord parce que l’homme, en général, ne veut pas reconnaître la fonction comme importante voir centrale. Le côté obscur de la femme au foyer, vu plus haut, y joue un rôle bien sûr, mais traditionnellement l’homme aimerait pouvoir s’appuyer là dessus pour continuer de diminuer le rôle du parent au foyer en général et ainsi se consacrer à sa vie personnelle sans scrupule. Beaucoup d’homme aime passer de leur mère qui s’est toujours occupé de tout à une épouse qui fait la même chose. En tant qu’homme, je n’ai pas ce problème, ma femme ne s’aventure pas à rentrer le soir en me traitant comme une bonne. Si jamais c’était le cas, je n’aurais qu’à bomber le torse et pousser un cri bestial. Je n’ose pas imaginer ma position en tant que femme dans ce monde encore sexiste.

Les mères au foyer ont les mains dans le moteur de nos familles. Elles doivent être soutenues, encouragées, considérées et peut être encadrées. On peut imaginer un statut bien particulier de parent au foyer financièrement soutenu pour cela, accompagné, suivi, instruit afin qu’ils puisse tirer le meilleur de ce travail si important. On pourrait alors relever des défis immenses dans la lutte contre l’obésité qui passe par le retour à la cuisine maison, la lutte contre le réchauffement climatique en passant par la diminution de la consommation, la réduction des déchets, l’éducation des enfants et bien souvent prendre le temps nécessaire qu’il faut pour organiser un emploi du temps de sorties simples et de découverte au lieu de passer les weekends au centre commercial.

Changeons notre regard sur les parents au foyer et encourageons les.

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Et si ce soir, vous larguiez les gosses chez les voisins?

http://www.parentheze.com

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