“Avant d’être Designer UX… j’étais Designer UX »

Un article qui explique que pour être crédible il faut d’abord être à la mode… c’est notre époque qui veut ça!


Ça frétille de partout! Vous ressentez aussi cette activité fébrile et cet intérêt grandissant pour l’expérience utilisateur, les méthodes digitales agiles, les itérations, le Design Thinking, les utilisateurs satisfaits, les utilisateurs frustrés ou encore les utilisateurs pas assez testés?

J’ai l’impression que les têtes pensantes du Marketing se sont tout à coup rendu compte qu’il fallait penser aux consommateurs et à leurs relations les plus intimes avec l’objet qu’ils viennent d’acquérir. Tous à genoux devant l’unique et seule vérité du Marketing: si le consommateur n’a pas un orgasme spontané chaque fois qu’il utilise un de ses objets quotidiens… c’est qu’il faut le repenser et améliorer l’expérience positive que cet objet pourrait (enfin) procurer à son propriétaire.

J’imagine les réunions de brainstorming entre les chefs de produit, les responsables marketing, les designers, les ingénieurs et LE fameux spécialiste en expérience utilisateur. Celui qui va devoir orienter les réflexions du team vers les agents provocateurs de sensations fortes à intégrer dans la nouvelle planche à repasser Laura Star… la ménagère a droit à son émoi quotidien, et ça sera grace à nous!

L’expérience utilisateur au service de mon bien-être quotidien

Je m’abandonne quelques secondes à imaginer mes journées, entouré d’objets qui n’attendent qu’une seule chose: provoquer en moi une expérience utilisateur positive, et plus si affinités! Imaginez, si mes interactions matinales avec

  • mon radio-réveil « sleep-assist »
  • mon gel-douche « anti-hangover »
  • mon rasoir « sensitive-one-blade cold effect »
  • ma brosse-à-dents « multi-directional vibrating »
  • mes capsules de café « sensitive touch stimulator »
  • et mon casque à moto «smooth head penetration »

m’envoie chaque fois au septième ciel, je risque de débuter ma journée de travail dans un état d’épuisement déjà fort avancé.

Mais je peux également envisager les choses avec un regard plus critique et plus réaliste. Je peux débuter ma journée « d’utilisateur-à-satisfaire-absolument » devant l’automate à billets des transports publics de ma ville… et me demander comment un cerveau humain a pu concevoir un ensemble d’interactivités aussi incohérentes, inesthétiques et situées à milles lieux des bonnes pratiques en matière de perception cognitive.

Et là je me dis que je fais un beau métier et qu’il y a encore beaucoup de travail pour améliorer le quotidien de mes contemporains.

J’ai fait de l’UX sans savoir que c’était de l’UX

“Faire de l’UX” c’est mon métier depuis longtemps, bien avant que l’UX existe. J’ai toujours conçu des applications digitales interactives et je me suis toujours spontanément mis à la place des futurs utilisateurs. Faire en sorte qu’une interface soit intuitive et logique, qu’elle rende service et facilite la vie de ses utilisateurs a toujours été le moteur de mes réflexions de designer interactif. Je faisais de l’UX dans le cadre de mon travail de concepteur, sans en faire une doctrine, simplement avec du bon sens et de l’expérience.

J’ai débuté cet article sur une petite note satirique mais je suis le premier satisfait que le métier de designer UX soit enfin reconnu à sa juste valeur. Je suis fondamentalement convaincu par la nécessité de poser les bonnes questions en amont de tout projet digital.

Et poser les bonnes questions c’est la base de l’UX — Start with the Why!

L’UX c’est remettre les étapes de travail dans le bon ordre

Dans le cadre de projets digitaux, la tendance avait toujours été de se lancer la tête la première dans des maquettes graphiques, puis dans le développement, mais surtout sans perdre du temps et d’argent avec des étapes conceptuelles préparatoires dont les plus-values n’étaient jamais reconnues. Les spécialistes travaillaient en silos et il y avait trop peu de concertations entre les compétences impliquées dans un projet. Les résultats étaient souvent incohérents et en inadéquation avec les besoins des utilisateurs. Les bonnes questions n’ayant pas été posées au début du projet, les objectifs fondamentaux d’une application digitale n’ont pas pu être atteints.

Les mandats d’applications digitales sont souvent confiés soit à des agences de communication, soit à des studios de développement. Ces 2 types de prestataires, tout en étant brillants et compétents dans leurs domaines respectifs, ont tendance à se focaliser sur leur cœur de métier. Je risque même de prétendre qu’ils s’ignorent mutuellement, par manque de connaissance du métier de l’autre. Les considérations liées à l’UX par exemple, n’étaient alors représentées par aucun des 2 prestataires… et le sujet n’était simplement pas abordé. Il manquait dans les rouages d’un projet digital un coordinateur et un facilitateur: le Designer UX.

C’est en considérant ce besoin de vision globale et de coordination que le rôle du designer UX doit être clairement défini. Il est en premier lieu le concepteur des interfaces et des interactions. Mais pour créer l’interface parfaite il doit tenir compte de toutes les compétences impliquées dans un projet. Il doit considérer leurs besoins et de leurs spécificités, les espaces qu’ils vont vouloir occuper dans les écrans et les fonctionnalités qu’ils souhaitent rendre possibles. Le designer UX doit être un spécialiste polyvalent. Il doit également être le garde fou du projet et maintenir le cap vers les objectifs fixés. Il doit évaluer si toutes les implémentations prévues restent en adéquation avec les besoins des utilisateurs.

Le Designer UX… le plus vieux métier du monde!

Les nouveaux métiers émergent lorsqu’il y a des besoins, des problèmes à résoudre et des nouvelles solutions à développer. Des pionniers s’attèlent alors à la tâche, par motivation profonde, en se préoccupant principalement des résultats qu’ils vont obtenir et moins du libellé de leur fonction.

L’être humain a toujours eu le souci de façonner ses outils pour qu’ils soient fonctionnels, efficaces et confortables à utiliser. Le silex, parmi nos premiers outils référencés, était déjà un objet pensé par rapport à sa fonction et amélioré en permanence pour accroitre son efficacité. Si nos ancêtres concepteurs en silex n’était pas des spécialistes en expérience utilisateurs, ils faisaient certainement confiance à leur instinct et leur bon sens pour trouver des solutions.

Si de nos jours nous ne sommes que rarement confrontés à la manipulation d’un silex, nos interactions avec des objet et des écrans sont devenues permanente. C’est suite à ces nouveaux besoins qu’est apparu le Designer UX. Si l'expérience utilisateur est devenu un métier reconnu et exigeant, un bon Designer UX se reconnaitra d’abord par son bon sens… et son empathie!