Oh,oh! Le “el manspreading” c’est aussi de l’UX!

Un article qui démontre que l’UX c’est aussi un problème de comportement dans les transports publics.


Si la signalétique est une discipline en soi, avec ses règles et ses principes cognitifs, elle est également liée à l’expérience utilisateur, autant dans votre vie quotidienne que sur vos écrans. Pouvoir identifier la vitesse maximale autorisée lorsque vous conduisez votre voiture et savoir ou cliquer pour valider le e-paiement de votre e-amende pour vitesse e-xcessive… c’est un peu le même combat! Dans les 2 cas vous êtes confronté à l’efficacité ou à l’inefficacité d’une signalétique.

La conception de pictogrammes permettant de faciliter la compréhension d’une micro-information a toujours été un challenge pour les concepteurs visuels.

  • Certains pictos sont évidents… toilettes pour femmes, toilettes pour hommes.
  • Certains pictos se sont imposés et plus personne ne les remets en question… est-ce que la silhouette d’une femme ou d’un homme évoque nécessairement un lieu d’aisance?
  • Certains pictos vont devoir s’adapter aux évolutions de la société… toilettes mixtes non-discriminatoires ou toilettes transgenres: un vrai challenge pour les spécialistes en signalétique!

C’est en lisant un article dans The Guardian que je me suis mis pendant quelques minutes dans la peau d’un designer madrilène. Il s’est retrouvé face à son client, les transports publics de la ville de Madrid, pour recevoir un briefing un peu particulier. Créer un pictogramme destiné à informer les passagers sur la problématique du « Manspreading ». Notre designer a-t-il ressenti à ce moment cette fameuse et redoutée angoisse de la feuille blanche? Cet article n’aborde pas l’état d’esprit du designer mais se penche en revanche sur l’augmentation exponentielle du nombre de pictogrammes que nous devons comprendre instantanément tout au long de nos journées.

Et si Desmond Morris avait raison!

D’abord, c’est quoi le « Manspreading »? Ayant lu les ouvrages de Desmond Morris j’avais une vague notion des différences entre la position assise féminine et la position assise masculine. Selon Morris, le mâle a instinctivement tendance à s’assoir les jambes écartées pour exhiber ses organes reproducteurs et attirer à lui les femelles. D’un point de vue anthropologique ça se défend et, apparemment, ça a été un comportement efficace. La race humaine ne semble pas en voie de disparition.

L’évolution de l’humanité a toutefois apporté son lot de changements. Notamment l’avènement des transports publics et, avec eux, le confinement lors des heures de pointe. Si, comme Morris le prétend, nous avons gardé dans nos gênes certains restes de nos comportements primitifs, ils ne sont plus nécessairement compatibles avec nos conditions de vie actuelles. Il semblerait effectivement que la surpopulation présente dans les transports publics oblige le voyageur masculin à se remettre en question… et à ne pas occuper 3 sièges lorsqu’il est assis.

Voilà comment a émergé le besoin de créer un nouveau pictogramme pour sensibiliser les usager des Transports Publics de la Ville de Madrid, et plus spécialement pour inciter les males à rapprocher leurs rotules en position assise.

Le designer confronté à ce challenge a trouvé une solution pragmatique qui a le mérite de visualiser le fait qu’un siège est un siège et qu’il a été conçu pour accueillir 1 voyageur.

Mais c’est ici qu’on retrouve toute l’ambiguïté de l’utilisation des pictogrammes, dans les espaces publics comme sur les interfaces de vos nombreuses applications. Certaines fonctionnalités, informations ou interdictions sont plus simples à visualiser que d’autres. Viens s’ajouter le fait, notamment dans les transports publics, que la quantité d’interdictions augmente au fur et à mesure que nos habitudes changent:

  • Ne pas écouter de la musique trop fort dans son casque surtout si c’est du Rap français.
  • Ne pas manger surtout si c’est un hamburger aux oignons.
  • Ne pas fumer même pas expirer sa dernière bouffée en entrant dans le véhicule.
  • Ne pas poser ses pieds sur les sièges même si c’est les dernières Nike à la mode.
  • Ne pas manger un cornet glacé surtout pendant les heures de pointe.
  • Ne pas crier dans son Smartphone surtout si on aborde des sujets intimes.
  • Ne bloquer l’entrée des portes même si on a un look de bad-boy et une casquette de minet.
  • Ne pas oublier qu’on porte un sac à dos surtout si on bouge beaucoup.
  • Laisser sortir les gens avant d’entrer même si on a repéré la dernière place assise.
  • Ne pas porter des patins à roulettes surtout si on mange un hamburger aux oignons.

Bref, trop d’information tue l’information et certaines interdictions aboutissent à des pictogrammes hasardeux… dont l’efficacité me semble toute relative.

Les bonnes pratiques en matière de signalétique et de conception d’interfaces se rejoignent lorsqu’il s’agit d’évaluer la quantité d’informations à afficher. La surcharge informationnelle est partout. Il s’agit donc de trouver des solutions créatives qui peuvent attiser l’attention de nos audiences. Qu’ils s’agissent des usagers de transports publics et des utilisateurs de votre intranet, le rôle du designer sera toujours de faciliter la compréhension!

Si le « manspreading » vient maintenant s’ajouter aux interdictions en vigueur dans les transports publics, on peut facilement s’imaginer que la liste va encore s’allonger. Toutes ces interdictions sont finalement apparues suite à des comportements inadéquats répétés. Et si certains de ces comportements relèvent de la responsabilité de nos ancêtres, la majorité sont toutefois issus de nos modes de vie modernes. Pourquoi alors ne pas créer un seul picto universel qui inciterait à se comporter en être humain normal et à simplement ne pas devoir être subit?

Tiens, ça me rappelle une petite anecdote!

Lors d’un voyage à Phnom Penh j’ai visité la prison S21, un lieu de mémoire ou se sont fait torturés les soi-disant opposants au régime de Pol Pot. Un moment très éprouvant. J’ai toutefois été interpellé par un pictogramme qui recommandait aux visiteurs de ne pas rigoler… ce qui me paraissait pourtant évident.