Quand prendre un congé sabbatique pour voyager ?

Si vous avez cliqué sur ce lien, c’est que vous faites partie de ces gens qui parfois rêvent de tout plaquer, de quitter leur boulot, de voyager, de découvrir le monde, sans contrainte de temps, sans contraintes tout court. Mais vous ne l’avez pas fait et rien n’indique dans vos actions que vous allez un jour faire le saut. Parce que ce n’est pas facile. Parce que quand on est jeune, on n’a pas beaucoup d’argent, parce que quand on est vieux, on n’a plus le temps. Aujourd’hui, il est trop tôt, demain, il sera trop tard, c’est toujours pareil, toujours la même rengaine, la même excuse foireuse que l’on ressert sans conviction à celui que l’on adore prendre pour un con : soi-même. Mais quand notre moi intérieur en a marre d’être pris pour une brèle, c’est là que ça devient intéressant. A condition que cela arrive avant le cimetière.
Alors, quand partir ?
Pour le savoir, passons en revue les différents âges et périodes de nos vies, en pesant le pour et le contre.
Commençons par le début, le début de l’âge adulte dans notre monde actuel, cette période où beaucoup d’entre nous sont étudiants. A cet âge, on est jeune, on est en forme, on est curieux et on parle bien l’anglais (merci Ryan Air, Netflix et You tube. A mon époque, notre seule source d’apprentissage, c’était notre prof au collège, ce qui explique pourquoi on était (presque) tous nullissimes). Cette période de la vie semble la plus propice pour réaliser ses rêves de voyages et de tour du monde. Sauf que… sauf qu’à moins d’avoir des parents blindés ou de vendre du shit, on n’a pas un rond, excepté les quelques euros que daigne bien nous lâcher le fastfood ou le restaurateur qui nous enc… nous encourage à nous lancer dans la vie active en nous offrant de l’expérience, à nous les sans expérience professionnelle, les puceaux du curriculum vitae. D’autre part, on a ses examens à préparer, ses concours d’entrée dans les grandes écoles ou ses concours pour infiltrer la fonction publique. Du coup, ce n’est peut-être pas la meilleure idée de partir à cette période. Attendons un peu.
L’idéal, je dirai, se situe à la tranche d’âge suivante : celle où l’on est un jeune actif, entre 22 et 29 ans. On vient de décrocher son premier CDI (le Graal !), on a enfin un salaire correct et l’on est toujours en forme. Sauf que… sauf que l’on doit plutôt penser à sa carrière. Soyons séreux deux minutes : que penseraient nos parents, nos amis, notre employeur si l’on envisageait de partir faire un tour du monde alors que l’on vient de trouver un « vrai » boulot avec un « vrai » salaire ? Ils nous diraient que ça n’a aucun sens, que c’est stupide et immature. Et ils auraient raison !
Non, le mieux, c’est d’attendre d’avoir 30–35 ans, l’âge parfait pour se lancer dans l’aventure. A ce moment de notre vie, on a la maturité et le budget. L’impossible s’offre à nous !
Sauf que finalement… ne serait-il pas plus judicieux de garder cet argent pour acheter un appart ou une nouvelle bagnole ? Ou mieux, le mettre de côté en cas de coup dur. On ne sait jamais ! Oui, c’est plus sage. Un tour du monde, non mais pourquoi pas un aller simple sur Mars ? Soyons raisonnable, soyons réaliste. Et les gosses, hein ? Qu’est-ce qu’on en fait ? On les abandonne sur une aire d’autoroute ou on les confie à Mamie ? Et puis franchement, si on doit partir tous ensemble, on ne va pas s’en sortir. Oui, c’est vrai, on a tous vu sur Facebook ou à la télé des familles partir à la conquête du monde en catamaran ou en camping-car. Mais bon, vous imaginez un peu la logistique et le budget ? Non, laisse béton, plus tard, quand les gosses auront grandi et qu’on aura terminé de payer le crédit.
40 ou 50 ans, ce sera bien. On a le fric, les enfants sont plus grands et avec un peu de chance, on est divorcés. L’autonomie à tous les niveaux ! Sauf que quand on a la quarantaine, on est souvent empêtré dans sa petite routine. La sortie du vendredi soir, le match du samedi, la bière du jeudi, le footing du dimanche, la série du mercredi. Tout est bien huilé, hors de question de tout chambouler. Et puis on ne part pas à l’aventure à un âge pareil, c’est ridicule !
Conclusion, et elle était évidente depuis le début : j’attends la retraite. La retraite, c’est fait pour ça ! Promis-juré ! Dès que j’aurais assez cotisé, je me taille faire le tour du monde ! A 60 ou 65 ans, on est encore jeune et plein d’énergie, non ? Puis la retraite arrive et avec elle son lot d’injustices, de maladies et d’imprévus. Avec mon diabète, ma tension ou mon surpoids, je ne me sens pas de prendre l’avion et de me confronter à la foule et la chaleur de l’Asie ou de l’Amérique du Sud. New York ? Oui, mais je ne parle pas un mot d’anglais et il parait que c’est dangereux, non ? Le mieux est d’attendre encore un peu… Attendre que la mort nous sépare, me faire enterrer avec mes remords et mes regrets.
Quand j’y repense, ce qu’il me manquait ce n’était ni l’argent, ni le temps, ni le travail. Non, ce qu’il me manquait, c’était le courage. Malheureusement, il est trop tard.
