On a contrevisité la Semaine Digitale

Pas de quoi s’étrangler, mais les jeunes exposants de Coh@bit n’ont pas vu grand-monde en ce début de deuxième journée.

Mardi 5 avril 2016, 10h07, jour d’ouverture de la Semaine digitale 2016 à Bordeaux. Devant la porte d’entrée du Hangar 14, près du quai des Chartrons, il n’y a pas de file d’attente ce matin. Deux personnels d’accueil et un vigile sont là, pour ne fouiller les sacs de personne. La Semaine Digitale de Bordeaux commence aujourd’hui, mais n’attire visiblement pas les foules.

Le Hangar 14 se réveille doucement en ce début de matinée. À l’étage, les treize exposants commencent à déballer leurs produits pour les présenter ostensiblement aux visiteurs, sur leurs stands, répartis de part et d’autre de l’allée centrale. Entre les épais rideaux noirs entrouverts qui servent de cloison aux petites salles de conférence, on aperçoit des chaises inoccupées, des vestes abandonnées, des micros débranchés. Tout est en place. Il ne manque qu’une seule chose : les gens.

Les étudiants du Digital Campus, ainsi que quelques bloggeurs… Mais les petites salles de conférence restent vides

Entendez par là les badauds, les visiteurs. Parce qu’en coulisses, l’organisation semble être bien huilée. Dans la grande allée centrale, on croise plusieurs caméras, des appareils photos, des micros. Les journalistes ont répondu présent. C’est clair : on veut faire de cette première journée un événement. Un accueil spécial pour les blogueurs high-tech est même prévu en bas de l’escalator. On en croise, les mains prises par tout leur matériel et le cou paré d’un magnifique badge “visiteur”. A côté, des étudiants en polo noir traversent le grand hall, les bras chargés de gadgets électroniques. Ils sont partout. “Beaucoup. Oui, on est beaucoup”, soupire même l’un d’entre eux. Dans leur dos, on lit “WE ARE DC”, pour Digital Campus, réseau d’écoles du web et du multimédia.

La grande salle de conférence du fond de l’allée est comble. La première conférence, intitulée “Femmes et numérique”, n’a pas laissé une seule chaise vacante. Les caméras professionnelles, les communicants officiels, ou même les étudiants en communication… tous sont là pour assister à ce premier rendez-vous. À côté, les stands les plus proches peinent à trouver des intéressés. Muni d’un attirail intrigant, un homme discret attise davantage la curiosité des mordus de nouvelles technologies. Sa caméra légère et très sophistiquée lui donne des airs d’Inspecteur Gadget.

Voilà une découverte qui n’était pas prévue dans le programme initial rabâché par les experts en communication de l’événement, mais qui constitue une des attractions les plus marquantes de la matinée.

Entre miettes de pain et traces de doigts gras, difficile d’imaginer qu’un autre monde se cache sous le plateau.

Quand vient l’heure de déjeuner, “Max à Table”, le restaurateur présent dans le grand hall, parvient tout de même à recueillir une demi-douzaine de clients… grâce à un équipement quelque peu particulier : des tables connectées.

Mercredi 6 avril, Jour 2, 10h07

Les travées du Hangar 14 sont déjà plus garnies que la veille. Pour preuve, le vigile à l’entrée s’est équipé d’un compteur manuel, afin de fournir les chiffres d’affluence. Le Village numérique est organisé en plusieurs départements : Apprendre, Jouer, Bouger, Regarder, Bidouiller…

Deux stands de vélos prétendent chacun révolutionner la pratique de la bicyclette : l’un avec un gros bloc de bois qui sert de moteur électrique, vissé sur le cadre ; l’autre avec un système de cartographie propre intégré au guidon. À gauche, un surprenant stand CIC, costume de rigueur, présente sa superbe innovation : un distributeur avec paiement sans contact. “Euh, oui mais là, euh, le technicien qui doit installer le bloc de paiement sans contact n’est pas encore passé”. Ah d’accord, on repassera.

Robots, vélos… et promo

Au fond de la pièce, “l’appartement connecté”. Les visiteurs sont accueillis par un mielleux “Bonjour, bienvenue chez Orange !”. L’entreprise de téléphonie française a installé un grand portique pour y distribuer sa soupe : “Allez-y, avancez, entrez dans mon salon ! Je vais vous faire participer à un quiz. Alors, à votre avis, la fibre Orange permet-elle une connexion jusqu’à 10, 20 ou 30 fois supérieure à l’ADSL ? 30 ? Bravo ! Alors, pour 10 € par mois, vous bénéficiez de bla… blabla… blablabla”.

Entre la chambre d’ado, la salle à manger et la cuisine, c’est la même rengaine : des employés d’Orange tentent d’appâter les clients avec leurs offres promotionnelles. “L’appartement connecté” ne tient pas ses promesses. On s’imaginait l’habitation de demain, avec des objets connectés tous plus novateurs les uns que les autres. On ne trouve finalement que des télés et des ordinateurs tout ce qu’il y a de plus banal.

Au département “Jouer”, le rétro-gaming cotôie les consoles de dernière génération.

Toutes les festivités de la Semaine digitale ne se déroulent pas au Hangar 14. Un “jeu urbain” a par exemple été installé dans la ville pour une durée de six semaines. Tout droit venu de Bristol, Hello Lamp Post consiste à échanger des SMS avec le mobilier urbain. Bizarre et intrigant.

Le dernier endroit où la semaine digitale a élu domicile, c’est le musée Cap Sciences, avec deux expositions aux noms obscurs : ADM VIII et ADM X. Obscures, les installations le sont tout autant : une salle noire, où des chaises inoccupées sont alignées devant un écran noir, avec seulement quelques inscriptions blanches. Une voix off expose des algorithmes, rendant la chose encore plus abstraite.

1 seul visiteur est allé au musée Cap Sciences pour l’exposition organisée dans le cadre de la SDBX16, le mercredi 6 avril.

Un seul vaillant visiteur s’est aventuré jusque dans cette salle perdue des extrémités du bâtiment. Il sera d’ailleurs l’unique visiteur de la journée. “Ah oui mais hier, il y avait 130 personnes à la conférence du soir, en plus des 7 visiteurs dans la journée”, s’empresse-t-on d’ajouter à l’accueil.

Un franc succès.

Clara Delente, Antoine Le Goff, Patxi Vrignon-Etxezaharreta

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