Une explication de mon vote

Dimanche 23 avril, j’ai voté pour Macron, par conviction.

Au lendemain de la présidentielle, les réactions affluent sur le résultat, sur les réseaux sociaux, les espaces commentaires de nos magasines de presse, … Les voix les plus fortes expriment énormément de déception. Je le conçois. les campagnes ont été longues et difficiles, et 4 candidats avaient de fortes chances de passer à ce second tour. Ce que j’ai un peu plus de mal à accepter, c’est le flot de haine envers Macron et ses électeurs. Les qualificatifs sont nombreux. Pour certains nous sommes des victimes d’un marketing ou d’une mode créée par les médias, et ne sommes pas capables de remettre en cause le système en place. Pour d’autres, nous sommes les relais d’une classe dominante protégeant ses privilèges. Pour d’autres encore, nous semblons être les membres d’une sorte de secte, vénérant un personnage politique artificiellement créé. Dans tous les cas, nous n’avons aucune profondeur de réflexion politique, ou aucune volonté de bien commun. Je trouve cela un peu dur à entendre.

Les coulisses d’un choix

Lorsque je fais un choix politique, je ne le fais pas en pensant à ma situation personnelle mais dans un objectif assez abstrait d’améliorer la situation de l’humain à la fois au niveau français et mondial. J’ai découvert en pleine écriture de cet article la notion de bien commun décrite par Jean Tirole et cela correspond pas mal à l’idée que je m’en fais.

J’aimerai bien faire un choix purement scientifique. Malheureusement, lorsque je fais un choix politique, j’ai conscience que je ne pourrai en aucun cas démontrer de manière formelle que ce choix est le bon. Il sera basé sur un ensemble de subjectivités et de ressentis. Je pense que personne ne détient de vérité absolue sur ce qui est bon pour notre société. Ceci étant dit, j’ai quand même essayé de rendre mon choix le plus objectif possible. J’ai passé un temps assez considérable à essayer de lire des articles de différentes sensibilités et à comprendre et écouter tous les candidats.

Ma grille d’évaluation est la suivante. Un candidat pour moi peut-être évalué sur 3 critères généraux. Le premier est le constat qu’il fait de la situation française actuelle. Quels problèmes a-t-il constatés, quelles sont les forces observées du pays, quelles opportunités avons-nous ? Ensuite, le programme représente les solutions à ces problèmes en s’appuyant sur les forces du pays et en saisissant les opportunités. Enfin, je prends la mesure du candidat : qui est ce personnage qui se présente à nous ? Ces trois choses me donnent une idée de ce qu’il fera une fois en place mais également de comment il réagira aux différents imprévus (ce qui est important).

Un constat moderne

Une grosse partie du constat est disponible dans son livre, Révolution. Le reste est disséminé dans ses interviews et son programme (qui contient pas mal de chiffres intéressants).

Ce constat contient les grands tubes que sont l’urgence environnementale, le chômage, les oubliés de la mondialisation et le terrorisme. De manière plus intéressante il contient des thèmes un peu plus réservés à la droite ou à la gauche. La droite avec la lourdeur de l’appareil étatique ou encore la difficulté d’entreprendre. La gauche avec par exemple les inégalités territoriales ou le fait que certains status manquent de protection sociale.

Mais ce que je trouve plus intéressant encore est l’arrivée sur la table de constats plus originaux. Le premier est l’accélération du cycle création/suppression d’emploi à cause du combo numérisation + intelligence artificielle dans nos sociétés. Je trouve qu’il est le plus précis et le plus complet sur cet aspect là.

Le deuxième est le danger que représente la bipolarisation du débat politique entre deux gros partis de droite et de gauche. Par exemple, on ne pouvait pas être de droite économiquement et ne pas être conservateur d’un point de vue sociétal. L’opposition permanente d’un groupe politique à l’autre a fait, je pense, beaucoup de mal à notre démocratie. Par l’opposition systématiques aux lois de l’autres camps à l’assemblée, et par la communication permanente sous le signe de “tout ce que fait l’autre c’est pas bien”. Je trouve cela au mieux simpliste. Je ne pense pas que cette offre politique contribue à représenter la grande diversité des opinions présentes en France.

Un programme mesuré

Une première chose à noter est que le programme a été fait dans une démarche participative. Une “grande marche” a eu lieu, destinée à recueillir les avis de français par du porte à porte. L’objectif était de comprendre les dysfonctionnements de notre système actuel tels que perçus par nos concitoyens, de la manière la plus exhaustive possible. Des comités ont ensuite été organisé afin de compléter ces constats et de débattre de solutions. Ce travail a ensuite été remonté puis résumé. Il a permis la création d’un tout assez complet, contenant des mesures sur des thèmes qui me sont chères comme l’environnement, la rénovation de la vie politique, la pauvreté, la santé, l’éducation, …

Mais plutôt que d’analyser chacun de ces points un à un, je vais plutôt essayer de présenter pourquoi il m’a plu dans sa globalité. J’ai l’impression que les débats politiques ont tendance à être résumé de manière binaire. On a les libéraux vs les anti-libéraux, les mondialistes vs les protecteurs, les anti-immigration vs pro-immigration, … On met ensuite les candidats dans ces petites cases avec tous le panel de positions qui va avec. Pourquoi rentrer dans les détails quand on peut résumer si simplement.

Sur l’ensemble des oppositions, Macron va se montrer plus mesuré. L’idée (pas toujours vraie) étant que le plus efficace pour notre société se trouve un peu au milieu. Sur la question du libéralisme, Macron semble en effet croire aux effets positifs de la mise en concurrence tels que la baisse des prix ou la montée en gamme et souhaite en faire bénéficier nos concitoyens. Par ailleurs, il souhaite réguler un peu plus certains marchés, comme lorsqu’il souhaite forcer les mutuelles à se positionner sur des offres comparables. L’objectif est de trouver un juste milieu, ou de s’en rapprocher.

Macron propose un certain nombre de mesures que je qualifierais d’originales. Sur le marché du travail et au niveau de l’entreprise, l’idée est de libérer les initiatives. Un certain nombre de mesures est là pour protéger les entrepreneurs (chômage pour tous les status, suppression du RSI, …). D’autre facilitent le développement de l’entreprise avec des baisses de charges, et des mesures facilitant l’investissement privé. Je pense que les bonnes idées doivent venir des citoyens, et non forcément de l’état ou des grandes entreprises en place. De plus, je connais peu d’entrepreneurs ne s’accomplissant pas dans leur boulot. Donc je pense que c’est aller dans la bonne direction, que de faciliter la mise en place de ces idées et de protéger ceux qui la font.

Le dernier point qui m’a plu est l’ouverture qui s’ensuivrait pour notre pays, en particulier à travers l’Europe. Beaucoup de thèmes débattus dans cette élection sont mondiaux, et ne se résoudront pas à l’échelle de la France seulement. Par exemple, je trouve très bien que la France fasse énormément d’efforts sur les gaz à effet de serre, mais à quoi bon, si les pays autour de nous ne le font pas aussi. Je préfère que nos efforts portent sur la baisse de 10 % des émissions à l’échelle mondiale que de 50 % à l’échelle de la France. Donnons l’exemple, mais travaillons aussi à être suivi. De même il sera bien plus facile de maîtriser le développement des poids lourds du numérique en tant qu’Europe par le poids du marché et notre capacité à présenter des alternatives viables.

Certaines des choses présentées ne me conviennent pas. Quel est l’intérêt de faire un service militaire plutôt que civique ? Pourquoi parler aussi peu de la situation des hôpitaux dans le constat ? Et pourquoi ne pas accélérer la démarche des open data dans les mesures démocratiques ? Mais je ne suis pas obligé d’être non plus d’accord avec tout pour voter ou même militer pour ses idées.

Le personnage

Pour commencer, à travers cette page, vous pourrez trouver toutes les réponses au fameux triptyque “candidat de la finance”, “soutiens gênants”, “candidat du système”. Bien sûr si il “nous la met” comme on peut lire ça et là sur les réseaux sociaux, je serai l’un de ceux qui se sentiraient floués. Mais je trouve justement qu’il a affirmé une forme d’indépendance au système actuel en créant son mouvement et en soutenant une démarche moderne.

Ceci étant dit, passons à ce qui m’a plu dans le personnage, partie la plus subjective, et celle sur laquelle j’ai le plus de chance de me tromper. Je vais commencer par les arguments les plus foireux mais qui comptent pour moi. Il est jeune. Je trouve ça intéressant pour deux choses, il représente une part de la population assez peu représentée dans notre monde politique, et il est énergique et plus tourné vers le futur que ses collègues. Ensuite, il parle anglais. Je trouve qu’apprendre à maîtriser une autre langue est une ouverture vers le reste du monde, sans compter l’intérêt certain qu’aura le fait de discuter sans interprète avec d’autres chefs d’état.

Enfin, dans sa manière de présenter les idées, je lui trouve trois qualités. Premièrement une clarté et une transparence. Il a pu lors de cette émission mediapart, revenir sur des décisions prises au sein du gouvernement. Il l’a fait sans evasion, de manière directe. Deux, Il a une volonté de présenter les choses dans leur complexité. C’est quelque chose qu’il a répété à plusieurs reprises et qu’il a appliqué, sur par exemple les sujets de la colonisation française, ou du mariage pour tous. C’est souvent interprété comme de l’opportunisme, personnellement, je ne trouve pas qu’il se contredise si souvent que ça. Trois, il fait preuve de respect, à la fois envers ses interlocuteurs et ses concurrents. Il prend toujours le temps d’expliquer son point de vue, et se montre rarement agressif quand mis en face d’opinions différentes. Il ne refuse que très peu de questions, et quand il le fait, elles concernent principalement la sphère privée.

Voici les raisons de mon vote, j’espère qu’elles vous amèneront à mieux juger de mes motivations et de la construction de mon raisonnement politique. Comme dit précédemment, je ne pense détenir aucune vérité et je vous invite donc à réagir dans les commentaires ou par message privé (facebook ou twitter). J’aime les débats d’idée.