Les aventures d’un Geek au village. Ep01

Au réveil, on a tiré des racines de manioc.
Vers dix heures, nous étions sur le prunier.
A midi, nous sommes au bord du feu.
On savoure en famille…

Pour quelqu’un qui a perdu l’habitude de se lever tôt le matin, un séjour au village peut être une expérience plutôt pénible…surtout les premiers jours.

Habitué à faire du 22h–6h assis devant un laptop et à dormir alors que les autres se réveillent, il faut très souvent revoir son emploi du temps et avoir des discussions sérieuses avec son horloge biologique afin qu’elle prenne le rythme donné par les chants du coq le matin et le sifflement des grillons le soir.

Le sommeil / réveil

Je somnole à 22h… J’ai du mal à y croire. #AhLeVillage !

Au village, on se lève tôt…sauf quand on est privilégié ^_^ mais à force de voir les autres se lever super tôt, on a de moins en moins envie de rester allongé à savourer le matelas à plumes posé sur un lit à ressort (oui, ça existe encore dans certaines demeures), vautré sur un drap aux couleurs légèrement défraîchies et emmitouflé dans une couverture au parfum évoquant des souvenirs d’une autre époque.

Quand tu te couches à 21h30 comme ça, c’est pour te lever à quelle heure ?
6 heures
6 heures ?
Oui.
Ah ah ! Pourquoi si tôt ? Tu es en vancances !

Geek que je suis, à mon réveil (à mon heure) au village, j’élève quand même la voix pour chanter de vieux cantiques que ma mère accompagnera volontiers avec sa voix d’alto et son oreille expérimentée, rodée par ces mêmes chants qui avaient le don d’égayer la cour de son enfance alors qu’elle, sa mère (ma grand-mère évidemment), ses soeurs et cousines se retrouvaient à faire ce qu’on appellerait aujourd’hui des “Flash mob” ou “Jam Session”, au plus grand plaisir de ceux des hommes qui ne mêlaient pas leurs voix aux harmonies toujours justes qui “ambiançaient” le lieu.

Hey ! Là tu as faussé…

Je m’y attends toujours venant d’elle ^_^

La cour

Après avoir levé la tête et commencé à chanter, je la baisse et je regarde le sol sabloneux. Alors, l’émerveillement commence. Le sol a été balayé quelques heures au par avant, et on dirait que l’auteur de ce travail, tel un artisan chevronné, un artiste convaincu et confirmé, a pris soin de dessiner des courbes de formes quasi identiques, s’emboîtant à la perfection et laissant sur le sable un schéma à la fois simple et complexe, d’une beauté déroutante, avec pour seul outil, son balai de paille.

Et j’observai cette belle oeuvre tous les matins dès mon réveil (oeuvre que l’appareil photo de mon téléphone dit smart s’est bien révélé incapable d’immortaliser, tant sa résolution est effroyablement basse…au moins il a pu capturer l’image des prunes et du manioc…au moins ça.)

La verandah

En avançant sur la mini verandah (oui ça s’écrit aussi comme ça) sur laquelle débouche la porte de la chambre des garçons (au village, la chambre des garçons est toujours à l’extérieur de la demeure,et généralement à l’avant, car, d’après ce qu’on m’a dit, quand leurs hormones prennent le contrôle de leur cerveaux, ils ne doivent pas ramener de fille “dans la maison” si ce n’est celle qu’ils doivent épouser. C’est ce qu’on m’a dit. Bon, il paraît que c’est aussi pour une réaction rapide en cas de problème de sécurité.)je trouve une belle petite faune au sol et contre le mur.

Ce sont principalement des papillons qui se sont rapprochés de la lumière au soir de la veille, et qui ont passé la nuit sur place. Certains y ont terminé leur courte vie (en se faisant notamment haper par les geko et autres lézards, sans oublier les araignées), et d’autres tiennent encore. Ils sont d’une variété extraordinaire. Les couleurs, les formes, les tailles…je suis juste émerveillé.

Je crois avoir vu, en trois jours passés au vert, plus d’espèces différentes de papillons qu’en toute une vie.

La famille

A distance moyenne je peux entendre les rires s’élever de la cuisine principalement constituée de toles et de quelques poutres, à l’arrière de la concession. C’est ma tante. Nouvellement veuve, elle est entourée de ses cousines et de mes cousines (ses soeurs et mes soeurs). Elles papotent joyeusement en langue Abo, et avancent tout doucement sur la voie de la rémission.

C’est quelque chose d’unique que de voir cette femme rire, puis sourire en me voyant approcher et me dire d’une voix pausée : “o bOs latchè” (traduction contextuelle :bien réveillé / dormi ?”) et la première des choses à laquelle elle pense c’est me faire préparer un petit déjeuner à assomer un éléphanteau (au village, on mange parfois beaucoup…vraiment.).

Au village, nous sommes tous frères

Oui; et nous sommes toujours nombreux dans une même maison. Donc, pas moyen d’y emmener son ordinateur pour travailler, même si on peu toujours se connecter à partir de son smartphone (tiens ! Il peut être utile celui-là.)

Enfin,

Au village, on se lave à la rivière du coin

(Pas toujours. On a aussi l’eau potable pardi !) et dans ces rivières, de petits poissons font le travail de QHSE, (entends Qualité, Hygiène et Salubrité Environnementale) en se jettant frénétiquement sur les “paquets” laissés en toute (in)discrétion en aval du cours d’eau.

Un geek au village ça reste un geek, même s’il est au village.