Vraie régression ou fausse déchéance ?

J’ai toujours pensé que la situation actuelle était marquée par une vraie régression, que ce soit au niveau des libertés, des sécurités, du travail, de la confiance, du niveau culturel, du droit des salariés, consomateurs ou même citoyens, un vrai toboggan, et finalement, dans notre pays un peu usé, la concentration du capital et la concurrence mondialisée avaient eu finalement la peau des trente glorieuses et du mythe du bonheur pas cher, pour tous et pour toujours

Pour moi, l’image de référence caractéristique de l’époque est alors le fameux moonwalk de Michael Jackson, qui donne l’illusion d’avancer alors qu’il recule dans une mise en scène géniale à base de faux semblants, et concrétise les malentendus, simulacres, méprises, équivoques, quiproquos, incohérances, mystifications et autres impostures du moment. (C’est incroyable le nombre de mots qui existent pour décrire l’état de crédulité incertaine vis à vis des déclarations de nos concitoyens. Et encore, j’ai allégé.)

Mais durant ces vacances de fin d’année, il s’est passé quelque chose. La régression était trop simple, trop descriptive, trop banale. On a changé de registre. On est passé à la déchéance. Plus lourd. La perte des droits et de statut définitive, une forme de banissement du clan, de la tribu. Tu seras seul dans la forêt froide et lointaine avec les loups et les hyènes. Ca t’apprendra. A jamais. Une forme d’anathème ou d’excomunication. Vas t-en. Fini la retraite, la sécu, les congés payés ou les coups au bistrot avec les potes. Casse toi, dégages, tu pues, on veut plus te voir. Un grand moment d’exclusion ! L’inverse du lien social, de la solidarité, de l’entre soi, du partage, de la chaleur humaine… Je vous passe le bla bla du Front National et l’incertitude d’une droite dans l’entre deux.

Mais ce qu’il se joue là madame, monsieur, ce n’est pas du tout, du tout, mais alors vraiment pas, le rôle ou la punition des terroristes binationaux, dont on sait bien que la mesure en question ne changera pour rien leur comportement, fous qu’ils sont d’un délire pseudo religieux, mais surtout morbide et paranoïaque. Je vous le dis bien net, on ne soigne pas les paranos avec la peur de les mettre au ban de la société. C’est justement ça qu’ils recherchent et qu’ils aiment pour alimenter leur haine destructrice et meurtrière. Celà ne pourrait que renforcer leur conviction macabre. Demande à un psy si tu me crois pas.

Ce qui se joue là, c’est la peur profonde du citoyen sur lui même, celle d’être touché par un processus de régression sociale, de son déclassement propre, de l’angoisse de ne pas avoir de travail, pas de retraite, pas de pétrole, pas de sécurité, et aussi de la pollution qui s’étend, de la dégradation de la qualité alimentaire, que ses enfants aient une situation inférieure à la sienne, de la panne de l’ascenceur social, de l’exclusion de territoires, de la régression jte dis, statutaire et définitive, légalement et juridiquement. C’est pourtant clair. Et cette validation officielle de la déchéance de ses propres droits et statuts, le citoyen la craint avec une douleur sourde, comme de la perte de sa famille ou de ses proches. C’est de lui même qu’il parle le petit bonhomme. De lui et de rien d’autre.

Et donc ?

Et donc, rien de mieux que l’autre, le lointain, l’étranger, le diabolique, le criminel, l’excommunié, le binational, cet ennemi de l’intérieur, pour porter la marque de l’infamie afin de rejeter le plus loin possible le risque, conjurer le sort, piquer les aiguilles dans la poupée de chiffon, et nommer ainsi le fameux “bouc émissaire” qui portera la charge symbolique de la déchéance et de la perte, loin, très loin, hors de soi même, hors du territoire, hors de la nation.

Et la grande combine du chti pépère dans cette affaire, ce n’est pas tant de récupérer les voix, de trianguler la droite ou pousser la blondasse en corner, mais bien de permettre au tout un chacun, au citoyen, au fameux 90% de la population de rejeter hors de soi, loin, très loin, le risque, la honte, la peur, et retrouver un peu de pacification et le sens de la confiance. Et ça, quelque que soit l’appréciation que l’on puisse porter sur l’analyse juridique des droits de la personne. C’est du grand art ! Quasiment magique.

Mais comme dirait Lacan, le trou dans l’autre on en fait quoi ?

La dessus, je vous souhaite de très bonnes fêtes, et aussi, en prenant quelques risques à l’avance, une très bonne nouvelle année pleine de joie, de bonheur, de plaisir et d’OpenLove !!!

A tchao, à pluche. Faites pas d’abus.

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