Designed anywhere, made in your hometown

En temps qu’entrepreneur, la question m’est souvent posée : “d’accord, mais quel est le problème que vous résolvez ?” Il m’est impossible de satisfaire mon interlocuteur avec un slogan sexy : la réalité ne tient pas sur une pancarte.

C’est toute la société qui a un problème. On délocalise les manufactures dans des pays à bas coût et on perd nos emplois. Dans le meilleur des cas, on est remplacés par des machines. Pour ne pas se périmer, les artisans devraient presque apprendre à coder.

On est en train de passer de l’ère de la manufacture à l’ère de la conception informatique.

On fait faire des millions de kilomètres à des marchandises aseptisées dont on n’a pas vraiment besoin et concevons des produits génériques qui ne sont pas adaptés aux personnes, mais aux business models. Pour innover, les sociétés investissent des sommes colossales dans la réinvention de produits, déjà partiellement conçus ailleurs, mais inaccessibles à cause des brevets.

Des centaines de milliers de passionnés, emprisonnés dans ce modèle, 
ne peuvent pas investir leur temps pour créer des produits qui leur conviennent vraiment et qui profiteraient à toute l’économie. Le pire, c’est que nous sommes ceux qui votons pour ce monde par carte bancaire.

VISA ou MasterCard ? La mascarade du choix nous pousse à consommer toujours plus pour combler le vide de sens de cette société.

La société occidentale s’est réduite à l’organisation de la consommation de produits insipides. La production est la clef de voûte de la consommation, son impact sur les sociétés est capital. En replaçant les cultures locales au centre de la production, il est possible de recentrer la société sur des produits faits par des humains, pour des humains.

C’est pourquoi depuis plus d’un an, je développe MakerNet, un écosystème qui repense les fondements de la production.

En 2015, à la Maker Faire de Shenzhen, j’ai rencontré Tomás Diez, entrepreneur urbaniste. Créateur de FabCity, il propose un modèle économique à toutes les métropoles pour devenir industriellement autonomes d’ici 40 ans. Au cours de nos échanges, il s’est établi que nous avons deux approches complémentaires d’une vision commune : FabCity est le projet global et politique, MakerNet est le moyen d’y parvenir.

Nous avons donc décidé de travailler main dans la main.

MakerNet est une plateforme fournissant les plans de conception de produits que nos utilisateurs peuvent faire fabriquer dans des micro-usines locales. Ces plans sont publics (open hardware) et chacun peut ainsi créer une nouvelle version à partir d’un plan pré-existant. De cette manière, les contributeurs successifs d’un plan sont tous rémunérés lors de sa fabrication.

Production assistée par blockchain

Sous le capot, le moteur de MakerNet est une blockchain, similaire à celle de Bitcoin. Une blockchain est une base de données publique et distribuée stockant des documents et des transactions. Ses transactions financières sont instantanées et peu chères — moins d’un centime. Ses documents permettent de garder une preuve inviolable de la propriété intellectuelle.

Cela permet la rémunération systématique des designers, sans dépendre d’autorités locales ou d’intermédiaires.

Paris, Shenzhen et Barcelone sont parmi les 12 métropoles qui ont déjà rejoint notre écosystème. Nous les connectons à l’échelle globale et soutenons la fabrication locale dans les FabLabs, lieux de production et d’innovation.

Mi-juin, je suis parti rejoindre Tomás dans ses locaux à Barcelone pour définir notre plan d’action. J’ai lancé une campagne Kickstarter afin de financer le lancement de MakerNet, de détailler son fonctionnement et de commencer à construire la communauté.

Around the world

Convié par José García Huidobro, FabManager du FabLab de Buenos Aires, je me suis rendu fin juin à la première Maker Faire d’Argentine. Deux semaines sur place ont confirmé mon intuition : MakerNet n’est pas cantonné à des pays européens équipés de FabLabs. Les fabriques des pays en voie de développement, regorgeant de compétences inexploitées, ne demandent qu’à développer une économie pair-à-pair auto-suffisante. Leur gouvernement est dans une impasse et tente tant bien que mal de redresser l’économie.

Il n’est pas anodin que le peuple argentin soit l’une des plus grandes communautés Bitcoin au monde.

Mi-juillet, j’ai traversé la Cordillère des Andes pour me rendre à Exosphere Academy, au Chili. Ce campus d’un mois axé sur l’entrepreneuriat est le seul qui propose un cours sur Ethereum, la blockchain que j’utilise au sein de MakerNet. Devenu spécialiste du sujet, je peux transmettre mes connaissances aux participants et me concentrer sur la conception de mon prototype.

Dans deux semaines, je me rendrai à FAB12 Shenzhen, le douzième sommet mondial des FabLabs. J’y présenterai MakerNet devant 600 acteurs internationaux du Mouvement Maker, accompagné de mon partenaire Tomás Diez, coorganisateur de l’évènement. Si la campagne trouve suffisamment de contributeurs, notre démonstration en temps réel de fabrication distribuée pourra être retransmise en direct à travers le Kickstarter.

Visitez la page de notre campagne pour en savoir plus sur MakerNet. Aidez nous à construire le futur de la production : faites un don, passez le mot et prenez-part au changement.
Historique des conférences annuelles des FabLabs
FAB1  2005 Boston
FAB2 2006 Lyngen
FAB3 2007 Pretoria
FAB4 2008 Chicago
FAB5 2009 Pune
FAB6 2010 Amsterdam
FAB7 2011 Lima
FAB8 2012 Wellington
FAB9 2013 Yokohama
FAB10 2014 Barcelona
FAB11 2015 Boston
FAB12 2016 Shenzhen
FAB13 2017 Santiago de Chile
FAB14 2018 Paris ?