
Esthétique de l’apparition
No(where) Now(here) est une œuvre de l’artiste canadienne Ying Gao. Elle habille des corps immobiles avec des tissus photoluminescents qui s’animent au contact de nos regards.
À partir des travaux de Paul Virilio («Esthétique de la Disparition»), elle veut montrer que le flux de données de nos univers numériques alimente un vide, celui des paradis perdus. Si la vitesse est la lumière, comme l’écrit Paul Virilio, alors la disparition est l’horizon ultime de nos sociétés technologiques. «Nulle part (No-where)» c’est à dire «ici et maintenant (Now-here)»…
Les deux corps figés que montrent cette vidéo sont en effet comme des spectres que seul le bruissement de la lumière rend vivant. Une lumière activée par oculométrie : plus ces corps sont regardés, plus ils scintillent dans un lent frémissement de lumières fugitives qui disparaissent et qui forment, comme par accident, des images subliminales de notre inconscient.
De Baudrillard à Virilio, cette société de la vitesse, du virtuel et de l’accident industriel est en effet fondamentalement une fabrique anxiogène de simulacres et d’avatars qui précèdent l’apocalypse…
Mais dans un monde entrain de disparaître, nos philosophes ne voient pas venir le contemporain.
Car cette œuvre de Ying Gao dit aussi exactement le contraire de la disparition.
Si elle s’anime, c’est parce qu’on la regarde. Le virtuel n’est donc pas le contraire du réel. Il permet de donner vie par la grâce d’une apparition collective. Plus vous regardez cette œuvre, plus vous contribuez à la rendre vivante…
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