Apprendre à lire : un enjeu politique

Pierre G. Chenu
Aug 11, 2018 · 3 min read

Vous rappelez-vous de la classe de CP ? Cette classe qui vous a sans doute marqué par le fait qu’au bout de l’année, vous saviez lire et vous commenciez à écrire. Mais figurez-vous que ce n’est pas le cas pour tout le monde. Il y a déjà beaucoup d’inégalités : nombre d’enfants sortant du CP ne savent pourtant pas lire, ce qui constitue une vraie hantise pour les parents.


La méthode globale fonctionne en apprenant des mots par cœur afin que l’enfant soit capable de les dire lorsqu’il les voit : c’est une méthode de reconnaissance. Tandis que la méthode syllabique est calquée sur le déchiffrage des syllabes : il s’agit analyser les sons par syllabes pour produire un mot. Par exemple, on apprend à l’élève que la lettre P fait le son [p] et que le A fait le son [a] afin de lire dans P.A.P.A. le mot papa.


Chaque méthode a ses avantages et ses inconvénients. Sachant que tous les élèves sont différents, certains auront plus de facilités avec l’une qu’avec l’autre. On remarque en définitive que les élèves en manque de vocabulaire auront plus de facilités avec la méthode globale et les élèves avec un vocabulaire plus développé apprendront plus facilement avec la méthode syllabique qui couvrira mieux leurs besoins au regard de l’étendue de leur vocabulaire. Par expérience, j’ai remarqué que les élèves ayant appris avec la méthode globale avaient une lecture plus fluide mais buttaient sur les mots inconnus tandis que les élèves ayant appris avec la méthode syllabique avaient une lecture plus saccadée mais stable.

Lorsque l’on parle d’inégalités de vocabulaire, on relève un problème généralement social. Et oui, ce n’est pas une surprise, des enfants élevés dans un milieu social élevé auront généralement un vocabulaire plus développé que des enfants élevés dans un milieu social modeste . (Je parle bien d’une généralité et je n’exclus pas les cas à part). Il est par conséquent un enjeu vital d’alphabétiser toute la population française quelles que soient les classes sociales. Il ne faut donc pas négliger également que généralement, les classes privilégiées pallient au problème en prenant eux-même en charge l’apprentissage de la lecture de leurs enfants ce qui finit par creuser ou du moins entretenir les écarts sociaux.

Il faut quand même savoir que dans l’histoire la gauche a préféré la méthode globale alors que la méthode syllabique a été préférée par la droite. Il est vrai que la méthode syllabique a toujours été considérée comme bourgeoise. A l’heure où le gouvernement en place n’est ni de gauche ni de droite, il est temps d’agir.

Les deux méthodes ayant toutes les deux échoué, il est temps de réformer d’autant que l’on sait qu’il est existe d’autres méthodes type Jean qui-rit ou une approche Montessorienne.


Il n’est plus temps de dire quelle méthode est la meilleure mais il est temps que les enseignants s’adaptent aux élèves. C’est d'ailleurs ce qu’a enclenché notre Ministre de l’Education nationale (Jean-Michel Blanquer) en laissant le choix de la méthode de lecture à l’enseignant. Alors, pourquoi ne pas continuer dans cette ligne et proposer aux enseignants de faire de la pédagogie différenciée afin que tout élève sortant de CP sache lire. Ce qui est tout à fait possible avec le dédoublement des classes de CP.


L’Education nationale est une instance dure à réformer mais nous comptons sur notre Ministre qui, comme on dit, a les reins solides et pourra imposer les bons choix. La France est traversée par un élan réformiste. Pourquoi pas l’Education nationale ?

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