Huit réponses à huit questions sur le numérique

Y a-t-il de la lumière au bout du tunnel?

Yves Williams, Clément Laberge et Martine Rioux ont parti le bal en posant des questions pertinentes sur le numérique aux partis politiques. Quelques-uns se sont risqué à y répondre, certains candidats l’ont fait (aux dernières nouvelles, comme le souligne Clément Laberge à la fin de ce billet…) et d’autres se font encore attendre.

Interpellé par Yves sur Facebook, j’ai pris le clavier pour y répondre. Sans plus de présentation, voici donc ce que j’en pense.

A- INNOVATION

On revient souvent à discuter de cas comme Uber, AirBnb, ou quoi encore. Je me demande à quel point on peut qualifier ces plateformes d’innovation. Les questions qui se posent sont beaucoup plus au niveau de notre encadrement légal qui est une conséquence de nos choix de société.

Dans le cas d’Uber, c’est plus l’encadrement ou la dynamique de l’industrie du taxi qui est remise en question. Cette remise en question est peut-être amenée sur la table par la technologie, une app mobile.

La question est de savoir si on doit autoriser quelque chose simplement parce que la technologie le permet et qu’une « génération » (ou un sous-ensemble de la société, ce n’est pas vraiment une question d’âge) en est friande si ce quelque chose transgresse ouvertement nos lois et nos règlements.

Sommes-nous d’accord ou non de revisiter nos lois, nos principes et nos règles de vie en société, tout ça parce qu’une app est disponible.

Il faut faire des choix qui sont en accord avec nos valeurs. Si nos valeurs sont totalement envers le libre marché, alors enlevons toutes règles et laissons libre cours à la concurrence sauvage dans tous les domaines que nous le désirons.

Or, dans la société québécoise, j’ai l’impression que nous avons une petite réserve à cet égard et que nous sommes à peu près d’accord sur un certain contrôle ou le respect de certaines règles.

Ceci s’applique, par exemple, à la possibilité de faire appel à un service de transport en toute sécurité, tant au niveau du véhicule lui-même que de la confiance envers le prestataire de service. Tout en sachant que le prestataire de service peut honnêtement gagner sa vie pour assurer sa subsistance. Ça aussi c’est une question à débattre.

Si on confie à l’État ou à ses mandataires la responsabilité de nous donner ces assurances, cela va nécessairement se traduire par un encadrement, des règlements, des tarifs, etc. Je ne crois pas tellement à l’autoréglementation des industries. Les intérêts des parties prenantes sont trop divergents.

Est-ce nous sommes toujours en accord avec le cadre ou les règlements qui sont en vigueur? Peut-être que oui, peut-être que non. C’est plutôt dans ce sens-là qu’il faut amener la discussion. La discussion n’est pas si technologique que ça.

Il faut avoir le courage d’en discuter et de prendre les décisions qui s’imposent dans les circonstances. Il faudra aussi remonter à la source et peut-être se rappeler quel est le contexte qui nous a amenés à l’origine à prendre des décisions qui ont débouché sur des règles, des lois, des règlements qui encadrent certaines industries.

La logique du modèle d’affaires économique ne doit pas prévaloir juste parce que celui-ci existe, rendu possible par les technologies. Et l’attrait de payer le moins possible pour un service n’est pas la seule considération qu’on doit avoir. Si égoïstement, le fait de payer moins cher nous donne l’impression de gagner quelque chose, est-ce qu’on ne fragilise pas la situation d’un autre être humain quelque part? On devrait peut-être se poser la question de qui profite vraiment de cette économie? Qui en souffre?

AirBnB, c’est encore dans les manières de contourner des lois et des règlements que ça fait mal. Ce n’est plus vous ou moi qui rendons une chambre disponible à l’occasion, c’est une industrie touristique parallèle. Ce n’est pas un problème technologique, c’est un problème de planification et de gestion urbaine. On sent des effets négatifs à Lisbonne, Barcelone et certainement ailleurs. Ce n’est pas uniquement uniquement lié à l’effet AirBnB, mais ça y participe.

Ceci dit, en pleine campagne électorale, on se rend bien compte que ce ne sont pas les réflexions globales sur des principes et des contrats sociaux qui prennent toute la place. Au risque de caricaturer, on préfère en général distribuer des petites promesses à gauche et à droite, à chaque segment de clientèle. (Il y a tout un éditorial à écrire sur ce seul sujet…)

En fait, réfléchir à l’innovation dans une société et la soutenir, c’est tellement autre chose que ça.

Est-ce que j’ai confiance que le prochain gouvernement soit un peu plus visionnaire en termes d’innovation, en particulier celles qui sont liées ou induites par la technologie? Et en matière de rapidité à encadrer (ou réviser les cadres) ce que les technologies remettent en question?

#pastellement

B- STRATÉGIE NUMÉRIQUE ET ADMINISTRATION PUBLIQUE

Seigneur, on parle encore de ça. D’ailleurs en introduction Yves nous ramène en 1995 à ce qu’on appelait alors la stratégie (ou politique) de l’autoroute de l’information, avec un secrétariat à l’autoroute qui aurait pu devenir, qui sait, un ministère du numérique.

C’était à peu près l’époque où on écrivait les premiers articles dans nos publications spécialisées expliquant à nos lecteurs ce que l’Internet et le Web allaient changer. En les conjurant de s’y préparer en conséquence. En avertissant que « la game allait changer ».

Quasiment 25 ans se sont écoulés. Et bien, grande nouvelle : on avait raison, la game a changé.

Est-ce que nos gouvernements ont suivi? On sait tous que les grandes organisations sont lentes à bouger, mais là, on bat des records. Imaginez si les banques étaient aussi lentes, on serait encore en file (et pas en ligne!) au comptoir pour encaisser notre chèque de paie. On serait loin de l’application mobile pour faire des virements de personne à personne ou du paiement par puce NFC interposée sur nos téléphones.

Je me souviens encore d’un de mes premiers articles sur le dossier médical électronique traitait de la carte soleil à puce qui était à l’essai à Rimouski, autour de 1988 ou 1989. En 2018, entre un GMF et un hôpital pourtant juxtaposés et communiquant physiquement, il faut encore demander un transfert de dossier papier, avec 24 ou 48 heures de délai… Alors que la banque peut m’autoriser un prêt presque instantanément en accédant en quelques secondes à mon score de crédit, lequel est fourni par un tiers.

J’ai probablement usé de toutes les suggestions et de toutes les propositions dans des éditoriaux, des commentaires ou des articles passés. Je ne sais plus trop quoi avancer pour qu’on avance rapidement.

Le numérique, c’est comme le développement durable. Ça concerne tout le monde, dans toutes les directions. Il faut simplement en prendre conscience et s’en imprégner. Il faut aussi laisser venir le changement par le bas. Quand ça vient trop par le haut, quand on choisit de réinventer la roue, ça peut nous donner de beaux Phénix. Ou des Gires. (Je sais je tourne les coins ronds, mais vous comprenez ce que je veux dire.)

On a besoin d’un commando de choc qui se promènerait de ministère en organisme gouvernemental, qui choisirait les processus les plus lents ou les plus susceptibles d’être numérisés et qui les numériseraient. Comme le changement d’adresse à l’époque.

On pourrait appeler ce commando le secrétariat à l’autoroute de l’information, tiens!

Mais pas un ministère du numérique. C’était peut-être intéressant il y a 20 ou 25 ans, quand il fallait en faire la promotion. Mais aujourd’hui, je suis contre l’idée d’enfermer le numérique dans un silo ministériel. C’est opérationnel. C’est dans le tissu transversal que ça doit s’implanter, pas autrement. C’est un peu comme si on avait créé un ministère du Formulaire à une autre époque.

Est-ce que ça va changer après les élections, peu importe qui sera élu? Vous vous souvenez de l’époque de la réingénierie de l’état? Est-ce que les choses ont beaucoup changé depuis?

#pastellement

C- ACCÈS À L’INFORMATION

Il fut une époque où le Québec était un exemple en matière d’accès à l’information. Mais notre administration publique semble être devenue une organisation contre laquelle il faut se battre pour avoir accès au résultat de ce pour quoi nous payons avec nos taxes et nos impôts. Ça ne touche peut-être pas le gouvernement provincial et les élections en cours, mais rappelons-nous à titre de cas de figure l’interminable saga des billets vendus ou donnés de la formule électrique. Est-ce qu’on l’a eu l’information finalement? Oui, je sais, on a fini par l’avoir, mais on se souvient beaucoup plus de l’épopée à poser la question que de la réponse elle-même.

Mais la transparence est à géométrie variable. On est prêt à être transparent tant qu’il n’y a pas de conséquences politiques appréhendées, des questions ou des remises en questions. Et encore. Ce qui nous porte à nous demander au service de qui l’administration travaille. L’obscurantisme sème le doute. Qu’est-ce qu’on essaie de nous cacher?

À mon sens, les données ouvertes sont dans le même panier que l’accès à l’information plus traditionnel. Ce n’est qu’une question de format d’information.

Les logiciels libres font-ils partie du même débat? Je n’en suis pas persuadé. Ce commentaire a été écrit avec Libre Office et j’aurais tout aussi bien pu l’écrire avec Google Docs. Ou Word. Ou n’importe quoi. Le débat n’est sans doute pas au niveau de la plateforme d’applications bureautiques. À cet égard, toutes ces plateformes sont pratiquement identiques au niveau des fonctionnalités. Le reste est une question de prix, de considérations techniques, de résistance au changement et de choix personnels.

J’ai quelques fois l’impression qu’il y a des joueurs du monde des technologies qui font du lobby pour les logiciels libres parce que ça fait bien leur affaire (et leur chiffre d’affaires).

C’est clair que je crois qu’une organisation publique doit s’interroger sur la meilleure manière de remplir sa mission efficacement au meilleur coût possible, et le coût d’acquisition d’une solution logicielle qui soutient cette mission doit faire partie de l’équation. Et on se doit d’être transparent à ce sujet, oui, là on rejoint peut-être la notion d’accès à l’information.

Cependant, le coût d’acquisition n’est qu’un élément de l’équation. Vous vous souvenez de la notion de coût total de propriété? Ceci dit, même (surtout?) dans le cas des suites bureautiques, lesquelles sont assez stables et matures, il faut que les logiciels libres fassent partie des solutions considérées.

Dans le monde des entreprises, l’utilisation de certaines solutions peut donner un avantage concurrentiel qui permettra de gagner des parts de marché. L’efficacité d’une application de gestion logistique. La performance d’un système d’analyse des données massives pour identifier les tendances. On pourrait faire une longue liste des applications et systèmes stratégiques d’une organisation. Le choix de la solution la plus performante, celle qui procure l’avantage, celle qui colle le mieux à la stratégie, n’est pas nécessairement une solution libre. Le coût total devient alors partie de l’équation du rendement sur investissement. Et en plus, ce n’est pas l’argent des citoyens.

Est-ce que cette dynamique se transpose dans le monde des services gouvernementaux? Est-ce que la manière de gérer le bulletin scolaire/les achats d’équipements/le dossier médical/etc. nécessite une solution différente en Ontario, au Québec et au Nouveau-Brunswick? Je ne crois pas (bien que je n’ai aucune idée de ce qu’on utilise pour gérer le dossier scolaire et le reste dans les différentes provinces du Canada). Est-ce qu’il y a de la concurrence entre les provinces à cet égard? Est-ce qu’elles ne devraient pas travailler ensemble pour se partager des solutions libres pour remplir leur mission?

Est-ce que je suis optimiste qu’un prochain gouvernement changera son approche à cet égard?

#pastellement

D- COMMERCE EN LIGNE

J’ai déjà commenté un peu ce sujet dans le billet de CFD. Il y a dans ça toute une question de réseau de distribution. On ne réinventera pas Amazon, ni Facebook, ni Netflix en version québécoise. Il est un peu trop tard pour ça.

Mais utilisons-les au maximum, dans la mesure où les plateformes existantes peuvent répondre à nos besoins. On ne peut certainement pas s’attendre à ce que tous les artisans et tous les commerces locaux se créent une boutique en ligne autonome. Dans bien des cas, une boutique dans une plateforme existante sera une bien meilleure solution. Et si c’est utile et pertinent, un simple site web comme un point de présence, comme une carte de visite conçue pour apparaître dans les recherches.

Il y a des services et des achats de proximité. Acheter son épicerie en ligne fonctionne mieux chez IGA par chez nous que chez Amazon. Les pâtes fraîches du jour chez le petit détaillant artisanal pas loin de chez nous. Les matériaux pour construire une étagère sont plus simples à acheter chez le quincaillier du coin. Le comportement du consommateur est ce qu’il faut prendre en considération dans la problématique du commerce en ligne.

Il faut aussi que les règles du commerce soient appliquées équitablement à tous les joueurs. Sinon, le modèle économique revient à une forme d’évasion fiscale et de contournement des lois. Si ça prend de la coordination internationale, n’y a-t-il pas des organismes pour ça?

Mais arrêtons aussi de croire que tout a été « disrupté » par Amazon. C’est toujours du commerce. Steven Sinofsky a un point de vue intéressant sur ce sujet à lire ici.(Pour ceux qui ne le connaissent pas, Steven Sinofsky est l’ex-président de la division Windows de Microsoft.)

Par contre, je suis assez favorable à trouver des manières d’augmenter le niveau de connaissance des entrepreneurs, des artisans et autres commerçants à l’égard des solutions de commerce en ligne. Tout comme ils et elles devraient connaître la comptabilité et les règles fiscales. Le marketing et la gestion des ressources humaines.

On ne peut pas le faire à leur place. On peut favoriser l’apprentissage, avec des programmes courts et spécialisés. Ou mutualiser des ressources à cet égard. Est-ce que ça peut faire partie de la mission du gouvernement de soutenir les entreprises à se développer, par la formation? Oui. De créer les places de marché? Non.

Est-ce que je pense qu’on va avancer plus vite dans ce domaine après les élections?

#pastellement

E- CULTURE

Le numérique est-il une menace ou opportunité? Clairement les deux : c’est une autoroute à deux voies. On a autant accès à la planète pour proposer notre contenu que pour accéder à celui des autres.

Idem que pour Amazon en commerce électronique, servons-nous des réseaux de distribution (comme Netflix), si c’est possible. Je pense que Tou.tv est une belle plateforme qui a du potentiel et qui a sa place, surtout depuis qu’on peut y trouver du contenu de plusieurs chaînes, mais dépêchons-nous d’étendre massivement la sélection de contenu, sinon on risque d’être dépassé. Comprenons que la tendance actuelle au niveau du comportement du consommateur est d’accéder à du contenu à la demande, avec le moins d’irritants possibles.

Exemple en passant — je constate qu’au moins un musée montréalais propose l’audio guide de son exposition vedette dans son app mobile (moyennant des frais) — génial! Tant de son point de vue que du mien.

Tout comme j’avais aimé le Musée d’Orsay sur CD-ROM jadis, je serais du genre à visiter une exposition virtuelle que je pourrais « caster » sur mon téléviseur avec une trame commentée ou non. Oui, je serais prêt à payer pour. Et j’espère que mon musée pourrait m’offrir ce genre d’exposition. Peut-être même éventuellement en visite immersive avec un casque de réalité virtuelle.

Et j’irais certainement voir sur place une expo de Rodin ou de Corno, tout comme une pièce de théâtre. Parce que j’aime ressentir l’émotion que ces oeuvres dégagent.

Il y a divers publics pour diverses formes de présentation. Et ça peut dépendre du temps qu’on a à accorder. Et des fois une forme nous attire vers l’autre. On ne peut, ni ne doit, rien négliger. Il faut suivre et mesure par contre, pour voir comment les choses évoluent et réviser ses choix. Abandonner des plateformes si c’est périmé.

En tant que citoyen, on a des devoirs aussi. Des œuvres culturelles, ça se paye. Le théâtre, les expositions, la musique, la danse, les arts visuels, ce n’est pas gratuit et c’est nécessaire. Il faut s’y initier et y prendre goût. Et si on l’apprécie, on paie pour, on contribue, on fait notre part.

Il faut saisir les occasions que les technologies offrent au monde culturel et oui, il est nécessaire d’en supporter le développement avec des crédits d’impôt. Tout comme on soutient le démarrage d’entreprise. Nous sommes dans un monde où l’expression culturelle et artistique qui n’est pas de grande masse (qui n’est pas commerce?) doit être aidée pour ne pas disparaître. Ça a toujours été le cas dans un petit marché comme le Québec. Est-ce que les technologies numériques changent la dynamique tant que ça dans ce domaine?

#pastellement

F- DÉMOCRATIE

Le numérique peut-il aider à la crise confiance et le cynisme envers les institutions?

Certainement. Avec leur pouvoir de diffusion d’information, par exemple, les technologies numériques sont de puissantes courroies de transmission. Mais le problème n’est pas là. À la base, il faut d’abord éliminer les raisons qui rendent la population si cynique envers leurs institutions.

Il faut arrêter de promettre qu’on livrera plus de services de toutes sortes tout en réduisant les impôts. Voyons donc. Est-ce que j’ai une poignée dans le dos?

Il faut arrêter de négliger les écoles et pendant qu’on augmente de manière indécente le salaire des médecins. Arrêter de nous faire croire qu’on peut manger à 4 sur une épicerie de 75$ par semaine. Arrêter de nous dire que la solution à tous les maux réside dans une 2e carte d’assurance-maladie et des lunchs gratuits pour aider les parents.

On n’est pas si stupides. Et si les technologies peuvent faire quelque chose c’est bien de nous faire voir de manière virale et à grande vitesse ce ridicule ne fait que nourrir notre cynisme. On n’a pas confiance aux institutions ou aux politiciens parce qu’ils ne nous inspirent pas confiance. Est-ce que l’existence du numérique peut y changer quelque chose?

#pastellement

G- ÉDUCATION

Ah, l’éducation. J’ai tellement envie de dire « don’t get me started ».

Commençons par la question d’un eCampus. Encore une fois, le problème n’en est pas un de plateforme. Il y a EduLib, Teluq, Coursera, edX, Fun et combien d’autres. Rendre des contenus de formation disponibles sur ces plateformes n’est pas si compliqué, suffit d’abord de vouloir. Mais ce ne sont pas là nos principaux problèmes en éducation nonobstant les technologies.

Il faut peut-être commencer par régler nos problèmes de dégradation du moral des enseignant-e-s. Éliminer les moisissures dans les murs et reprendre le dessus sur la maintenance des édifices.

Côté technologies comme soutien à l’enseignement, entre les Comterm à une époque et les tableaux blancs numériques plus récemment, on navigue à (courte) vue. On croit que si on achète de l’équipement, tout est réglé, on est informatisé. Quoi, il faut renouveler? Il faut l’entretenir?

Sans compter qu’on a toujours négligé la formation des enseignants au numérique. Si bien qu’on a un résultat totalement inégal. Exemple bien banal de ce que ça donne? Le prof de mon plus jeune résiste, sans doute par méconnaissance, à la communication numérique avec les parents alors que celui de ma fille ne jure que par ça. Et ça se décline partout. C’est que tout dépend de l’initiative individuelle et de l’intérêt de chacun, avec des résultats en conséquence.

Après ça, on se demande pourquoi nos jeunes ont des déficits de littératie numérique. Et quand on adopte un outil technologique, on les laisse plus ou moins à eux-mêmes ensuite (allo le virage iPad…). Et on tergiversera pendant des années au cours desquelles on ne fera plus ou moins rien.

C’est un peu comme les cours d’éducation à la sexualité. Simonac, on a les mêmes discussions aujourd’hui que lorsque j’étais au début de mes études secondaires! On ne devrait pas, on n’est pas prêt, on n’est pas à l’aise, on n’a pas eu le temps… Pendant ce temps, les enfants font leur éducation à la sexualité sur YouTube et ailleurs, sans accompagnement.

On parlait de cynisme envers les institutions, est-ce que ce genre d’attitude n’y contribue pas vous croyez?

#tellement (vous êtes surpris…!)

H- DÉVELOPPEMENT RÉGIONAL

Le développement régional est tellement une dynamique qui est multifactorielle que le numérique et les technologies ne sont qu’un élément dans l’équation. Oui, les technologies peuvent certainement contribuer à favoriser le développement régional. C’est là que les réseaux numériques à haute vitesse ont leur importance, en tout cas en partie. On a parlé de ça pendant la campagne électorale bien sûr (et de mémoire ce n’est pas la première fois), mais c’est quelque chose qu’on aurait dû régler il y a 15 ans. J’ai comme l’impression que ces promesses de brancher les régions sont une version moderne de l’asphalte dans les rangs de campagne à l’époque de l’Union nationale de Duplessis. Mais bon, arrêtons d’en parler et faisons-le.

Et en dehors de ça, comment peut-on assurer le développement de nos régions? Il y a des facteurs d’attraction, des considérations de potentiel et des valeurs à mettre de l’avant. Ce n’est pas tout de mettre des gros tuyaux de fibre optique pour se rendre à Chibougamau ou à Val d’Or. Il faut avoir une raison d’y rester ou d’aller s’y installer. On a tellement une culture de centralisation que tout se passe dans les grands centres.

Plusieurs partis ont promis de décentraliser l’appareil gouvernemental vers les régions. Sans doute un pas dans la bonne direction. Les régions ne sont pas qu’une mine (!) de ressources naturelles à extraire. En ajoutant une couche de services publics dans les régions, on peut donner un signe, une impulsion. Peut-être qu’on pourrait favoriser les rencontres virtuelles maintenant que nous aurons les bons tuyaux haute vitesse pour le faire. C’est certain qu’il faudrait aussi le faire entre les grands centres. Si on se déplace tous en avion ou en auto pour une rencontre sur le développement durable à (nommez une ville), est-ce qu’on ne vient pas de brûler nombre d’efforts de réduction d’émission de GES? Idem pour nombre d’autres déplacements.

Plus largement, c’est peut-être le concept lui-même de développement qu’il faut revisiter. Ce qui est un autre sujet en soi.

#tellement

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Il y a tant à dire. Nos défis ne sont pas (que) numériques, loin de là. Les technologies numériques peuvent les amplifier ou aider à les affronter. Ce sont des moyens. Nos défis sont souvent au niveau de la culture, de la balance entre l’individuel et le sociétal, des habitudes, de l’inconscience, de la vision à court terme, de l’absence de vision ou de la fuite par en avant.

Est-ce que tout ça va changer à mon avis après les élections? Vous savez ce que j’en pense. Désolé d’être pessimiste. J’ai dû perdre mon optimisme quelque part en chemin à force d’attendre.

Le seul espoir que j’ai encore, c’est qu’on cesse de croire qu’on ne peut rien contre les technologies et que tout est perdu d’avance. Ce n’est pas un problème de technologie.

Merci de vous être rendus jusqu’ici.

Image: Bureau de Nokia à Munich, par Martin Falbisoner [CC BY-SA 4.0], sur Wikimedia Commons