Le vide

Le théâtre est toujours un peu politique.

Photo by Roi Dimor on Unsplash

Je suis allé voir Première neige / First Snow au Théâtre de Quat’Sous hier soir. Parce que j’avais lu ce billet sur le blogue de Clément Laberge, qui a piqué ma curiosité. Clément, ex-candidat aux élections provinciales sous la bannière du Parti Québécois, a été particulièrement touché par cette pièce.

Puis, j’ai entendu Isabelle Vincent en parler dans la balado de Fred Savard, ce qui a achevé de me convaincre. Comme c’était la semaine de ma fête, je me suis fait un cadeau, de moi à moi.

J’en suis sorti moins ému que Clément, mais tout de même bouleversé. Une pièce qui parle de destin, de référendums, de ce qui nous différencie et de ce qui nous rassemble mais qu’on ne voit pas toujours. J’en suis sorti en ressentant le vide, un grand vide, celui que je sens depuis plusieurs années, côté projet de société. Une espèce de traversée d’un interminable désert.

Qu’on soit pour ou contre l’indépendance, la souveraineté ou peu importe comment on l’appelle, il y avait derrière cela un projet pour la société québécoise. Ce projet est peut-être dépassé pour les uns ou encore d’actualité pour les autres, c’est difficile à dire, le débat se fait à partir des tranchées et on tourne en rond, sans vouloir comprendre l’autre. (La pièce souligne bien ça, d’ailleurs, à mon avis, entre autres choses.)

Mais quel projet de société nous propose-t-on aujourd’hui? Quelqu’un saurait répondre? Je suis assez embêté, je ne sais pas trop quelle étiquette, quels mots clés, quelle direction mettre sur les propositions de nos partis politiques ou des projets collectifs qui sont débattus sur la place publique.

Quels projets collectifs au juste, d’ailleurs? Réduire la taille de l’État? Rembourser ou non les surplus d’Hydro-Québec? Construire ou pas un troisième lien routier entre les deux rives à Québec? Dire qu’on veut un état laïque, mais conserver le crucifix au Parlement? C’est ça, nos grands débats? Ce n’est pas ça ma définition d’un projet de société. Je veux un idéal que je voudrais atteindre, qui pourrait me mobiliser, qui pourrait me motiver à déplacer des montagnes.

On ose rarement. Deux référendums plus tard, on n’a rien de grandiose à me proposer autrement que s’attaquer les uns, les autres. On «wedge» la politique: c’est comme ça qu’on se fait élire, j’en ai bien peur. De temps en temps, un certain espoir s’allume. L’élection provinciale de 1976 a été un de ces moments pour plusieurs. Tout comme la vague orange de 2011. Il y avait une notion du possible, proche des gens. Je dirais que les carrés rouges de 2012 allumaient le même genre d’espoir, de révolte. Mais ensuite, quelles retombées? Rien. Vide. Comme le lance Isabelle Vincent dans la pièce.

Au moins, il y a les jeunes. Qui manifestent parce qu’il y a crise climatique dont plus ou moins personne ne veut prendre la responsabilité ni prendre le véritable leadership pour changer les choses. On leur reprochera d’être idéalistes, de vouloir se tailler un vendredi de congé. Mais voilà au moins une vision. Une volonté de changer le monde qui pourrait être un projet de société. Un autre espoir allumé. J’espère qu’il ne s’éteindra pas comme feu de paille.

Toujours un peu politique le théâtre. Particulièrement quand il nous fait réfléchir sur l’avenir du monde, sur l’immobilisme de la pensée et sur nos idéaux. S’il nous en reste encore. S’il y en a une vieille flamme au fond de nous-mêmes qui ne demande qu’à être rallumée par le souffle de nos héritiers.

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