Pfizer Healthcare Hub : quel avenir pour le secteur de la santé ?

Rejoindre le comité de sélection du Pfizer Healthcare Hub France n’est pas un hasard. Certes, les 27 membres qui composent cette équipe y apportent leurs expertises et leur rigueur, leur regard de professionnel. Mais leur démarche se cale aussi sur des perspectives d’avenir ; il s’agit de repérer les startups qui révolutionneront peut-être la santé de demain. Et pour les détecter, il faut déjà avoir une idée de ce futur.

Comment les sélectionneurs voient-ils cet avenir ? Déjà en amorce ! Eh oui, la mutation a commencé.

Pour nous aider à comprendre, nous avons interrogé trois personnalités aux profils très représentatifs en la matière :

Tous trois sont issus de formations scientifique ou médicale, et par ailleurs rompus aux réalités du développement d’un marché. Mais, surtout, tous s’accordent sur le virage amorcé : le secteur de la santé a commencé à se métamorphoser, et la health tech est l’élément moteur de cette transformation. A plus d’un titre.

Le point de vue de Chahra Louafi : changements de paradigmes et forte valeur ajoutée

Le marché de la santé d’ici 10 ans ? « Mais il est déjà en train de bouger », nous explique cette venture capitalist émérite et passionnée, qui a détecté deux points de convergence déterminants dans cette mutation à l’œuvre :

  • Un patient qui veut être maître de sa santé, acteur du parcours de soin, ce qui inverse totalement le rapport avec le médecin mais est de plus en plus envisageable compte tenu de l’accès à l’information permis par le web…
  • Des coûts de santé qui explosent et qui impliquent une démarche de prise en charge du malade différente.
De plus en plus demandeur, le patient accepte qu’une partie des soins soit transférée sur lui pour qu’il puisse la gérer en direct, ce qui à terme permettra une baisse considérable des frais.

Et les innovations digitales en développement vont dans ce sens, pour permettre au malade de suivre sa maladie en restant chez lui, via notamment les progrès de la télémédecine.

Ces changements de paradigmes sont d’autant plus intéressants qu’ils sont très sensibles dans l’Hexagone.

« La France est le meilleur endroit pour démarrer une entreprise »

« La France est le meilleur endroit pour démarrer une entreprise » assure Chahra Louafi, notamment dans le domaine de la health tech : certes c’est une niche de marché par rapport à l’industrie classique, mais une niche à très forte valeur ajoutée. « Comme on est encore au stade de la R&D pure, on ne voit pas immédiatement la transformation ».

Les entreprises en plein déploiement ne sont actuellement pas visibles, elles ne peuvent pas encore être citées comme des exemples de réussite. « Pourtant, certaines sociétés américaines du même domaine ont fait des levées importantes sur le Nasdaq ». Bref nous sommes ici sur une innovation de rupture, et c’est toute la richesse en devenir du secteur.

Le point de vue de Marie-Pierre Chevalier : implication de chacun et besoins identifiés

Selon la directrice des Alliances Stratégiques de Pfizer France, la health tech française est foisonnante : des entreprises sont créées au quotidien, qui multiplient les idées… or toutes ne vont pas réussir et doivent être épaulées. Cette démarche d’identification et de soutien par de grands laboratoires pharmaceutiques leur permettra d’apporter leur expérience et savoir-faire — et en retour, ils s’inspireront de ces nouvelles technologies et usages.

Car si les laboratoires pharmaceutiques développent les innovations thérapeutiques destinées aux patients, les startups, elles, proposent des solutions technologiques étoffant l’offre de soins. Les deux sont complémentaires et doivent fonctionner en synergie.

Autre point important concernant l’avenir du secteur santé : les besoins y sont énormes, les Etats et les institutions ne peuvent y faire face seuls ; chacun doit s’impliquer pour faire évoluer les systèmes en place. A ce niveau, l’impact des startups est essentiel puisqu’il s’agit d’améliorer le parcours de soins, la coordination entre les différents acteurs et la qualité de vie des patients. Ces derniers seront mieux informés, moins perdus dans leur parcours, mieux orientés vers des praticiens adaptés ; quant aux professionnels, ils dialogueront mieux entre eux.

On a de belles innovations thérapeutiques mais on a besoin d’efficience

En résumé, il s’agit ici d’améliorer l’efficience, « c’est de cela dont le secteur a besoin aujourd’hui, on a de belles innovations thérapeutiques (cancer, maladies chroniques …) mais on a besoin d’efficience, c’est ce que va amener la collaboration entre big pharma et startups » explique Marie-Pierre Chevalier, qui vit ce virage de l’intérieur avec enthousiasme.

« C’est une transformation nécessaire pour Pfizer » qui va y aussi puiser de nouvelles manières de prendre en charge les patients, d’identifier les forces (il y en a beaucoup) et les failles du système actuel, pour y apporter des solutions.

L’intelligence artificielle ne fera pas de diagnostic à la place du médecin, elle l’aidera à affiner sa perception

De nature optimiste, elle insiste sur la nécessité de demeurer vigilants devant cette mutation : « l’humain doit rester au cœur des transformations, la technologie est un outil pour nous aider », elle est au service du patient et du professionnel, pas l’inverse. Elle ne remplacera pas l’humain ; l’intelligence artificielle ne fera pas de diagnostic à la place du médecin, elle l’aidera à affiner sa perception, à aller plus vite, à gagner du temps, ce qui améliorera l’efficacité des soins et la qualité d’échange avec le malade.

Il s’agit d’orienter l’utilisation de ces progrès technologiques, ils doivent être inclusifs, répondre à des besoins clairs, des objectifs identifiés.

Le point de vue de Luca Mollo : un parcours de soins sur-mesure

Membre du comité de pilotage et du comité de sélection du Pfizer Healthcare Hub, médecin de formation, Luca Mollo est le Directeur médical de Pfizer France et il s’est pris d’amour pour ce projet, qu’il défend avec enthousiasme.

Conscient des enjeux et des opportunités, Luca Mollo compte bien ainsi contribuer à valoriser la recherche et la health tech française, à « les faire sortir du lot ».

Or le paysage change, de plus en plus de chercheurs et de startups proposent des idées pertinentes et font preuve d’une agilité dont les géants pharmaceutiques sont un peu dépourvus. « En revanche, ces startups manquent d’expérience et n’ont pas toujours la force de frappe pour faire aboutir leur projet ».

Faire en sorte qu’une idée innovante puisse se transformer en un succès commercial

Un manque de moyens évident que Pfizer entend faciliter. Objectif : faire en sorte qu’une idée innovante puisse se transformer en un succès commercial pour la startup ! Et Luca Mollo de rechercher l’entreprise qui amènera des innovations différenciantes.

« Nouveaux médicaments, prévention, santé publique, économie de la santé… il s’agit de découvrir des projets auxquels nous n’avions pas pensé mais qui seront essentiels pour la médecine du futur » — et pour cela il faut être ouvert d’esprit.

Impatient à l’idée de découvrir tout le process de développement des structures qui pitcheront en janvier 2019, Luca Mollo développe par ailleurs une vision assez claire de l’avenir : la grande industrie manque d’agilité pour avoir des idées innovantes rapidement ; la health tech constitue un réservoir d’innovation rapide et fiable. Il faut appuyer ces projets pour diversifier les propositions, créer des richesses nouvelles.

Demain, la santé ce sera la médecine customisée

Car demain, la santé ce sera la médecine customisée. Finie, la prescription d’un produit avec une indication générale ; on s’adressera à un patient en tant qu’individu, en tenant compte de son parcours précis et détaillé grâce à la prise en compte de données de suivi en vie réelle, référencé avec ses spécificités (âge, état de santé, contexte dans lequel on a attrapé la maladie, profil génétique…). Intelligence artificielle, biologie moléculaire, étude génétique approfondie, on croisera les disciplines et les applications pour intégrer tous les paramètres et définir un protocole de soins sur-mesure.

Au travers de ces trois témoignages convergents, on comprend l’importance des enjeux à l’œuvre. Le secteur santé a déjà amorcé sa mutation profonde, et la health tech y joue un rôle moteur essentiel. Les laboratoires ont tout à gagner à soutenir ce formidable élan, qui à terme bouleversera la manière de soigner et l’organisation de ce système. Par ailleurs c’est un nouveau pan de l’économie française qui émerge ici, un secteur porteur qu’il convient d’épauler et de mettre en lumière. Bref l’avenir se construit maintenant, et il a de fortes chances d’être plein d’énergie.