LA LA LAND ❘ Les parapluies d’Hollywood

Los Angeles, un musicien et une actrice se rencontrent, se découvrent, s’aiment, se séparent et s’apprivoisent de leur rêve. Sous le forme d’une comédie musicale, le nouveau film de Damien Chazelle nous parle de ces rêveurs fous, tendres et touchants.
Mia est une jeune actrice qui sert des cafés aux stars d’Hollywood. Voguant de castings en castings, elle perd doucement foi en sa passion. Sebastian ne vit lui que pour le Jazz avec un seul but, faire re-vivre celui-ci dans son futur club ! Ces deux êtres se rencontrent par hasard puis se cherchent pour mieux se retrouver sous une nuit d’étoiles. Outre l’amour naissant entre eux, le film suit ces deux passionnés dans leur difficulté à vivre leur rêve et à assouvir leurs ambitions. La rencontre de Mia et Sebastian est la rencontre de deux “imbéciles” trop heureux de croire en leur rêve pour les laisser s’envoler.

On comprend vite les influences du réalisateur pour ce film. Après une scène d’introduction ultra chorégraphiée qui rappelle celle des Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy, on passe rapidement à un tableau avec Emma Stone prête à croquer la vie nocturne de L.A ; on pense au America endiablé de West Side Story. Il est clair que Damien Chazelle rend hommage dans sa forme au genre de la comédie musicale en lui même. On parle ici des comédies musicales euphorisantes des années 40–50 et du cinéma à la fois réaliste et lyrique de Demy .
L’influence des Parapluies de Cherbourg est extrêmement visible tout au long du film. Principalement dans sa construction autour des saisons qui résonne avec celle du film de Demy (le Départ, l’Absence, le Retour). L’hiver les personnages se rencontrent, au printemps ils se dévoilent, en été leurs envies et sentiments ont enfin éclos puis vient l’automne et la chute des rêves. Dans l’épilogue du film, l’hiver revient à nouveau, c’est le temps de se revoir comme Geneviève dans son manteau de fourrure retrouvait Guy revenu de la guerre sous la neige. Tout s’est déplacés mais rien n’a vraiment changé. Le désir d’être est toujours le même, la douce affection des personnages n’a pas bougé, seul leur vie ont mû vers un autre cycle. Eux sont toujours ces fous rêveurs qui ne s’arrêteront qu’une fois leurs envies abouties.


La La Land est visuellement dense. Jeux de lumière intimiste, explosion de couleur, ombres chinoises et on en passe. Comme les acteurs, les images dansent sur l’écran au rythme d’une valse cosmique ou d’un jazz endiablé.
La musique est tout aussi sublime. En sortant de la salle, on veut nous aussi, nous envoler sur les capots des voitures, virevolter dans la voie lactée et danser sous une myriade de lueur blanche. Justin Hurwitz mélange les classiques du genre au jazz et le résultat se superpose parfaitement au sujet du film.

Pour conclure son film, Damien Chazelle nous propose un superbe moment de rêverie. Un songe de 10mn d’une histoire parfaite, imaginée, condensée dans une séquence aux dizaines de référence. On voit passé un beau marin et un garçon au ballon rouge, des femmes aux robes arc-en-ciel sous un coucher de soleil en carton. Serait-ce la l’hommage ultime du réalisateur à ces comédies musicales qui nous touchent tant ?
La La Land est un splendide film, plein d’espoir et de joie. Un film qui nous emporte si on se laisse attraper par la folie d’un rêve. Damien Chazelle rend hommage à un genre, le renouvelle et créé un film lyrique, emplit de douceur, une ode à la création et à la poursuite de nos ambitions.

La La Land, de Damien Chazelle avec Emma Stone et Ryan Gosling
Durée : 128mn
