Contribution #15 — Besoin d’une raison d’être, l’exemple de Carrefour

Rassembler dans une même contribution Carrefour, Manhattan et Jeanne d’Arc peut paraitre improbable, mais les trois furent, sont et resteront des symboles, des repères et des ambitions dans notre époque où tout va très vite.

PhG devant la fresque de Logan Hicks

J’ai trouvé Manhattan à Paris, Place Jeanne d’Arc dans le 13ème arrondissement, où une fresque temporaire a été peinte il y a quelques jours. En voyant cette fresque de Logan Hicks, j’ai pensé que le lieu était propice au tournage de cette 15ème contribution sur le thème de la “raison d’être”, une contribution qui m’a été suggéré par la lecture du communiqué de presse diffusé par Carrefour relatif à la proposition du Conseil d’Administration de la société d’inscrire dans ses statuts une “raison d’être”. Une initiative peu courante en France, qui ne pouvait me laisser indifférent après avoir passé 26 années dans cette entreprise, qui m’a donné le sentiment, ces dernières années, d’avoir parfois perdu sa raison.

Difficile de ne pas perdre la raison dans un environnement où tout évolue trés vite ou de nombreux concurrents apparaissent et disparaissent, difficile pour une entreprise traditionnelle de trouver la juste approche, alors qu’elle est chargée d’une longue histoire et moins manœuvrable que de nouveaux concurrents.

J’avais été contacté la semaine dernière pour participer à un débat dont l’accroche était: “Doit-on se conformer à ce que l’entreprise attend de nous ?” J’avais répondu que la principale difficulté était de savoir ce que l’ “entreprise” attendait de nous en tant qu’individu. Car les stratégies de l’entreprise ne sont pas toujours connues ou lorsqu’elles le sont elles souvent illisibles ou incompréhensibles pour les collaborateurs.

Pour tout cela, le communiqué de presse publié ce mercredi 24 avril par Carrefour, ne pouvait me laisser indifférent :

“Au cours de sa séance du 24 avril 2019, le Conseil d’Administration de Carrefour, sur recommandation de son Comité des nominations, en charge des questions de gouvernance, a décidé de proposer à ses actionnaires d’adopter dès cette année une « raison d’être »”.

Carrefour, ce groupe dans lequel j’ai passé 26 années à la Direction Juridique, qui est passé d’un actionnariat familial à un actionnariat financier, qui a changé ses dix dernières années régulièrement de dirigeants et de stratégies, qui est confronté à une vive concurrence de la part des acteurs traditionnels et de l’internet, a donc choisi de se doter d’une raison d’être, à savoir “l’ambition d’être le leader de la transition alimentaire pour tous”.

Vidéo tournée à Paris, Place Jeanne d’Arc, jeudi 25 avril 2019

Dans un monde en pleine transformation et en quête de sens, cette initiative mérite d’être saluée, car même si elle répond à ce que certains n’ont pas manqué de considérer comme du “Greenwashing”, sur le plan juridique l’inscription dans les statuts de l’entreprise de cette ambition et la communication qui l’accompagne ne sont pas neutres.

La “raison d’être”, inscrite dans les statuts, engage le management, l’entreprise et ses actionnaires. Pour reprendre une expression en vogue, “le management devra rendre compte”, il devra non seulement rendre compte à ses actionnaires et à la communauté financière, mais surtout à ses clients …

Place Jeanne d’Arc, jeudi 25 avril 2019 devant la fresque de Logan Hicks