Pourquoi je m’engage avec Emmanuel Macron

Depuis la lecture des premiers livres de Frédéric Guilluy, puis la crise financière que j’ai vécue — si je puis dire — « de l’intérieur », je suis profondément convaincu que la fracture au sein des pays développés est non seulement réelle, profonde, mais extrêmement grave. Une partie de la population a atteint un tel degré d’exaspération et de rejet des élites, des politiques, de ce qu’on appelle « le système » qu’elle se jette désormais sans retenue dans le bras des extrêmes. Tout ce que nous — les urbains mondialisés qui se croient raisonnables — pensaient impossible est en train de se produire : le Brexit, l’élection de Trump. Plus ces événements nous paraissent absurdes, plus ils attirent les délaissés de notre modèle économique. Tant que ces accès de fièvre extrémistes restent localisés, on peut encore se rassurer, mais si le mouvement s’amplifie, avec à la clé des politiques de repli sur soi et de protectionnisme, alors le risque de guerre économique, puis de guerre de tout court, devient une possibilité que l’on peut plus balayer du revers de notre main.

En France, ces extrêmes sont — heureusement ? — diverses. A droite, mais aussi à gauche. Aujourd’hui elles ne s’additionnent pas, ou pas encore. Ensemble, elles ne sont probablement pas loin d’être majoritaires, il suffirait pour s’en convaincre de poser une question sur l’Europe par référendum. Les partis extrêmistes sont aux portes du pouvoir. Je crois que nous n’avons pas beaucoup de temps pour éviter cette catastrophe. Mais comment ?

Le diagnostic de cette fracture est globalement partagé par unr grande partie de la classe politique. La mondialisation de l’économie a eu des effets positifs, en réduisant la pauvreté dans les pays en développement, mais elle a conduit à une rupture majeure au sein des pays développés entres ceux qui vivent dans cette nouvelle économie, voire qui en profitent, et ceux qui s’en sentent exclus. On peut disserter sur le bienfondé de ce sentiment, mais c’est un fait. Il existe. Les inégalités entre ces deux faces de nos sociétés n’est tout simplement plus toléré par une partie croissante des Français. Pour résister au discours simplificateur et démagogique des extrêmes, il est indispensable d’écouter — vraiment — cette exaspération et d’y remédier.

L’offre politique traditionnelle, de gauche comme de droite, affirme bien sûr vouloir s’y atteler. Mais elle utilise des postulats dépassés : la gauche veut combattre la mondialisation — ou son bras armé, la finance — et nous mènera soit à une perte de compétitivité majeure et un appauvrissement général, soit à des renoncements non assumés à la façon de François Hollande ; la droite voudra quant à elle supprimer les protections et n’y parviendra qu’au prix de confrontations stériles, voire violentes. Les deux offres politiques traditionnelles ne nous éloignent pas d’une arrivée au pouvoir des extrêmes, au contraire, chaque alternance entre elles nous en rapproche un peu plus.

Emmanuel Macron n’est ni un gourou ni un homme providentiel. Mais il propose un chemin — un chemin difficile, un chemin de crête, mais un chemin qui, si on réussit à l’emprunter, peut nous éloigner du pire. Il regarde la réalité de la société en face, avec ses fractures. Il est convaincu que la France doit accepter le XXIème siècle et non le rejeter, avec sa dose d’innovations transformantes, avec sa dose de compétition, avec la mondialisation, avec les risques aussi, environnementaux, sociaux, terroristes. Il est convaincu enfin que la fracture au sein de notre société ne peut se résoudre qu’en redonnant de la liberté à ceux qui n’en ont plus, et que pour cela il nous faut investir massivement dans l’éducation, dans la recherche, dans l’innovation. Ni rejet du monde dans lequel nous vivons, ni suppression des protections.

Est-ce que c’est un projet flou, un projet qui refuse de choisir ? Je suis persuadé du contraire. Faire des choix soi-disant clairs ou radicaux, mais qui sont impossibles à mettre en oeuvre, ou bien sources de conflits et d’humiliation, c’est cela la solution de facilité. Affronter la complexité, c’est au contraire le vrai courage politique. Je ne suis pas d’accord sur tout avec Emmanuel Macron — je le trouve par exemple encore trop frileux sur la question écologique, mais je suis profondément convaincu que sa démarche progressiste est notre dernière chance d’éviter l’extrémisme.