Sami Boutaleb raconte la création de Montréal Héritage Capital

Phil Siarri s’entretient avec Sami Boutaleb, PDG de Montréal Héritage Capital, la seule société d’affacturage canadienne spécialisée dans les secteurs gouvernementaux, para-gouvernementaux et de la santé.

Bonjour Sami, ravi de te rencontrer. Peux tu nous parler de ton parcours et expérience professionnelle ?

Tout d’abord, merci Phil pour la tenue de cette entrevue !

En ce qui concerne mes études, j’ai fait mon BAA à HEC Montréal et mon PLD à Harvard Business School.

En ce qui concerne mon expérience professionnelle, j’ai plus de 15 ans d’expérience dans le développement des affaires. Après avoir occupé des postes de direction dans l’industrie pharmaceutique, j’ai poursuivi ma carrière dans le domaine des solutions de financement, ce qui m’a permis de devenir actionnaire de sociétés privées spécialisées dans le financement sur actifs, le financement de factures et l’affacturage.

Je suis actuellement directeur du Chapitre Québec de l’IFA (International Factoring Association). Je suis également président du Groupe Connexions Montréal, vice-président du Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec (RJCCQ) et ambassadeur au Musée des Beaux-Arts de Montréal.

Quelle est l’histoire et le concept derrière Montréal Héritage Capital ?

Montréal Héritage Capital a été créée en réponse à un besoin croissant de solutions de financement plus souples pour les PME; nous permettons d’obtenir des solutions pertinentes et fiables à leurs besoins de trésorerie.

MHC est une société de financement qui se spécialise dans l’affacturage, le financement sur actifs, et le financement sur facture, auprès des fournisseurs gouvernementaux et de la santé. Notre niche inclue les fournisseurs des agences municipales, provinciales et fédérales. Nous aidons les PME à gérer efficacement leurs flux de trésorerie pour supporter leur croissance. Nous ne remplaçons pas leur institution financière, mais faisons un partenariat avec nos clients pour des projets spécifiques quand ils ont besoin d’accès immédiat à du capital d’investissement.

Notre produit phare est l’affacturage. Un affactureur est un intermédiaire financier qui achète les créances d’une entreprise. L’affacturage est essentiellement une source de financement qui accepte de verser à la société un pourcentage de la valeur de sa facture moins un frais de service. L’affactureur avance le montant facturé à la société et le solde à la réception des fonds de leur client (débiteur).

Montréal Héritage Capital est un partenaire de croissance et nous nous engageons à fournir des services de qualité unique. Nous mettons en place à l’interne un processus de gestion de base de données, et un protocole de suivi d’appel strict auprès des débiteurs. Nous traitons nos clients comme nous aimerions être traités.

Quels sont les critères minimaux pour bénéficier du financement auprès de votre entreprise ?

Le client doit d’abord soumettre ses comptes à recevoir à Montréal Héritage Capital pour approbation. Dans un délai de moins de 24 heures, nous effectuons une enquête diligente sur le compte à recevoir grâce à notre processus d’approbation.

Les critères minimaux pour bénéficier du financement sont les suivants:

  • ventes annuelles de plus de 500 000 $
  • comptes à recevoir entre 5 000 $ et 200 000 $, avec des termes de paiements jusqu’à 180 jours
  • entreprise en pleine croissance dont la capacité de ligne de crédit est maximisée

Une fois que nous avons tous les documents nécessaires, nous révisons le tout à interne et avisons du Go / No Go, avec le montant, dans les 4 jours.

Quelle est votre stratégie pour éduquer les clients potentiels et les partenaires sur l’affacturage?

Les PME ainsi que les start-ups doivent surmonter beaucoup d’obstacles, particulièrement durant leur pré-démarrage et leur stage d’expansion, pendant qu’elles font face à des difficultés de financement et de démonstration de faisabilité. Il existe plusieurs raisons qui entravent au succès des start-ups, et indépendamment du secteur dans lequel elles évoluent, une des plus grandes raisons d’échec de ces compagnies est qu’elles se retrouvent rapidement à cours de liquidités. Toute start-up ayant un modèle et une idée d’affaires viable devrait avoir accès à des sources de financement, et pouvoir s’installer sur le marché et croître. De plus, les PME ainsi que les start-ups sont en désavantage en termes de ratios de crédit et de déficits de financement, ce qui crée un besoin pour des solutions de financement alternatives, étant donné que les institutions financières traditionnelles sont réticentes au risque, au point de ne pas être intéressées par les entreprises sans réel historique de crédit. Ce besoin pour des sources de financement alternatives est un facteur de croissance clé pour l’industrie de l’affacturage, qui représente une solution viable et adaptée pour les entreprises afin d’accéder aux fonds dont elles ont besoins ; ce qui permet aussi de briser la dépendance des PME et start-ups par rapport aux banques et prêts traditionnels.

Nous comprenons que l’accès à des flux de trésorerie est le défi principal des entreprises en croissance, et c’est pour cela que nous nous positionnons au cas où ils ont besoin d’une injection immédiate de capitaux. Ceci assure qu’ils peuvent prendre de nouveaux contrats et gérer les contrats existants à pleine capacité, quand ils ont un cycle négatif de flux de trésorerie. Nous ne remplaçons pas leur institution financière, nous sommes comme leur carte de crédit corporative à utiliser pour de courtes périodes de temps. Nous sommes leur partenaire financier, sur appel, 24 heures par jour, pour soutenir leur croissance sans restriction.

À l’heure actuelle, le financement privé n’est pas une industrie réglementée en Amérique du Nord, penses-tu que cela pourrait changer à l’avenir ? Si oui, comment cela affecterait-il votre modèle d’affaires ?

Avec comme préoccupation de réduire les délais ainsi que les coûts, la vaste majorité des entreprises dans l’industrie des services financiers relèvent un nouveau défi : l’adoption et l’utilisation des nouvelles technologies. À une époque où les progrès technologiques se produisent plus rapidement et englobent tous les aspects de notre vie, ce changement vers une numérisation complète des services financiers est à la fois naturel et essentiel.

Alors que l’industrie des services financiers effectue un changement vers une digitalisation totale et connaît une transformation fondamentale de son système réglementaire, toutes les parties concernées doivent comprendre la nécessité de digitaliser tous les aspects du secteur, et aller au-delà des processus de prêts, et y inclure la gestion des investissements, le paiement des ventes et l’analyse de marchés : la clé est que l’utilisation de nouvelles technologies peut avoir des débouchés infinis, et peut générer de nombreuses pistes au fur et à mesure que plus de données sont collectées. Pour les compagnies dans l’industrie des services financiers qui ne peuvent se permettre une transformation digitale complète — en raison de ressources insuffisantes par exemple, l’utilisation de logiciels tierces est aussi une solution viable. En effet, il existe une multitude de nouveaux logiciels tierces dont le but est de servir les entreprises voulant profiter des bienfaits de la technologie par effet de levier, mais ne pouvant s’adonner à un changement total et radical dans leurs stratégies de digitalisation.

Par exemple, Bectran — un leader de plateforme SaaS — s’est allié à la Credit Management Association (CMA) afin de créer un nouveau service pour accéder aux informations commerciales de crédit des trois principaux bureaux de crédits. Cela permettra aux clients d’avoir accès à plus de données pertinentes en un seul clic, et les informations données peuvent aussi être personnalisées afin de servir les besoins spécifiques de l’entreprise. L’utilisation de logiciels tierces peut aussi servir de phase de transition pour les entreprises qui souhaitent faire une transformation digitale complète dans le futur, ou réduire les coûts en sous-traitant une partie de leurs processus à des parties tierces.

Toutes ces innovations sont actuellement examinées par le Congrès américain et pourraient à l’avenir être réglementées ; je crois que le Canada ne réglementera pas avant.

Quels sont vos plans d’expansion au-delà du centre du Canada ?

En Amérique du Nord, plusieurs banques ont commencé à proposer des plateformes de prêts en ligne, que ce soit à travers une stratégie d’infrastructure interne ou bien à travers des alliances stratégiques avec des plateformes externes, afin de changer radicalement changer l’expérience de leurs clients et augmenter leur traction.

Aux États-Unis, American Express va bientôt lancer sa propre plateforme de prêt en ligne pour les PME afin de pouvoir plus efficacement cibler et servir les individus et entreprises déjà clients de Amex. Leur plateforme offrira une limite de crédit maximale de $750,000 US.

Au Canada, certaines banques collaborent avec des entreprises spécialisées en affacturage ciblant les PME et les start-ups, pour leurs plateformes en ligne et automatisées, afin d’accéder indirectement à ce marché. En effet, seules certaines banques majeures au Canada offrent des services d’affacturage, mais sont généralement uniquement intéressées par des clients avec un minimum de 8 millions de dollars en revenus, avec des termes de paiement de leurs comptes recevables de maximum 90 jours. Sachant que, d’après Statistiques Canada, 98% de toutes les entreprises sont des PME, et que ces PME représentent 70% de la population active totale, ces alliances vont procurer des avantages compétitifs significatifs. L’utilisation des algorithmes, des programmes, et de technologies diverses afin d’analyser les données leur permettra d’approuver les demandes de prêts plus rapidement et d’être plus efficaces en réduisant les risques d’erreurs administratives.

Quelle est la suite pour l’entreprise en 2017 ?

Alors que la majorité des entreprises de financement, ainsi que les banques, essaient de rattraper leur retard par rapport à la digitalisation des processus, d’autres entreprises sont déjà en train de préparer la prochaine phase majeure de la digitalisation. En effet, IBM aide les industries et poussent à adopter la technologie blockchain, qui consiste en un système de distribution servant à enregistrer et gérer tout contrat de financement sophistiqué entre les entreprises et qui permet à toutes les parties impliquées dans le processus d’avoir accès au même ensemble de documents juridiques. Par exemple, IBM a développé une application blockchain pour sa division de finance globale IGF, appelée le shadow-chain. Bien qu’IBM ne soit pas, pour l’instant, en phase de remplacer sa division de finance globale et ses systèmes de prêt entièrement en block-chain, le shadow-chain est utilisé afin d’améliorer les processus en y incluant des nouvelles fonctionnalités qui ne pouvaient être supportées auparavant. Cependant, afin de démocratiser l’utilisation de ces nouvelles technologies, un environnement juridique plus large, la participation des institutions publiques et des responsables politiques sont nécessaires.

Le futur nous montrera comment la technologie ainsi que les données peuvent être utilisées et intégrées afin de créer de la valeur dans les processus. De manière plus importante, comprendre comment la technologie, les données ainsi que l’intelligence artificielle peuvent être totalement intégrées définira le futur de la digitalisation.

Cette version en français est une traduction de la version originale anglaise “Sami Boutaleb on the story behind Montreal Heritage Capital” publiée sur BankNXT le 21 février 2017.

Les opinions et la recherche ci-dessus sont les miennes.

N’ hésitez pas à:

+ Consulter ma curation de contenu personnelle sur kartlad.info (en anglais).

+ Lire Nuadox, une publication que j’ai fondé couvrant l’innovation et l’entrepreneuriat dans divers écosystèmes technologiques (en anglais).

+ Consulter Konttent.com pour en savoir plus sur mon expérience professionnelle.

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