Avertissement des scientifiques du monde sur l’urgence climatique

Traduit de l’anglais depuis https://doi.org/10.1093/biosci/biz088 . Une partie est copiée depuis une traduction de la page Facebook “Actions pour l’écologie — Le Retour” avec leur accord, l’autre faite par mes soins (même si honnêtement c’est une grande partie de relecture : Google Traduction y est pour beaucoup).

William J Ripple, Christopher Wolf, Thomas M Newsome, Phoebe Barnard, William R Moomaw

BioScience, biz088, https://doi.org/10.1093/biosci/biz088

Publié le : 05 novembre 2019

Les scientifiques ont l’obligation morale d’avertir clairement l’humanité de toute menace catastrophique et de “dire les choses telles qu’elles sont”. Sur la base de cette obligation et des indicateurs graphiques présentés ci-dessous, nous déclarons, avec plus de 11 000 scientifiques signataires du monde entier, clairement et sans équivoque que la Terre est confrontée à une urgence climatique.

Il y a exactement 40 ans, des scientifiques de 50 pays se sont réunis à la première Conférence mondiale sur le climat (à Genève en 1979) et ont convenu que des tendances alarmantes en matière de changement climatique rendaient nécessaire d’agir en urgence. Depuis lors, plusieurs alertes ont été levées à travers le Sommet de Rio de 1992, le Protocole de Kyoto de 1997 et l’Accord de Paris de 2015, ainsi que des avertissements lancés par des dizaines d’autres assemblées mondiales et de scientifiques concernant des progrès insuffisants (Ripple et al. 2017). Cependant, les émissions de gaz à effet de serre (GES) continuent d’augmenter rapidement et ont des effets de plus en plus dommageables sur le climat de la Terre. Une augmentation immense des efforts en matière de conservation de notre biosphère est nécessaire pour éviter des souffrances indicibles dues à la crise climatique (GIEC, 2018)

La plupart des discussions publiques sur le changement climatique ne sont basées que sur la température globale de surface, une mesure inadéquate pour saisir l’ampleur des activités humaines et les dangers réels résultant du réchauffement de la planète (Briggs et al. 2015). Les décideurs et le public ont maintenant une nécessité urgente d’accéder à un ensemble d’indicateurs qui traduisent les effets des activités humaines sur les émissions de GES et les conséquences qui en résultent sur le climat, notre environnement et la société. En nous appuyant sur des travaux antérieurs (voir fichier annexe S2), nous présentons une série de signes graphiques essentiels du changement climatique au cours des 40 dernières années concernant les activités humaines susceptibles d’affecter les émissions de GES et de modifier le climat (figure 1), ainsi que les impacts climatiques réels. (Figure 2). Nous utilisons uniquement des ensembles de données pertinents, clairs, compréhensibles, systématiquement collectés depuis au moins 5 ans et mis à jour au moins une fois par an.

Figure 1
Changement dans les activités humaines mondiales de 1979 à nos jours. Ces indicateurs sont liés au moins en partie au changement climatique. Dans le panneau (f), la perte annuelle de la couverture forestière peut être dû à une raison quelconque (par exemple, un incendie, une récolte dans des plantations d’arbres ou la conversion de forêts en terres agricoles). Les gains forestiers ne sont pas impliqués dans le calcul de la perte de couvert forestier. Dans le panneau (h), l’hydroélectricité et l’énergie nucléaire sont illustrées dans la figure S2. Les taux indiqués dans les panneaux correspondent aux variations en pourcentage par décennie sur l’ensemble de la série chronologique. Les données annuelles sont indiquées en points gris. Les lignes noires sont des lignes de tendance lisses de régression locale. Abréviation: Gt oe par an, gigatonnes d’équivalent pétrole par an. Des sources et des informations supplémentaires sur chaque variable sont fournies dans le fichier annexe S2, y compris le tableau S2.

Figure 2
Série chronologique de réponses climatiques de 1979 à nos jours. Les taux indiqués dans les panneaux sont les taux de changement décennaux pour l’ensemble des plages de la série chronologique. Ces taux sont exprimés en pourcentage, sauf pour les variables d’intervalle (d, f, g, h, i, k), où des modifications supplémentaires sont signalées. Pour l’acidité de l’océan (pH), le pourcentage est basé sur le changement de l’activité des ions hydrogène, aH + (où des valeurs de pH plus basses représentent une acidité plus grande). Les données annuelles sont indiquées en points gris. Les lignes noires sont des lignes de tendance lisses de régression locale. Des sources et des informations supplémentaires sur chaque variable sont fournies dans le fichier annexe S2, y compris le tableau S3.

La crise climatique est étroitement liée à la consommation excessive du mode de vie des pays riches. Ces pays sont principalement responsables des émissions historiques de GES et génèrent généralement les émissions les plus importantes par habitant (tableau S1). Dans le présent article, nous montrons des schémas généraux, principalement à l’échelle mondiale, car de nombreux efforts liés au climat impliquent des régions et des pays individuels. Nos signes vitaux sont conçus pour être utiles au public, aux décideurs, au monde des affaires et à ceux qui s’emploient à appliquer l’accord de Paris sur le climat, les objectifs de développement durable des Nations Unies et les objectifs d’Aichi pour la biodiversité.

Les signes profondément troublants des activités humaines comprennent l’augmentation constante des populations d’élevage de ruminants et humains, la production de viande par habitant, le produit intérieur brut mondial, la perte de la couverture forestière mondiale, la consommation de combustibles fossiles, le nombre de passagers transportés par avion, les émissions de dioxyde de carbone (CO2), et les émissions de CO2 par habitant depuis 2000 (figure 1, fichier annexe S2). Les signes encourageants sont la baisse des taux mondiaux de fécondité (naissance) (figure 1b), le ralentissement de la perte de forêts en Amazonie brésilienne (figure 1g), l’augmentation de la consommation d’énergie solaire et éolienne (figure 1h), le désinvestissement institutionnel en combustibles fossiles dépassant 7 milliards de dollars (figure 1j), et la part des émissions de GES couverte par la tarification du carbone (figure 1m). Cependant, la baisse des taux de fécondité humaine a considérablement ralenti au cours des 20 dernières années (figure 1b) et le rythme de destruction des forêts en Amazonie brésilienne a maintenant recommencé à augmenter (figure 1g). La consommation d’énergie solaire et éolienne a augmenté de 373% par décennie, mais en 2018, elle était toujours 28 fois inférieure à la consommation de combustibles fossiles (gaz, charbon, pétrole; figure 1h). En 2018, environ 14,0% des émissions mondiales de GES étaient couvertes par la tarification du carbone (figure 1m), mais le prix moyen pondéré des émissions mondiales par tonne de dioxyde de carbone n’était que d’environ 15,25 USD (figure 1n). Un prix beaucoup plus élevé de la taxe carbone est nécessaire (GIEC 2018, section 2.5.2.1). Les subventions annuelles aux combustibles fossiles accordées aux sociétés du secteur de l’énergie fluctuent et, en raison d’un pic récent, elles dépassaient 400 milliards de dollars américains en 2018 (figure 1o).

Les tendances concomitantes concernant les signes vitaux d’impact climatique sont particulièrement inquiétantes (figure 2, fichier annexe S2). Trois GES atmosphériques abondants (CO2, méthane et oxyde nitreux) continuent à augmenter (voir la figure S1 pour le pic inquiétant de CO2 en 2019), de même que la température de surface globale (figures 2a à 2d). À l’échelle mondiale, la glace a rapidement disparu, comme en témoigne la tendance à la baisse de la banquise estivale minimale, des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique estivales et de l’épaisseur des glaciers dans le monde (figure 2e à 2h). La teneur en chaleur des océans, l’acidité des océans, le niveau de la mer, la superficie brûlée aux États-Unis, ainsi que les conditions météorologiques extrêmes et les coûts des dommages qui y sont associés ont tous été à la hausse (figures 2i et 2n). On prévoit que le changement climatique affectera considérablement la vie marine, d’eau douce et terrestre, du plancton et des coraux aux poissons et aux forêts (GIEC 2018, 2019). Ces questions soulignent le besoin urgent d’agir.

Malgré 40 ans de négociations mondiale sur le sujet du climat, à quelques rares exceptions près, nous avons dans l’ensemble poursuivi nos activités habituelles et avons globalement échoué à faire face à cette situation difficile (figure 1). La crise climatique est arrivée et s’accélère plus rapidement que prévu par la plupart des scientifiques (figure 2, GIEC, 2018). Elle est plus grave que prévu et menace les écosystèmes naturels et le destin de l’humanité (GIEC, 2019). Les potentiels points de basculement climatiques irréversibles et les boucles de rétroactions naturelles (atmosphériques, marines et terrestres) qui pourraient conduire à une «Terre en serre» catastrophique, bien au-delà du contrôle des humains (Steffen et al. 2018), sont particulièrement inquiétantes. Ces réactions en chaîne du climat pourraient provoquer des perturbations importantes des écosystèmes, de la société et de l’économie mondiale, rendant potentiellement de grandes zones de la Terre inhabitables.

Pour assurer un avenir durable, nous devons changer notre façon de vivre, par des approches qui améliorent les signes vitaux résumés par nos graphiques. La croissance économique et démographique est l’un des facteurs les plus importants de l’augmentation des émissions de CO2 dues à la combustion de combustibles fossiles (Pachauri et al. 2014, Bongaarts et O’Neill 2018); par conséquent, nous avons besoin de transformations ambitieuses et radicales en ce qui concerne les politiques économiques et démographiques. Nous suggérons six étapes cruciales et interdépendantes (sans ordre particulier) que les gouvernements, les entreprises et le reste de l’humanité peuvent prendre pour atténuer les pires effets du changement climatique. Ce sont des étapes importantes mais ne sont pas les seules actions nécessaires ou possibles (Pachauri et al. 2014, GIEC 2018, 2019).

Énergie

Le monde doit rapidement mettre en œuvre des pratiques massives d’économie d’énergie et remplacer les combustibles fossiles par des énergies renouvelables à faible émission de carbone (figure 1h), ainsi que d’autres sources d’énergie plus propres si celles-ci sont sans danger pour les personnes et l’environnement (figure S2). Nous devrions laisser les stocks restants de combustibles fossiles dans le sol (voir les chronologies dans le GIEC 2018) et tendre avec prudence vers la mise en œuvre d’émissions négatives efficaces utilisant des technologies telles que l’extraction du carbone à la source et la capture dans l’air, et en particulier en améliorant les systèmes naturels (voir la section “Nature”). Les pays les plus riches doivent aider les pays les plus pauvres à s’éloigner des combustibles fossiles. Nous devons éliminer rapidement les subventions aux combustibles fossiles (figure 1o) et utiliser des politiques efficaces et équitables pour faire monter progressivement les prix du carbone afin de limiter leur utilisation.

Polluants de courte durée

Nous devons réduire rapidement les émissions de polluants climatiques à courte durée de vie, y compris le méthane, le carbone noir (suie) et les hydrofluorocarbures (HFC). Cela pourrait ralentir les boucles de rétroaction climatiques et potentiellement réduire la tendance au réchauffement à court terme de plus de 50% au cours des prochaines décennies, tout en sauvant des millions de vies et en augmentant les rendements agricoles grâce à la réduction de la pollution atmosphérique (Shindell et al. 2017). L’amendement de 2016 de Kigali visant à éliminer progressivement les HFC est bienvenu.

Nature

Nous devons protéger et restaurer les écosystèmes de la Terre. Le phytoplancton, les récifs coralliens, les forêts, les savanes, les prairies, les zones humides, les tourbières, les sols, les mangroves et les herbiers marins contribuent grandement à la séquestration du CO2 atmosphérique. Les plantes, les animaux et les microorganismes marins et terrestres jouent un rôle important dans le cycle et le stockage du carbone et des éléments nutritifs. Nous devons freiner rapidement la perte d’habitats naturels et de biodiversité, en protégeant les forêts primaires et intactes restantes, en particulier celles qui ont des réserves de carbone élevées et les autres forêts capables de séquestrer rapidement le carbone (proforestation), tout en augmentant à des échelles énormes le reboisement et le boisement où cela est approprié. Bien que les terres disponibles puissent être limitées par endroits, un tiers des réductions d’émissions nécessaires d’ici 2030 pour l’accord de Paris (moins de 2°C) pourraient être obtenues avec ces solutions climatiques naturelles (Griscom et al. 2017).

Aliments

Manger des aliments principalement à base de plantes tout en réduisant la consommation mondiale de produits d’origine animale (figure 1c–d), en particulier les animaux d’élevage de ruminants (Ripple et al. 2014), peut améliorer la santé humaine et réduire de manière significative les émissions de GES (y compris le méthane mentionné dans la section “Polluants de courte durée”). De plus, cela libérera des terres cultivables pour une agriculture végétale utile pour la consommation humaine au lieu de nourrir le bétail, tout en libérant des pâturages pour soutenir les solutions climatiques naturelles (voir la section «Nature»). Les pratiques agricoles telles que le labour minimum qui augmentent le carbone du sol sont d’une importance vitale. Nous devons réduire de manière drastique l’énorme quantité de gaspillages alimentaire dans le monde.

Économie

L’extraction excessive de matériaux et la surexploitation des écosystèmes, entraînées par la croissance économique, doivent être rapidement réduites pour maintenir la durabilité à long terme de la biosphère. Nous avons besoin d’une économie sans carbone qui aborde explicitement la dépendance humaine à l’égard de la biosphère, ainsi que de politiques qui orientent les décisions économiques en conséquence. Nos objectifs doivent passer de la croissance du PIB et de la prospérité à la préservation des écosystèmes et à l’amélioration du bien-être humain en donnant la priorité aux besoins essentiels et en réduisant les inégalités.

Population

Toujours en augmentation d’environ 80 millions de personnes par an, soit plus de 200 000 par jour (figures 1a-b), la population mondiale doit être stabilisée — et, dans l’idéal, progressivement réduite — dans un cadre garantissant l’intégrité sociale. Il existe des politiques éprouvées et efficaces qui renforcent les droits de l’homme tout en abaissant les taux de fécondité et les impacts de la croissance démographique sur les émissions de GES et la perte de biodiversité. Ces politiques rendent les services de planification familiale accessibles à tous, suppriment les obstacles à leur accès et réalisent la pleine égalité des sexes, y compris l’enseignement primaire et secondaire en tant que norme mondiale pour tous, en particulier les filles et les jeunes femmes (Bongaarts et O’Neill 2018).

Conclusions

Atténuer et s’adapter au changement climatique tout en respectant la diversité humaine implique des transformations majeures dans le mode de fonctionnement et d’interaction de notre société mondiale avec les écosystèmes naturels. Nous sommes encouragés par une récente vague d’inquiétude. Les organismes gouvernementaux font des déclarations d’urgence climatique. Les écoliers sont en grève. Des poursuites pour écocide sont en cours devant les tribunaux. Les mouvements de citoyens à la base exigent des changements et de nombreux pays, états et provinces, villes et entreprises réagissent.

En tant qu’Alliance Mondiale de Scientifiques, nous sommes prêts à aider les décideurs pour une transition juste vers un avenir durable et équitable. Nous préconisons l’utilisation généralisée de signes vitaux, ce qui permettra aux décideurs, au secteur privé et au public de comprendre l’ampleur de cette crise, de suivre les progrès accomplis et de réaligner les priorités pour atténuer le changement climatique. La bonne nouvelle est que ce changement transformateur, avec une justice sociale et économique pour tous, promet un bien-être humain bien supérieur à celui du laissez-faire. Nous pensons que les perspectives seront meilleures si les décideurs et l’humanité tout entière réagissent promptement à cet avertissement et à la déclaration d’une urgence climatique et agissent pour maintenir la vie sur la planète Terre, notre unique foyer.

Relecteurs contributeurs

Franz Baumann, Ferdinando Boero, Doug Boucher, Stephen Briggs, Peter Carter, Rick Cavicchioli, Milton Cole, Eileen Crist, Dominick A. DellaSala, Paul Ehrlich, Iñaki Garcia-De-Cortazar, Daniel Gilfillan, Alison Green, Tom Green, Jillian Gregg, Paul Grogan, John Guillebaud, John Harte, Nick Houtman, Charles Kennel, Christopher Martius, Frederico Mestre, Jennie Miller, David Pengelley, Chris Rapley, Klaus Rohde, Phil Sollins, Sabrina Speich, David Victor, Henrik Wahren, and Roger Worthington.

Financement

Le Worthy Garden Club a fourni un financement partiel pour ce projet.

Site Internet du projet

Pour consulter le site Web de l’Alliance des Scientifiques du Monde (Alliance of World Scientists) ou pour signer cet article, rendez-vous à l’adresse https://scientistswarning.forestry.oregonstate.edu (en anglais).

Contenu annexe

Une liste des signataires figure dans le fichier annexe S1.

Auteur biographique

William J. Ripple (bill.ripple@oregonstate.edu) et Christopher Wolf (christopher.wolf@oregonstate.edu) sont affiliés au département des écosystèmes et de la société forestières de la Oregon State University à Corvallis et ont également contribué aux travaux. Thomas M. Newsome est affilié à la School of Life et des sciences de l’environnement de l’Université de Sydney, à Sydney, en Nouvelle-Galles du Sud, en Australie. Phoebe Barnard est affiliée au Conservation Biology Institute, à Corvallis, en Oregon, et à l’Initiative sur le climat et le développement en Afrique, à l’Université du Cap, au Cap, en Afrique du Sud. William R. Moomaw est affilié à la Fletcher School et au Global Development and Environment Institute de la Tufts University, à Medford, dans le Massachusetts.

11 258 scientifiques signataires de 153 pays (liste dans le dossier annexe S1)

Références citées

Voir le document original (en anglais).

Notes des auteurs

William J. Ripple et Christopher Wolf ont contribué à part égale pour ce travail.

© Les Auteur(s) 2019. Publié par Oxford University Press pour le compte de l’American Institute of Biological Sciences.
Cet article est publié et distribué selon les termes du modèle de publication standard de revues (Standard Journals Publication Model), de l’Oxford University Press, (https://academic.oup.com/journals/pages/open_access/funder_policies/chorus/standard_publication_model).

Données annexes

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www.francois-braud.com

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