J’aime me prendre des claques

J'ai récemment crée mon statut d'auto-entrepreneur. Ça a été la première étape, la plus facile à accomplir.
Je me suis lancé dans la vente de produits d'occasion en ligne, je me suis auto proclamé antiquaire 2.0.
Mon intuition me dit que la chance ne sourit pas qu'aux audacieux, mais à nous tous. Nous sommes vivants, et qui plus est si tu es capable de lire ces lignes tu fais partie des 1 % . J'ai donc énormément de chance d'avoir des amis qui croient en moi et qui m'aident à lancer mon business.
J'ai récupéré chez Hippolyte (big up bb) des pièces textiles, dont une très belle doudoune en duvet réversible JOTT (JustOverTheTop). J'ai multiplié les annonces sur les sites de vente et au bout d'une semaine et demie j'ai reçu un email d'une potentielle cliente me demandant de la rappeller.
Lundi dernier donc, je décide de la rappeller. Outre son accent franc-comptois à couper au couteau et une connexion plus que douteuse la communication ne s'est pas trop mal passé. Après 15 minutes de discussion nous convenons d'un prix pour la veste et d'une procédure à suivre pour l'envoi.
Elle me dit que le lendemain après-midi elle s'occupera du mandat cash. Pour moi, c'est fait. J'ai réalisé la vente, j'ai closé le deal.
Je m'empresse alors de vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Je partage tout ça avec mes abonnés Snapchat et en deux heures j'écris et tourne vidéo sur "ma première vente" !
Toi aussi tu sens la couille arriver ?
Il était deux heures du matin et je décide d'aller dormir. Honnêtement je n'avais jamais été aussi heureux et surtout aussi productif que ce soir-là.
Le lendemain je commence à monter la vidéo et je me rends compte que mon PC ne va pas tenir le coup et qu'en plus j'ai un décalage entre l'audio et la vidéo.
Signe du karma ou simple problème technique ?
Je repousse toutes les tâches que j'avais à faire l'après-midi car je voulais clôturer la vente avant de partir à l'autre bout de Lyon et devoir retourner chez moi pour envoyer le colis.
Plus le temps passe et plus cette histoire sent le roussi. À 16h30 je décide de rappeller cette cliente.
Dès qu'elle se met à parler j'entends son sourire. Ce qui m'a le plus dérangé c'est le fait que j'ai eu l'impression que tout était prévu.
Elle me sert une belle disquette cuite à point : "J’ai un problème d’argent, je ne vais pas pouvoir acheter votre veste." Puis elle enchaîne sur un uppercut :"à 80€ je la prends" (on avait convenu du prix à 130€).
Je l'ai remercié de m'avoir fait perdre mon temps. Étant énervé je n'ai pas pris le temps de rénégocier, et puis j'avais des courses à faire. Peut-être aurais-je dû ? Lo no se.
Bref, en 24h j'ai traversé tous les états psychologiques, j'ai été plus productif que 10 "Moi" de l'an dernier réunis mais surtout je me suis pris un premier obstacle en pleine tronche.
Je mets du temps à m'élancer, je ne pensais pas être arrêtable et au final un refus de vente m'a mis en PLS pendant 4 jours.
J’avais l’impression que tout était terminé.
Je pense savoir pourquoi j'ai réagit comme une victime. Je n'ai jamais eu à me battre pour quoi que ce soit dans ma vie. En tant que blanc privilégié tout m'a été donné sur un plateau d'argent. Donc je n'ai jamais connu l'échec et les batailles vaines.
Résultat des courses, au premier obstacle raté, au premier échec je me cache pendant 3 jours parce que mon égo a été blessé. Alors il boude.
Je compte évidemment remonter sur le ring, et frapper 10 fois plus fort que la mamie qui m'a mis à terre et je vais vendre cette veste.
Ce que je retiens de ça, c’est que c’est la même chose que dans un jeu vidéo. J’ai eu droit au “Game Over”, mais il n’y a rien qui m’empêche de relancer une partie et de terminer ce niveau.
J'ai bien aimé me prendre cette claque, pas seulement parce que je suis maso mais aussi parce que ça me remet les pieds sur terre, ça me rappelle que rien n'est acquis et que la route est pavée d'embûches.
Merci d'avoir pris le temps de me lire, je te souhaite de passer une très bonne journée. Ne lâche rien, pense, crois, rêve et ose !
