Bilan de la “Grande Marche”

La Grande Marche initiée le 28 mai dernier et qui s’est terminée ce dimanche était la première initiative concrète d’En Marche, ce nouveau mouvement politique lancé le 6 avril dernier par Emmanuel Macron.

Mesurons un peu le chemin parcouru en si peu de temps : En Marche compte aujourd’hui plus de 60 000 adhérents (même si pour être tout à fait honnête, il faut rappeler que l’adhésion est gratuite), 13 500 volontaires ont participé à cette Grande Marche, encadrés par 500 coordinateurs disséminés sur tout le territoire métropolitain et ultra-marin, 100 000 “conversations” se sont tenues durant la période et 25 000 questionnaires ont été intégralement remplis.

La Grande Marche avait cela d’inédit qu’elle inversait le schéma classique du porte à porte, où l’usage fait que l’on vient vendre un programme et un candidat. Là, il s’agissait d’écouter les Français en leur posant des questions très ouvertes sur la politique et la France :

  • Si vous aviez une chose à demander à la politique, qu’est-ce que ce serait ?
  • Pouvez-vous svp nous parler d’une initiative concrète, y compris dans votre entourage, qui vous paraît mériter d’être connue et développée ?
  • Selon vous, qu’est-ce qui marche, en France ? Et qu’est-ce qui ne marche pas ?
  • Quel a été pour vous le meilleur moment depuis le début de 2015 ? Et le pire moment ?
  • En ce qui concerne votre avenir personnel, qu’est-ce qui vous inquiète le plus ? Quelle est votre plus grande source d’espoir ?

J’étais coordinateur dans le 18e arrondissement de la capitale et j’ai pu, durant ces quelques semaines, mesurer l’état de l’opinion des parisiens. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le moral n’est pas au beau fixe : les personnes que nous avons interrogé ont peur pour leur avenir et celui de leurs proches, parents ou enfants. Toutes font également le même constat : les politiques et les partis traditionnels sont complètement largués, déconnectés, au mieux en retard sur le réel, au pire complètement obnubilés par leurs “magouilles”. Aucun ne semble, à leurs yeux, pouvoir répondre à leurs problèmes.

L’espoir, car il est là malgré tout, se porte alors sur la jeunesse et sur la société civile. Beaucoup se sont également félicités d’initiatives et de mobilisations citoyennes à l’échelle de leur territoire ou même au-delà, qui leur paraissent mille fois plus concrètes que n’importe quel discours tenus actuellement par nos élites.

Je connaissais évidemment le désamour total que les Français avaient vis-à-vis des Hommes et des partis politiques mais j’avoue qu’entre lire une enquête d’opinion et entendre de vive voix toutes les critiques plus dures les unes que les autres portées à l’encontre de nos élus, j’ai pris une petite claque. Là d’un coup, les statistiques s’incarnaient dans des visages et tout cela venaient, s’il fallait en douter, justifier l’idée même de cette Grande Marche, celle consistant à écouter les citoyens.

Car la genèse de ce porte à porte partait d’un constat simple, celui visant à remettre dans le bon ordre le processus de désignation d’un candidat. Aujourd’hui, si l’on prend l’exemple des présidentielles, les candidats préparent des programmes prévus pour un premier tour dans l’optique de gagner le plus de voix au sein de leur famille politique (“mon adversaire c’est le monde de la finance”), puis l’atténue quelque peu au second tour pour se faire élire. Enfin, une fois en place, ils reconnaissent que ce qu’ils avaient défendu lors de leur campagne ne peut pas s’appliquer et ils commandent un grand audit réalisé par quelques fonctionnaires ou personnalités (le rapport Gallois par exemple). Ce schéma “classique”, c’est celui que Nicolas Sarkozy a appliqué en 2007 et qu’Hollande a imité en 2012, c’est aussi celui que l’on voit à l’oeuvre en ce moment même avec les candidats des primaires de la droite. Or, il est mortifère pour la démocratie puisqu’il ne répond à aucun consensus citoyen, seulement à un petit jeu politicien.

En Marche, en réalisant d’abord cet audit, ce diagnostic du pays, remet un peu de logique et de bon sens dans le paysage politique. Et à partir de cet audit, tout l’enjeu va maintenant être de construire ce qu’Emmanuel Macron appelle un plan d’action visant à permettre à la France de répondre aux nombreux défis qui sont les siens. C’est donc seulement à l’issue de ces deux premières phases que se posera la question de qui portera ce plan d’action.

Inutile de faire l’hypocrite, 9 adhérents sur 10 d’En Marche veulent que ce candidat soit l’actuel ministre de l’économie et sans doute lui-même s’y prépare-t-il.

Mais il faut également penser qu’au-delà de cette nouvelle méthode politique et des idées que l’on veut voir porter, Emmanuel Macron a également besoin de garanties “organisationnelles” fortes s’il veut concourir pour 2017. Or entre se déclarer candidat et avoir l’organisation capable d’animer concrètement une campagne, il y a un monde que beaucoup n’ont jamais pu franchir et c’est d’ailleurs ce qui maintient en vie les partis traditionnels, désormais incapables de réfléchir, mais encore largement en mesure de faire de très belles campagnes. Maintenant, fort de ses plus de 60 000 adhérents, avec une Grande Marche aux objectifs atteints, sans oublier les 7 500 membres des Jeunes avec Macron (désormais première organisation de jeunesse en nombre de militants), Macron coche peu à peu les cases pouvant décider de sa candidature.

Enfin, les élections présidentielles ne seront, je l’espère, qu’une étape dans cet objectif de renouvellement de la vie politique. En Marche devra à mon avis, pour peser à l’avenir, s’appuyer sur de futurs élus, partout dans les territoires.

C’est notamment ce qui avait fait défaut au Modem qui avait réussi, avec Bayrou, une très belle campagne en 2007 (18,57 % de voix au premier tour, rappelons-le si besoin !) mais n’avait pas su s’imposer véritablement lors des autres élections. Le Mouvement Démocrate constitue pourtant pour l’instant la seule référence française récente en matière de disruption politique.